« TARNAC, BERLIN, PEROUSE : MALFAITEURS DE TOUS LES PAYS, ASSOCIONS-NOUS ! »

Les 16 et 17 juillet, trois camarades allemands ont été convoqués par des juges, à Berlin et Hambourg, dans la cadre de « l’affaire de Tarnac ». A Berlin, après un rassemblement devant l’ambassade de France, ils se sont rendus devant le juge où, conformément à ce qu’ils avaient annoncé, ils n’ont rien déclaré. Les autorités allemandes répondaient par ces auditions aux commissions rogatoires lancées par le juge Fragnoli, basant sa suspicion envers les deux berlinois tarnac-belrinsur le fait qu’ils avaient déjà été inquiétés il y a dix ans et relaxés, suite à une campagne de sabotage des lignes de train pour protester contre les convois de déchets nucléaires Castor.

A Pérouse, ce sont deux compagnons qui ont été jetés en prison, il y a deux semaines de cela, à la suite d’une vaste opération médiatico-policière qui mérite d’être un peu détaillée. Là où les journaux (Le Nouvel Observateur en France et toute la presse en Italie) se félicitaient que deux dangereux terroristes aient été ainsi arrêtés alors qu’ils étaient sur le point de saboter des caténaires, il apparaît qu’en fait c’est 16 mois plus tôt que les deux compagnons ont été contrôlés par les carabiniers non loin d’une voie ferroviaire et que ceux-ci ne les ont alors pas arrêtés, afin de pouvoir continuer à les surveiller. Les termes dans lesquels ont été annoncées cette quarantaine de perquisitions dans toute la péninsule et l’inculpation de 37 personnes pour « organisation et participation à une association subversive d’inspiration anarcho-insurrectionnaliste visant à commettre des actions criminelles à finalité de terrorisme et de renversement de l’ordre démocratique » ont la même grandiloquence dérisoire que lors de l’opération « Taïga », qui se nomme cette fois « opération Shadow ». Là aussi on se flatte d’avoir « neutralisé une dangereuse cellule anarcho-insurrectionnaliste » puisque l’enquête a établi « le risque concret que les inculpés puissent commettre dans la poursuite de leur projet des délits de la même espèce voire encore plus graves, d’autres actions imprévisibles mais inéluctables ». A défaut de pouvoir reprocher aux deux incarcérés d’avoir effectivement saboté des caténaires, on les accuse d’avoir eu l’intention de le faire. Et même si les autres sont finalement blanchis, la procédure aura au moins eu le mérite de les mettre sous pression.

Comme pour Tarnac, il est question de manuels de sabotage, de fanzines véhiculant de noirs projets, d’hypothétiques campagnes de destabilisation coordonnées cette fois avec la Grèce et l’Espagne. On ne sera pas dépaysé d’apprendre que les services italiens ont créé leur propre M.A.F. qui ne désigne plus, là, la Mouvance Anarcho-autonome Francilienne mais la Mouvance Anarcho-insurrectionnelle de Florence. Bien évidemment, cette rafle est survenue à quelques jours de l’ouverture du G8 : l’unité antiterroriste locale – le Regroupement des Opérations Spéciales – a dû juger le moment opportun pour dissuader et désorganiser toute contestation, bien plus que pour réprimer une intention de sabotage vieille de plus d’un an. Mais c’est encore le commissaire européen aux transports Tajani qui a livré la clef de tant d’heureuses similitudes : à peine la rafle lancée, il s’est fendu de comiques « compliments au ROS pour avoir déjoué un attentat qui visait la sécurité du transport ferroviaire » puis d’un programmatique : « L’Europe est aux côtés de l’Italie pour ce qui est de renforcer la sécurité ».pirate1

La convocation des camarades allemands, la rafle italienne et le déploiement de l’antiterrorisme en France contre le péril « anarcho-autonome » relèvent d’une seule et même stratégie, impériale, ourdie à l’échelle européenne, une stratégie de neutralisation de la subversion politique. On complote contre nous internationalement, c’est donc internationalement que nous devons conspirer contre eux.
Es lebt die deutsch-französische Freundschaft !
Hoch die internazionale Solidarität !
Liberi tutti !

Vous pouvez écrire aux deux compagnons italiens incarcérés à l’adresse suivante : Sergio Maria Stefani, Alessandro Settepani ; Via Maiano 10 ; 06049 Spoleto (PG)

Lettre ouverte au Président Directeur Général de la S.N.C.F.

Monsieur le Président Directeur Général,

Amenée à effectuer régulièrement des trajets en train entre Paris Saint Lazare et Rouen, je tiens à vous informer d’une situation alarmante concernant la violence psychologique que subissent certains voyageurs sur ce trajet, notamment des jeunes le plus souvent d’origine étrangère, violence que vous ne pouvez ignorer, dans la mesure où elles se répètent voire deviennent habituelles, lors d’intervention de la police du rail ou de la Police Nationale.
Par ailleurs, des abus sont commis par les contrôleurs qui se permettent pour un simple oubli de compostage d’un billet, de faire appel de façon inconsidérée aux forces de sécurité. Je m’insurge en tant qu’usager contre ces pratiques arbitraires. Les forces de police sont quasiment systématiquement présentes en particulier dans les trains qui s’arrêtent à Mantes la Jolie, et absentes dans les trains directs de Paris à Rouen. Par conséquent une population est discriminée, considérée comme potentiellement délinquante, ce qui est contraire à l’égalité de traitement des usagers tant des services publics que privés.

Le 21 juin dernier j’étais à bord du train corail inter cités 13 111 CIC, voiture 13 (départ 16h20 de Paris Saint Lazare) qui marquait un arrêt à Mantes-la –Jolie. Nous avons été contrôlés. Le voyageur assis en face de moi, un homme d’une quarantaine d’années dormait lors du premier passage du contrôleur. Il a signalé poliment à son second passage qu’il n’avait pas eu le temps de composter son billet. Le contrôleur n’a rien voulu savoir et l’a verbalisé. Le ton a monté, le contrôleur l’a alors menacé s’il ne réglait pas l’amende d’appeler la sécurité. Un très jeune homme assis en face de moi a dû régler une taxe de 15 euros, ignorant que l’on était en période blanche et non bleue ! lorsque j’ai tenté d’intercéder en sa faveur il m’a été répondu de manière très désagréable par le contrôleur qu’il « suffisait de se renseigner ». assaut-gign-9c0f1
Le premier passager n’ayant toujours pas réglé son amende, le contrôleur à appelé la sécurité. Trois policiers de la police nationale armés sont arrivés au pas de charge, comme s’il était question d’interpeller un criminel ! Pour ne pas créer d’esclandre dans le compartiment le passager les attendait dans le SAS entre deux wagons. Cet homme a eu droit par ces trois policiers à un contrôle d’identité, à une fouille au corps avec palpation sans ménagement, son sac de voyage a été totalement vidé et fouillé, puis étant donné qu’aucune charge n’était retenue contre lui, excepté le crime de ne pas avoir composté son billet, on lui a laissé poursuivre son voyage !
Ça n’était pas un jeune d’origine étrangère me direz vous…Quelques minutes plus tard, un deuxième contrôleur qui sévissait voiture 13, appelle de nouveau la sécurité : Même scénario catastrophe, avec les trois policiers revenant au pas de charge. Ils s’en prennent alors avec une violence verbale inadmissible à une jeune « black » d’une quinzaine d’années sans titre de transport, puis à un second jeune garçon visiblement terrorisés , ils les embarquent au fond du compartiment, les encerclent.
A ce moment précis j’ai fait un mouvement pour intervenir, car je ne supporte pas ces méthodes arbitraires, qui rappellent celles des états totalitaires, mais j’ai eu peur…peur de la violence potentielle, même verbale de ces policiers, peur de leur nervosité, peur que l’on « m’embarque » à mon tour.

A la gare de Mantes la Jolie, les trois policiers sont descendus avec les jeunes, les ont bloqués sur le quai de la gare, devant tous les voyageurs, les encerclant avec deux autres contrôleurs venus courageusement leur prêter main forte ! Le train est reparti…Qu’est t’il advenu ?

Les contrôleurs de la SNCF doivent -ils se transformer en indicateurs où en auxiliaires de police ? Ont-ils une prime au mérite lors de tels agissements ? Les deux qui sévissaient ce jour là dans le train et s’en prenaient arbitrairement à ces passagers, ont fait appel aux forces de l’ordre pour les réprimer, donnent une drôle d’image du service public. J’ai oublié de dire que le premier contrevenant était tatoué, existe- t’il un « délit de sale gueule »ou de faciès répréhensible dans les trains du service public Français ?

Ce mercredi 8 juillet, j’ai de nouveau pris le train de Paris à Rouen. Bien qu’opposée au privilège occasionné par les transports en première classe le hasard d’une réservation à bas prix sur Internet m’y a conduite. L’homme d’affaire assis à côté de moi n’avait aucun titre de transport. On lui a demandé avec déférence de bien vouloir régler son billet, et le contrôleur a dû attendre qu’il daigne terminer ce qu’il était en train d’entreprendre sur son ordinateur portable pour être réglé, tandis que les jeunes, et plus particulièrement les jeunes d’origine étrangère, dans une situation identique, règlent pas un simple billet de train, subissent violence verbale, mépris, interpellations, et discriminations de la part de vos services. Ils connaissent eux et leurs familles une situation de paupérisation sans précédent et il serait parfaitement légitime dans une société qui se respecte qu’ils bénéficient des transports gratuits ! S’il n’y avait la course au profit qui conduit à la chasse à l’homme ! Ces démonstrations de force, ces humiliations répétées ne peuvent conduire ces jeunes qu’au désespoir, et à la révolte, elles se surajoutent à l’absence d’emploi, à l’impossibilité de se projeter dans un avenir possible, à l’incompréhension qu’ils subissent au quotidien.

Je peux encore citer pour exemple un jeune d’origine Maghrébine qui pour avoir craché par terre dans le hall de la gare de Rouen a été poursuivi et interpellé sans ménagement par trois vigiles de la police ferroviaire, alors qu’il était blessé au bras. Comble de malchance il n’avait pas de pièce d’identité. La police ferroviaire a alors appelé la police Nationale, qui l’a arrêté après qu’il ait été encerclé pendant plus d’une heure par ces vigiles pour enfin être conduit au commissariat. Il était là, paumé, apeuré, on ne l’a même pas autorisé à téléphoner ! Cette fois ci, je suis intervenue et nous nous sommes regroupés à plusieurs usagers indignés dans la gare pour dénoncer ce qui était en train de se dérouler sous nos yeux. police
D’où vient l’insécurité dans ces cas précis monsieur le Directeur ? Comment pouvez-vous tolérer un tel arbitraire ? Je me sens dans un état profond d’insécurité dans les gares, les trains et le métro, cette insécurité est uniquement liée aux dispositifs répressifs qui sont mis en place grâce aux connivences entre la SNCF, la police et l’armée. Je ne supporte pas de me retrouver face à face avec des militaires, la mitraillette au poing lorsque je croise le quai d’un train de banlieue, de voyager dans des compartiments quadrillés par des policiers en armes, d’assister aux humiliations que subissent ces enfants qui pourraient être mes enfants ou les vôtres ! Par conséquent, en tant qu’usager de vos services, j’estime que cela suffit et vous informe que cette lettre ouverte est rendue publique, tout en espérant que les usagers soumis à de tels traitements portent plainte afin de mettre fin à de tels agissements arbitraires.

Sophie Lecomte

On a assassiné Natacha Estemirova, infatigable militante des droits de l’homme en Tchétchènie [Rebellyon]

Après Anna Politkovskaïa, après tant d’assassinats à propos de la Tchétchènie, on vient d’assassiner notre amie et collègue, on a assassiné une personne qui nous était chère. La nouvelle de l’assassinat de Natacha Estemirova vient de tomber. Encore une héroïne qui plaçait son devoir d’assistance et d’information au dessus du risque clairement encouru que l’on fait disparaitre, que l’on élimine.natacha-este

Le Comité Tchétchènie de Lyon fait connaître parce qu’il lui paraît éclairant le communiqué de Memorial du 15 juillet 2009, traduit par ses soins.

« Pendant près de 10 ans, Natacha a été un pilier de Mémorial dans le Nord-Caucase, elle a principalement travaillé en Tchétchènie. Elle ne récoltait pas seulement les informations sur les violations des Droits de l’Homme. Elle était un véritable Défenseur des droits de l’Homme, un défenseur du peuple. Les habitants de Tchétchènie ont été victimes des bombardements, des opérations de nettoyage, des enlèvements, de la torture : à tous, Natacha a tenté d’apporter de l’aide. Elle exigeait des autorités l’impossible : la fin de l’arbitraire. Parfois, elle y arrivait – sûre de son bon droit et de la force du droit, cela lui donnait des forces. Ce travail a rendu Natacha célèbre dans toute la Tchétchènie. Elle attirait ceux qui espéraient être défendus, ou au moins ceux qui voulaient que l’arbitraire ne reste pas dans l’ombre. les fonctionnaires de tous rangs l’ont menacée plus d’une fois, mais elle ne se voyait pas renoncer à travailler pour sa patrie, en Tchétchènie.

Oleg Orlov, responsable du Centre Memorial : « Je sais, je suis sûr de l’identité du coupable du meurtre de Natalya Estemirova. Nous le connaissons tous. Son nom est Ramzan Kadyrov, il est président de la République Tchétchène. Ramzan avait déjà menacé Natalya, l’avait insultée, la considérait comme son ennemie personnelle. Nous ne savons pas s’il a lui-même donné l’ordre ou si ses proches collaborateurs l’ont fait pour faire plaisir à leur chef. Et apparemment, cela arrange le Président Medvedev qu’un meurtrier soit à la tête de l’un des « sujets » de la Fédération de Russie. »

Quand Natacha s’est permis d’exprimer sa désapprobation sur le fait que l’on oblige, presque par la force, les jeunes filles à porter le foulard dans les lieux publics, un entretien a eu lieu avec Ramzan Kadyrov. Elle a raconté que Kadyrov l’avait alors menacée en disant littéralement : « Oui, j’ai du sang sur les mains, jusqu’aux coudes. Et je n’en ai pas honte. J’ai tué et je continuerai à tuer les personnes mauvaises. Nous combattons les ennemis de la République ».

Nous savons que les derniers communiqués préparés par Natacha concernaient de nouveaux enlèvements, des exécutions sommaires, une fusillade publique au beau milieu d’un village tchétchène, et qu’ils avaient suscité l’indignation des hautes autorités tchétchènes. C’est ce qu’avait dit au responsable de notre bureau de Grozny le soit-disant « Commissaire tchétchène aux Droits de l’Homme », Nurdi Nukhazhiyev. Il avait déclaré qu’il ne voulait pas qu’il arrive quelque chose et que c’est pour cela qu’il allait réprimander les défenseurs des Droits de l’Homme.

Il faut nommer les choses par leur nom. Il y a en Russie une terreur d’Etat. Nous avons connaissance des meurtres en Tchétchènie et hors de Tchétchènie. On tue ceux qui essaient de dire la vérité, de critiquer le pouvoir. Ramzan Kadyrov a rendu impossible le travail des Défenseurs des Droits de l’Homme dans la République. Ceux qui ont assassiné Natacha Estemirova voulait faire cesser la circulation de l’information véridique venant de Tchétchènie.

Peut-être ont-ils réussi… »

Il était 8h30 heure locale (6h30 à Lyon), mercredi 15 juillet, lorsque Natacha Estemirova quitte son domicile de Grozny pour se rendre au bureau de Memorial, situé au centre-ville de la capitale tchétchène. La militante a été poussée de force, en sortant de chez elle, dans une petite voiture blanche. Selon des témoins, elle a alors crié qu’on l’enlevait, mais personne n’a eu le temps d’intervenir.

Le fait de ne plus pouvoir la joindre sur son téléphone portable a inquiété ses proches, qui se sont rendus chez elle et ont interrogé les voisins. En fin d’après-midi, son corps sans vie, criblé de balles, a été retrouvé vers 16h30, dans une forêt près de Nazran, dans l’Ingouchie, république voisine de la Tchétchénie. Son cadavre, portant des plaies à la tête et au coeur, gisait dans la forêt à cent mètres d’une autoroute.

Tuée pour la vérité !

Mère de famille, âgée d’une cinquantaine d’années, Natacha (ou Natalya) Estemirova avait été professeure, puis journaliste, avant de devenir militante de Memorial lors de la seconde guerre de Tchétchénie, c’est-à-dire depuis 1999. C’était une militante qui a fait preuve, malgré les menaces, d’un énorme courage et d’une grande ténacité. C’était l’une des rares à continuer à se rendre en Tchétchènie pendant la guerre.

Proche de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, avec laquelle elle avait mené de nombreuses enquêtes, elle avait révélé et dénoncé récemment une exécution arbitraire en Tchétchènie, ce qui a fortement déplu aux autorités locales prorusses. L’exécution en question était celle d’un présumé rebelle par des hommes en tenue de camouflage dans le village d’Akhkintchou-Borzoï le 7 juillet 2009, et Natacha était la source de cette information.

Elle a aussi révélé récemment le cas d’une jeune femme, épouse d’un indépendantiste, tuée par des policiers sans raison apparente.

C’est elle qui avait repris une affaire engagée par Anna Politkovskaïa, et qui avait révélé en 2002 le meurtre de personnes brûlées vives à Chatoï, ce qui avait abouti à la condamnation d’officiers de l’armée russe.

Elle faisait un travail d’enquêtes sur plusieurs affaires louches, les nombreux enlèvements, le meurtre d’une dizaine de jeunes filles victimes de crimes dits d’honneur, la disparition d’un étudiant expulsé d’Egypte, ainsi que les incendies de maisons de parents de présumés indépendantistes.

« Une volonté politique de privatiser l’accompagnement des chômeurs » [Libération]

Mal-être au travail, sous-effectifs chroniques… Pour les salariés de Pôle Emploi, les bienfaits de la fusion entre l’ANPE et l’Unedic semblent toujours peu évidents. Ces dernières semaines, ils ont continué à manifester, alors que du côté des demandeurs d’emploi, l’attente pour parvenir à joindre un conseiller peut parfois sembler interminable.

Christian Charpy, le directeur de Pôle Emploi présentait ce matin le bilan des six premiers mois du nouvel organisme, ainsi que les perspectives pour la rentrée. Certaines de ces mesures sont d’ailleurs évoquées par le quotidien économique «Les Echos» dans son édition de mardi. Ainsi, «pour faire face à l’afflux de chômeurs, Pôle emploi va progressivement confier, à partir de la rentrée, l’accompagnement de 320.000 chômeurs à des opérateurs privés de placement». Sébastien Socias, secrétaire national Force Ouvrière des personnels publics de Pôle Emploi, dénonce une privatisation rampante.logo-fo1

Que pensez-vous du recours à des opérateurs privés pour l’accompagnement des chômeurs?
Pour FO, ça a toujours été niet. Nous sommes opposés à toute distribution d’argent public à des opérateurs privés. Les premières expérimentations remontent à quelques années (2005, ndlr), et on n’a jamais eu d’enquête digne de ce nom sur les résultats obtenus. On sait pertinemment que ça ne marche pas mieux, alors que ces prestataires privés sont rémunérés trois à quatre fois plus cher.

A quel type de volonté cela correspond-il?
C’est une volonté politique de privatiser de manière larvée l’accompagnement des chômeurs. C’est la vieille antienne libérale de mise en concurrence du service public et du secteur privé, en vue notamment de satisfaire un certain nombre d’opérateurs en lien avec le Medef. On a eu la même situation il y a quelques jours avec le recours à des opérateurs privés en cas de surcharge des standards téléphoniques de Pôle Emploi.

Au vu des conditions de sous-effectif au sein de Pôle Emploi, n’est-ce pas une mesure d’efficacité de répartir les demandeurs d’emploi avec des opérateurs privés?
Avec le marasme ambiant, ces opérateurs privés ont beau jeu de dire que le public ne s’en sort pas. Un conseiller doit parfois gérer plus de 300 demandeurs d’emploi. Par ailleurs, s’il n’y a pas d’offres d’emplois supplémentaires, le taux de chômage restera le même. Enfin, ce système de recours au privé est pervers. On va confier à ces opérateurs des gens tout juste licenciés, donc plus facilement employables. Alors que c’est Pôle Emploi qui continuera à s’occuper des ex-RMI devenus RSA. Ce n’est pas du tout le même boulot de placer quelqu’un licencié il y a trois semaines, et quelqu’un avec un trou de dix ans dans son CV.

Les syndicats ont-ils été consultés pour ces mesures?
Même quand les avis des représentants du personnel sont négatifs, Christian Charpy passe en force. On est dans un système où on se fiche de notre avis. Il n’y a pas de concertation sociale, l’objectif est juste de répondre à une commande politique. On avait toujours dit que la fusion ANPE-Unedic était une aberration. Mais même la mise en oeuvre est faite en dépit du bon sens, sans parler des dégâts sur les agents, avec un mal-être au travail comme on n’avait jamais vu. La fusion est réalisée à marche forcée, alors que le contexte économique est très difficile.

CQFD

www.cequilfautdetruire.org

CQFD est un « mensuel de critique et d’expérimentation sociales ». Son comité de rédaction est basé à Marseille, il est composé essentiellement de chômeurs.
Il est distribué, tous les 15 du mois, dans les kiosques et dans certaines librairies. Sans aucune publicité, il est gratuit pour les personnes incarcérées.cqfd

« PLOMB DURCI » Des soldats israéliens parlent…[Nouvelobs]

« PLOMB DURCI » Des soldats israéliens décrivent une guerre sans retenue à Gaza

Les militaires israéliens témoignent de la violence de l’opération « Plomb durci », menée entre décembre et janvier. Leurs ordres se résumaient à « dans le doute, tuez ». L’un parle de civils palestiniens utilisés comme bouclier humain.

Plusieurs soldats de l’armée israélienne (Tsahal) ont décidé de témoigner sur la violence de l’opération « Plomb durci« , menée dans la bande de Gaza entre décembre et janvier dernier.
L’ONG israélienne « Breaking the Silence » publie cette semaine les récits de ces militaires qui expliquent que leurs chefs les incitaient à tirer d’abord et distinguer les civils ensuite. La priorité de l’armée était de minimiser ses pertes afin de s’assurer du soutien populaire israélien à l’opération.gazaraid-65a51

« Mieux vaut atteindre un innocent qu’hésiter à viser un ennemi », résume les briefings délivrés pendant l’attaque de 22 jours, rapporte un soldat.
Un autre raconte avoir entendu ses supérieurs parler de civils palestiniens utilisés comme boucliers humains, une pratique déclarée illégale en 2005.

600.000 tonnes de gravats

« Dans le doute, tuez« , rapporte un soldat comme ses instructions. « La puissance de feu était insensée. On arrivait et les explosions étaient hallucinantes. Dès l’instant où on arrivait à nos positions, on commençait à tirer sur tout ce qui était suspect. »
« Nous n’avons pas vu une seule maison intacte (…). Les infrastructures, les chemins, les champs, les routes, tout était en ruines. Les (bulldozers) D-9 avaient tout écrasé« , relate un militaire.

Des rues entières de Gaza ont été rasées pour réduire le risque de tireurs embusqués et de pièges explosifs. Selon les Nations unies, les quelque 600.000 tonnes de gravats commencent à peine à être déblayées.
Des soldats évoquent l’utilisation sans discernement de munitions incendiaires au phosphore blanc dans les rues de Gaza (ce que dément l’armée), des « destructions massives ne répondant à aucune menace directe » et des règles d’engagement « permissives ». Pour priver les combattants du Hamas d’abris, des secteurs entiers, comprenant parfois des jardins et des vergers, ont été rasés par bombardements, tirs d’artillerie, explosifs et bulldozers.

« A la guerre, on fait feu à volonté »

« On ne nous disait pas de tirer sur tout ce qui bouge. Mais la consigne générale était : si vous vous sentez menacés, tirez. Ils n’arrêtaient pas de nous dire que c’était la guerre et qu’à la guerre, on fait feu à volonté », se souvient un soldat.

A l’exception d’un sergent prénommé Amir, l’ensemble des soldats parlent sous couvert d’anonymat, et leurs visages sont floutés dans les témoignages filmés. En effet, l’armée israélienne interdit formellement à ses soldats de parler aux médias.
Dans un communiqué, l’armée israélienne rejette en bloc ces critiques, qu’elle estime « basées sur des on-dit« , mais s’engage à enquêter en cas de plainte formelle pour exactions, tout en assurant que ses soldats ont respecté le droit international durant « des combats complexes et difficiles ».

Plus de 1.000 personnes tuées

L’objectif annoncé de l’opération « Plomb durci » était de mettre fin aux tirs de roquettes des activistes islamistes du Hamas vers le sud d’Israël.

Selon une ONG palestinienne, le bilan des combats côté palestinien s’établit à 1.417 tués, dont 926 civils. L’armée israélienne parle de 1.166 morts dont 295 civils. Côté israélien, dix soldats et trois civils ont péri.
Amnesty International, Human Rights Watch et l’ONU ont accusé à plusieurs reprises l’armée israélienne d’avoir causé des pertes civiles et des destructions injustifiables. L’Etat d’Israël a toujours rejeté ces mises en cause.

Le MRAP dénonce vigoureusement les nouvelles politiques migratoires [MRAP]

Le MRAP dénonce vigoureusement les nouvelles politiques migratoires franco-britanniques et les charters de renvoi des Afghans de Calais

Le 6 juillet dernier, lors d’un sommet franco britannique à Evian, les gouvernements des deux pays ont décidé
– de renforcer les mesures de contrôle de la frontière à Calais,
– de mettre en œuvre « des retours conjoints par voie aérienne, […et…] le retour forcé vers leur pays d’origine mrapd’étrangers en situation irrégulière de nationalité clés »,
– ainsi que « d’agir afin d’éviter les concentrations d’immigrés irréguliers à la frontière commune et ses alentours ».

Les informations en provenance de Calais laissent penser que la destruction des « jungles » serait imminente et qu’elle pourrait être suivie rapidement de charters franco-britanniques, notamment vers l’Afghanistan.

Détruire les « jungles » ne résoudra en rien le problème des exilés, venus en Europe chercher protection. Il ne fera que le déplacer, tant que ne leur sera pas offerte la possibilité de demander l’asile dans des conditions acceptables. Ceci n’est pas actuellement possible, compte tenu du règlement Dublin qui les force à demander l’asile dans le premier pays européen où ils ont été signalés. Pour beaucoup il s’agit de la Grèce dont les pratiques en matière d’asile ont été souvent dénoncées y compris par le HCR et le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. Ceci n’est pas non plus possible pour tous ceux
et ils sont nombreux – arrêtés par la police, ayant reçu un arrêté de reconduite à la frontière et donc placés d’office en procédure prioritaire.

Expulser les Afghans, compte tenu de la situation présente en Afghanistan, signifie pour ces exilés un risque de mort en cas de retour.

Depuis la chute des talibans, il n’y a jamais eu dans ce pays autant de victimes civiles qu’actuellement. Un rapport du Secrétaire Général des Nations Unies indiquait le 23 juin 2009 que plus de 800 civils avaient été tués en 2009, soit 24% de plus que pour la même période de 2008.

Le gouvernement français prendrait une très lourde responsabilité s’il décidait de mettre ainsi en danger la vie des Afghans expulsés de France.

Ces opérations d’éloignement violent plusieurs dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH), à commencer par son article 3 qui interdit d’exposer quiconque à des traitements dégradants et inhumains. Elles sont également contraires à l’article 4 du Protocole 4 de la CEDH, qui affirme clairement que les « expulsions collectives d’étrangers sont interdites ».

Le MRAP condamne fermement
– la destruction des « jungles » tant que les procédures de présentation des demandes d’asile de ces exilés ne pourront se faire dans des conditions acceptables – tout particulièrement par la suppression des dispositions du Règlement Dublin concernant le pays de première entrée dans l’UE – et si des solutions ne sont pas trouvées pour leur fournir des conditions de vies correctes,
– ainsi que l’organisation de charters franco-britanniques qui mettent gravement en danger la vie des exilés.

Paris, 17 juillet 2009

Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples

Le Plan B

leplanb.org

Journal bimestriel de critique des médias et d’enquêtes sociales diffusé en kiosques et librairies.

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IndyMedia Paris

paris.indymedia.org

Nouvelle équipe, nouveau site, nouveau serveur… et toujours ni journalistes professionnel-le-s, ni cindymedia_11ompromis. Publication libre, commentaires et modération a posteriori, histoire qu’apparaisse à l’instant ce qui se passe, ce qu’il faut dire là, maintenant, et qui ne peut attendre. Parce que la confiance est la clef.

Nous espérons ouvrir le site très rapidement… A très bientôt !

imc-paris[a]riseup.net

« Aux banques ils donnent de l’argent, aux jeunes ils offrent… des balles » [Monde Diplomatique]

Un peu partout en Europe, la charnière entre vie étudiante et monde du travail se grippe. Les jeunes Grecs ne distinguent plus le quotidien maussade des petits boulots d’un avenir assombri par la crise. Aveugles à ce malaise social, les pouvoirs publics ont été surpris — et secoués — par la fureur des protestataires. Celle-ci effraie aussi au-delà du Péloponnèse : en France, le ministre de l’éducation Xavier Darcos a différé une « réforme » contestée pour calmer l’agitation étudiante.

Par Valia Kaimaki

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« Bienvenue sur le terrain des luttes sociales. A partir de maintenant, tu dois te protéger toi-même et tu dois également protéger tes luttes. » Voilà ce qu’a répondu le senior de la vie politique grecque, l’octogénaire Leonidas Kyrkos, personnage-clé de la gauche, à la question : « Qu’avez-vous à dire aux jeunes gens qui manifestent actuellement ? »

A la suite du meurtre par un policier, le 6 décembre dernier, d’un jeune homme de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, collégiens, lycéens et étudiants ont envahi les rues de nombreuses villes de Grèce : Athènes, Salonique, Patras, Larissa, Héraklion et La Canée (Crète), Ioannina, Volos, Kozani, Komotini… Ces manifestations spontanées, aux rendez-vous annoncés par SMS ou par courriel, ont donné lieu à l’explosion d’une rage inouïe.

La révolte a pour origine de multiples facteurs, dont la répression policière ne constitue que le plus évident — Alexis n’en est d’ailleurs pas la première victime, seulement la plus jeune. Mais le terreau fertile du soulèvement, c’est, bien sûr, la débâcle économique qui frappe durement le pays avant même que la tempête mondiale ne fasse sentir ses effets. Or s’y ajoute une crise politique profonde, à la fois systémique et morale : provoquée par l’absence de transparence dans l’action des partis et du personnel politiques, elle aboutit à un manque de confiance envers toutes les institutions étatiques.

Les blessures de la dictature
restent ouvertes

Il faut dire que le meurtre d’Alexis n’a rien d’une « bavure » : son nom s’ajoute à la longue liste d’assassinats et d’actes de torture restés impunis, commis contre des manifestants ou des immigrants. En 1985, en effet, un autre jeune de 15 ans, Michalis Kaltezas, fut tué par un policier, que blanchit ensuite un système judiciaire plus troué qu’une passoire. Les forces de l’ordre athéniennes n’agissent pas différemment de leurs homologues d’autres pays d’Europe. Mais, en Grèce, les blessures de la dictature demeurent ouvertes. L’inconscient collectif n’a pas oublié cette nuit de sept années  ; cette société ne pardonne pas aussi facilement que d’autres.

D’où la grande dissemblance avec les événements des banlieues françaises en 2005, qui permirent au futur président Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, de tirer son épingle du jeu en tenant le discours séducteur de « la loi et l’ordre ». Les Grecs, eux, forment un front uni contre la répression, qui fait trembler les fondations du gouvernement de droite. En tête de cette alliance se trouve une génération qui est loin d’être adulte. Et pour cause. La vie quotidienne des lycéens se caractérise par une scolarisation intensive, dont l’objectif numéro un consiste à décrocher une place à l’université. La sélection est sévère ; les jeunes s’y préparent dès l’âge de 12 ans. Puis les heureux élus découvrent la réalité de la vie après la fac : au mieux, un emploi à 700 euros par mois.

La Grèce connaît depuis longtemps cette « génération à 700 euros ». Certains de ses membres se regroupent au sein d’une association dénommée Génération 700, ou G700, qui s’efforce à la fois de faire entendre leur voix et de leur offrir des services juridiques gratuits. Car même ceux qui ont la « chance » de toucher ces 700 euros travaillent avec des contrats de sous-traitance. Le contrat à durée déterminée (CDD) fait ici figure d’exception, puisque, comme en France, il donne droit à la sécurité sociale, au treizième mois, aux indemnités en cas de licenciement, etc. En revanche, les contrats de sous-traitance, fréquents jusque dans les services publics, échappent au droit du travail. Plutôt que de « travail précaire », on parle de « location » de travailleurs.

C’est à cette violence que les jeunes réagissent brutalement. « Les indices d’évaluation de la situation économique et des attentes des citoyens signalent un pessimisme record, observe M. Stratos Fanaras, président-directeur général de l’institut d’études statistiques Metron Analysis. « Les gens sont très déçus et ne croient pas que cela s’améliorera. Et ce indépendamment de leur classe sociale, de leur niveau d’éducation ou de leur sexe. La Fondation des études économiques et industrielles, qui publie un rapport tous les mois depuis 1981, constate également un niveau exceptionnellement bas de l’indice du climat économique. »

Dans cette ambiance morose, les gens ordinaires ne disposent pas des instruments nécessaires pour analyser la situation. La violence policière les arrache à la passivité et définit les camps. D’habitude déboussolés, « ils perçoivent le meurtre comme s’inscrivant clairement dans une logique manichéenne, continue M. Fanaras. Cette tragédie leur permet de distinguer à nouveau le mal du bien et donc de prendre parti ».

Mais cet engagement ne relève pas vraiment de la politique, tant le système ainsi que les partis sont discrédités auprès des jeunes. Trois familles politiques règnent sur la scène grecque depuis les années 1950. Les deux grands partis, la Nouvelle Démocratie (droite) et le Pasok (socialiste), se partagent le pouvoir. Quant au Parti communiste de Grèce (KKE, dit « de l’extérieur »), sa tradition stalinienne  lui interdit d’apparaître comme une force alternative.

Concurrence
pour la suprématie à gauche

Pour sa part, Syriza, coalition des mouvements de la gauche radicale, issus pour l’essentiel du Parti communiste dit « de l’intérieur » créé en 1968, sait mieux communiquer avec les jeunes. D’où son gain de popularité : la formation, qui avait obtenu un modeste 5,04 % aux élections législatives de septembre 2007, jouit de la faveur des sondages, six mois plus tard (13 % d’intentions de vote).

L’élection à la tête de la Coalition de la gauche et du progrès (Synaspismos), sa composante majeure, d’un jeune homme de 33 ans, M. Alexis Tsipras, a largement contribué à cette ascension. Ses prises de position originales sur les problèmes actuels, mais aussi ses « coups médiatiques » (comme le choix d’une jeune immigrante pour l’accompagner à la grande réception du président), semblent susciter la sympathie d’une partie de la jeunesse. Même après sa « normalisation » dans les enquêtes d’opinion, Syriza affiche aujourd’hui 8 %, loin devant un KKE incapable de comprendre ce bouleversement.

Cette concurrence pour la suprématie au sein de la gauche contestataire a poussé les communistes à approuver le gouvernement de la Nouvelle Démocratie et l’Alarme populaire orthodoxe (LAOS, extrême droite ) quand ceux-ci ont dénoncé publiquement Syriza comme « refuge des casseurs ». Il leur fallait un bouc émissaire pour détourner l’opinion du débat sur les vraies causes de la crise. Pour ce qui est du Pasok, il préfère se taire dans l’espoir de revenir plus vite que prévu au pouvoir.

Pots-de-vin, vie de luxe,
népotisme

Une grande responsabilité incombe au gouvernement. Elus pour la première fois en 2004 en promettant d’instaurer la transparence, le premier ministre Costas Caramanlis et son équipe pataugent dans des scandales plus graves encore que ceux de leurs prédécesseurs : pots-de-vin, vie de luxe, népotisme, rien n’y manque. Le dernier en date concerne des ventes illégales de terres nationales aux moines du mont Athos, transactions dont les responsables restent inconnus. Les jeunes ont donc raison de considérer que, dans ce pays ou règne la corruption, nul ne risque d’être puni. Le visage masqué par un foulard ou une cagoule — on les appelle d’ailleurs les « encagoulés » —, les manifestants les plus radicaux — qui « cassent » et incendient — aiment se retrouver place Exarchia, au cœur d’Athènes, là où Alexis a perdu la vie. La police rêve de se venger d’eux, d’autant que ce « Greenwich Village » à la grecque se situe à côté de l’Ecole polytechnique, où la jeunesse livra une bataille décisive contre la dictature en 1973 : les affrontements entre anarchistes et forces de l’ordre y relèvent d’une vieille tradition.anar

Les images diffusées par les télévisions du monde entier montraient surtout les feux allumés par ces groupes. Le spectateur averti aura néanmoins noté des différences notables par rapport au spectacle habituel. D’abord, les foules de « casseurs » étaient beaucoup plus denses qu’auparavant. En outre, elles n’opéraient pas qu’à Athènes, mais aussi dans une pléiade de villes. De surcroît, les violences urbaines ont duré plusieurs jours. Autant dire que, cette fois, une grande masse de jeunes a participé aux violences, dont la plupart n’avaient jusque-là aucun contact avec l’anarchisme. Derrière les barricades érigées un peu partout se trouvaient même des collégiens de 13 ou 14 ans.

Le gouvernement a mis en avant les « encagoulés » pour évoquer une « atteinte à la démocratie ». De quelle démocratie parle-t-on, rétorquent les protestataires ? Indubitablement, collégiens et lycéens ont attaqué des postes de police à coups de pierre. D’autres, c’est vrai, ont participé à la destruction de succursales bancaires. Mais, quelques jours auparavant, ce gouvernement, indifférent à l’enfoncement dans la misère de centaines de milliers de Grecs, avait offert aux banques un joli paquet de 28 milliards d’euros. Ces dernières délèguent pourtant à des sociétés privées de recouvrement le soin de se faire rembourser les petits crédits, insultant, menaçant et confisquant…

Souvent violente, la colère de la jeunesse n’exprime pas une attente politique particulière. Mais peut-il en aller autrement quand les partis eux-mêmes, à l’exception de l’extrême gauche, se font sourds aux exigences du mouvement ? « Ni dialogue ouvert, ni même messages reçus, a fortiori pas de conclusions tirées. Comme s’il s’agissait d’attendre que les jeunes en aient assez de “casser” pour que la révolte prenne fin », remarque l’analyste Fanaras. Pour lui, bien des manifestants risquent de revenir à leur canapé… jusqu’à la prochaine provocation-prétexte. D’autres intégreront la pépinière des groupes violents. « Ce fut déjà le cas après l’assassinat de Kaltezas », confirme l’ex-journaliste Alexandre Yiotis, un ancien anarcho-communiste autrefois actif dans cette mouvance en France, en Espagne et en Grèce. Et d’ajouter : « Ils grossirent notamment les rangs de l’organisation terroriste 17 Novembre Créé en 1975, ce groupe armé d’extrême gauche a revendiqué plusieurs assassinats avant d’être démantelé en 2002 . » Désormais retiré de l’action, Yiotis remarque toutefois que la plupart des drapeaux brandis dans les manifestations mariaient le rouge et le noir.

Dans la propagande étatique relayée par les médias, surtout la télévision, deux éléments frappent. Le premier concerne le rôle des immigrés dans les événements. Il a été dit que le pillage des magasins brûlés était le fait d’immigrants affamés. La télévision a même souligné que, en Asie, c’était « une pratique courante : manifester, casser, voler ». Or les éléments violents se recrutaient avant tout parmi les autochtones, révoltés contre un système politique corrompu. Et, si des Roms ont pris part aux déprédations, c’était surtout pour venger les leurs, victimes oubliées de la répression policière…

Des foules affamées — grecques, pour l’essentiel — se sont livrées à des pillages. « Un phénomène nouveau, observe un étudiant. Avant, dans les manifs, étudiants et syndicats formaient la tête, puis défilaient les partis politiques, Syriza en queue. Après venaient les anarchistes et, quand ça chauffait, ils entraient dans les rangs de Syriza… et tout le monde se faisait tabasser. Maintenant, après les anarchistes, arrive un nouveau bloc : celui des affamés. Immigrés, drogués, désespérés, ils savent que, dans les manifs, il y a de la bouffe. »

Seconde invention du pouvoir et des médias : des « citoyens en colère » se seraient organisés pour défendre la loi et repousser les casseurs. Au contraire : ils ont tenté de chasser… les policiers ! Des petits commerçants leur hurlaient de s’en aller, tandis que des passants se jetaient sur eux pour libérer les collégiens arrêtés. Prenant conscience qu’il n’était pas possible de garder les enfants à la maison, parents et grands-parents sont descendus avec eux dans la rue pour les protéger. Un monde à l’envers…

« Avec la crise,
il y aura matière à nourrir le feu »

Ce mouvement s’inscrira-t-il dans la durée ? « Etant donné que la crise économique mondiale arrivera bientôt chez nous, qu’une grande partie de la jeunesse restera marginalisée, que la situation de l’éducation ne s’améliorera pas demain matin, qu’on ne verra pas bientôt la fin de la corruption politique, il y aura matière à nourrir le feu », souligne le journaliste et analyste politique Dimitris Tsiodras.cops877

Déjà, il ne s’agit plus seulement de la Grèce. Le mouvement a réussi à « s’exporter » — ou plus simplement à converger avec d’autres. Pour une bonne raison : que cette génération soit la première, depuis la seconde guerre mondiale, à ne pas espérer vivre mieux que ses parents ne constitue pas, loin de là, un phénomène exclusivement grec.

Fréquence Paris Plurielle

www.rfpp.net

En 1981, la fin du monopole de l’Etat sur l’audiovisuel, en libérant les ondes, a donné naissance à une floraison de radios libres, dont environ six cents continuent d’émettre aujourd’hui. Le 5 septembre 1992, Fréquence Paris Plurielle (FPP) s’est lancée dans l’aventure, d’abord à la Plaine-Saint-Denis,fpplogosmall1 dans la banlieue nord de Paris, puis dans le quartier de Stalingrad, à Paris.

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte, engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Indépendante des partis politiques et religieux et refusant toute publicité, elle n’est pas soumise aux impératifs marchands et aux taux d’écoute. Elle est une radio généraliste, qui émet 24h sur 24. Fréquence Paris Plurielle est membre de la Fradif (Fédération des radios associatives d’Ile-de-France).

FPP compte une centaine d’émissions assurées par 250 animatrices, animateurs et technicien-ne-s bénévoles, militants, membres d’associations : émissions politiques, sociales et de solidarité internationale (santé, sans-papiers, logement, chômage, écologie, féminisme, tiers-monde, handicap, prisons), émissions de 14 communautés immigrées en bilingue (Maghreb, Afrique, Turquie, Caraïbe, Madagascar, Comores, Amérique latine, Iran, Kanaks, Kurdes, Soninkés), émissions culturelles (cinéma, théâtre, littérature, histoire, danse, philosophie) et émissions musicales (rap, rock, jazz, électro, reggae, opéra, house, groove, musiques du monde, funk, soul, jazz, rumba, musique antillaise, brésilienne, latino, africaine).

Radio libre, FPP s’attache à une critique en acte des médias : la grille de l’antenne privilégie les formats longs, où l’on prend le temps de dialoguer et de développer des idées ou des créations musicales et sonores. Les émissions sont produites et réalisées par des non-professionnel-le-s : la rue a la parole, avec les accents multiples, les tons, les savoirs, les analyses et les inventions dont elle est riche.banderolle5

Des tirs de flashball, l’œil perdu de Joachim et les sources de l’AFP [Acrimed]

Vendredi 10 juillet à 15h01, une dépêche de l’AFP titre : « Un jeune squatter perd un œil après un affrontement avec la police ».

De sources concordantes, mais principalement policières.

« Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squatt évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. »

Quelles sont ces « sources concordantes », dont les informations concordent si  peu avec la vérité ? Joachim Gatti a 34 ans ; il ne faisait pas partie des squatters et s’il a perdu un œil, ce n’est pas – vaguement dit – « après un affrontement avec la police », mais parce qu’il a été victime d’un tir de flashball.

Que s’est-il passé ? Selon l’AFP : « Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. » En clair, les sources policières concordent avec les sources policières…

D’ailleurs, poursuit la dépêche de l’AFP : « « Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball », a déclaré vendredi la préfecture à l’AFP. ». Puisque la préfecture ose le dire !

Suivent alors des informations de source municipale, dont celle-ci : « D’après la mairie, Joachim Gatti fait partie du mouvement autonome – un réseau militant d’extrême-gauche – qui dénonce notamment la cherté des loyers à Paris et dans certaines banlieues parisiennes. » En quoi, même si elles sont de source municipale, ces indications que le vocabulaire employé suffisent à rendre tendancieuses, expliquent-t-elle ce qui s’est passé ?

De sources discordantes, mais beaucoup plus crédibles

Problème : la plupart des « informations » livrées par cette dépêche sont contestées par des sources … discordantes, mais beaucoup plus crédibles, comme la lettre ouverte de Stéphane Gatti – le père de Joachim – que nous reproduisons ci-dessous.

Lettre ouverte de Stéphane Gatti sur les circonstances dans lesquelles Joachim Gatti a perdu un œil

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un “centro sociale” à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L’évacuation s’est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’une heure. En traversant le marché le matin, j’avais remarqué leurs airs affairés et diligents.

Ceux qui s’étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l’expulsion d’organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.

Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d’être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l’espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d’Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les images font école. J’ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c’était le dernier jour dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l’arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L’appel des Appels, des lectures, des présentations de livres… Ce jour-là, on fermait l’exposition avec une pièce d’Armand Gatti « L’homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d’un militant chinois s’y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades…

C’était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D’un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher… ils sont repartis. On m’a appelé. Joachim est à l’hôpital à l’hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n’avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang qui s’écoulait lentement comme s’il était devenu poreux. Dans un coin, l’interne de service m’a dit qu’il y avait peu de chance qu’il retrouve l’usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je l’apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée…

Entre ces deux moments ; celui où je l’ai quitté à la fête aux gnocchi et l’hôtel Dieu que s’était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.

A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers. J’ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l’impact je suis tombé au sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et m’ont soutenu jusqu’à ce que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.

Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le communiqué de l’AFP.

Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l’œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’avait toutefois pas donné de précision sur l’état de gravité de la blessure.”Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball”, a déclaré vendredi la préfecture à l’AFP.

La police tire sur l’image d’un jeune de 20 ans qui essayent de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c’est le premier scandale.

Faut-il rétablir la vérité sur l’identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s’il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?etat-tire-ds-le-tas

Joachim n’a pas 20 ans mais 34 ans. Il n’habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique Il est cameraman Il fabrique des expositions et réalise des films. Le premier film qu’il a réalisé s’appelle « Magume ». Il l’a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd’hui, il participe à la réalisation d’un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit :

Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti

Question : jusques à quand l’AFP continuera-t-elle à diffuser des informations policières avant de les vérifier ?

***

PS : L’AFP persiste…

À la suite de la manifestation qui s’est tenue à Montreuil le lundi 13 juillet au soir, en soutien à Joachim Gatti et pour dénoncer les violences policières, l’AFP a récidivé en citant de nouveau la mairie de Montreuil (qui donc, à la mairie ?) pour qui « la victime, Joachim Gatti, fait partie du mouvement autonome qui dénonce notamment la cherté des loyers à Paris et dans certaines banlieues parisiennes ». Et l’AFP de fantasmer sur « les jeunes gens, qui scandaient des slogans hostiles aux forces de l’ordre, dont de nombreux semblaient proches des milieux autonomes ou de l’ultra-gauche ».

« Semblaient » ? Mais encore ? Est-ce que l’AFP voudrait suggérer que ces nombreux jeunes sont des proches de Julien Coupat et ses amis, qualifiés de la même manière par Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur ? À quoi joue l’AFP en privilégiant à ce point les sources policières et la parole des autorités administratives alors que les témoins ne manquent pas et que les victimes et leurs proches ne font aucune difficulté pour donner leur point de vue ? C’est d’ailleurs à la suite de leurs protestations que l’AFP a finalement contacté le père de Joachim Gatti.

Plus grave encore : l’AFP ose écrire, dans cette dépêche, que les manifestants « protestaient contre l’expulsion mercredi de plusieurs squatters qui occupaient une ancienne clinique, au cours de laquelle un jeune homme affirme avoir perdu un œil , à la suite d’un tir de flash-ball par les policiers ». Une simple opinion, en quelque sorte ! Joaquim Gatti ayant pu sortir de l’hôpital pour participer à la manifestation, l’occasion était pourtant donnée au journaliste de l’AFP de (pour une fois !) vérifier l’information et croiser les sources avant d’écrire… n’importe quoi.

Après avoir souligné la responsabilité de L’AFP dans la divulgation d’infos plus que douteuses, il faut tout de même s’interroger sur la propension de nombreux journaux à reproduire ces dépêches instantanément, sans aucun recul, sans changer une seule virgule, quelle que soit leur cohérence. C’est le cas ici du Monde, de La Croix, de RTL, de l’Express et de TV5.

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Hélène Roux : « Un affrontement Nord-Sud se joue sur le dos du Honduras » [Article 11]

C’était le dimanche 28 juin, 200 soldats encerclant le domicile du président du Honduras avant de l’arrêter. Le prétexte ? Une prétendue « illégalité » de la consultation populaire que Manuel Zelaya organisait le jour-même et qui, en cas de succès, ouvrait la voie à un référendum sur une éventuelle convocation de l’Assemblée constituante. La vraie raison ? La crispation de l’oligarchie hondurienne, excédée par le virage progressiste du président – pourtant issu du Parti Libéral – et très soucieuse que le bipartisme régentant la vie politique hondurienne ne soit pas menacé.
Nommé président par intérim, le politicien Roberto Micheletti décrète immédiatement un couvre-feu. Et envoie la troupe contre les manifestants qui se mobilisent, notamment lors de la journée du 1er juillet – 276 blessés parmi les protestataires – et du 2 juillet – 20 000 manifestants dans la rue. La répression et les arrestations se poursuivent toute la semaine, culminant le dimanche 5 juillet quand la troupe tire sur des manifestants pro-Zelaya en route pour l’aéroport (où ils espéraient voir atterrir le président renversé) et fait au moins trois morts.
Près de deux semaines après le coup d’État, le couvre-feu est toujours en place et la pression des militaires ne se relâche pas. Les arrestations se poursuivent et nombre d’opposants et de membres des mouvements sociaux sont contraints de se cacher pour ne pas tomber aux mains des forces armées. Roberto Micheletti campe sur ses positions tandis qu’à l’extérieur du pays, les négociations internationales se poursuivent.

Voilà – façon très bref résumé – ce qu’on sait de la situation actuelle au Honduras. Entre le désintérêt des médias et leur façon très parcellaire – voire politiquement orientée – de traiter le sujet, entre les analyses idéologiquement marquées – d’un côté comme de l’autre – et trop simplistes parce que basées sur des considérations datées, il est finalement difficile de savoir à quoi s’en tenir exactement. C’est pour cela que l’intervention d’Hélène Roux, journaliste qui a passé près de 15 ans au Nicaragua et au Honduras – travaillant notamment pour la revue alternative Apia – et fine connaisseuse de l’Amérique Centrale, est si précieuse. Celle qui a participé à l’ouvrage collectif Le volcan latino-américain et termine actuellement une thèse sur « le processus de contre réforme (reconcentration) agraire au Nicaragua, comme instrument de reconquête du pouvoir » – « Il s’agit de montrer comment la possession de la terre, influe et conditionne les relations de pouvoir et à partir de là, tenter de comprendre de quelle manière cela a une incidence sur les choix en matière de politiques de développement », explique -telle – nous a très gentiment accordé une longue interview, histoire qu’on sache un peu mieux à quoi s’en tenir. L’occasion de mettre à mal quelques fantasmes et de replacer les choses dans un contexte (chargé). Entretien.

Est-ce que le coup d’État était prévisible ?

Prévisible, c’est beaucoup dire. Mais il y a eu des alertes quelques jours avant le coup d’État, émanant des mouvements sociaux inquiets de la tournure que prenait la polémique déclenchée par l’initiative de la consultation. Polémique ayant débuté il y a quelques mois, quand le président Manuel Zelaya avait annoncé une consultation sur une éventuelle convocation de l’Assemblée constituante.

Il faut bien comprendre tout ce que ce débat a d’artificiel. La consultation du 28 juin ne portait que sur la possibilité, ou non, de déposer une quatrième urne lors des élections législatives prévues pour novembre : il ne s’agissait donc que d’une consultation sur une future consultation. Mais cela a été complètement travesti par les médias, ici comme au Honduras, qui ont tous affirmé en chœur que Manuel Zelaya jouait sa réélection.


Ce qui n’est pas du tout le cas ?

C’est possible que Manuel Zelaya (photo ci-dessus) ait eu cela en tête. Mais l’enjeu de la consultation allait bien au-delà son éventuelle réélection : pour les mouvements sociaux et populaires, l’éventuelle convocation d’une Assemblée constituante était une très jolie occasion de remettre en cause le bipartisme – le Parti National et le Parti Libéral contrôlent toute la vie politique et constituent une véritable oligarchie politique – qui empoisonne le Honduras. Ces mouvements avaient enfin une possibilité d’entrer en lice et d’obtenir cette participation qu’ils n’ont jamais eu.

En raison de l’histoire politique du Honduras ?

Évidemment. Il ne faut pas oublier que des régimes militaires ont régné au Honduras jusqu’en 1982. Et que le climat politique est resté extrêmement dur jusqu’au début des années 90, avec une politique de sécurité nationale, d’assujettissement de toute la société à la censure militaire et à la lutte anti-subversive.

Rappelons aussi que dans les années 1970-90, soit pendant toute la durée des conflits en Amérique Centrale, le pays avait été la base arrière des États-Unis dans la zone. Ce qu’illustre parfaitement le rôle déterminant joué par John Negroponte, ambassadeur américain au Honduras de 1981 à 85, homme d’influence dans toutes les guerres de l’Amérique Centrale et tête de pont de l’Irangate . C’est par le Honduras que transitaient les armes. L’influence américaine sur ce pays était donc énorme, spécifiquement dans l’armée. Un grand nombre d’anciens présidents du Honduras ont d’ailleurs fait leurs études au États-Unis.

Cette influence américaine est toujours déterminante ?

Plus de la même façon. Si le Honduras a été longtemps l’arrière-cour des États-Unis, les choses ont évolué au cours des années 90, et particulièrement avec l’ouragan Mitch de 1998 : l’Union européenne s’est alors imposée comme le principal bailleur de fonds d’une partie des pays d’Amérique centrale.
Aujourd’hui, le Honduras est l’un des pays de la zone qui reçoit le plus de subsides de l’Union européenne. Cette dernière y mène des programmes importants, notamment en ce qui concerne les réserves naturelles, le réseau d’adduction d’eau, la réduction de la pauvreté et les réformes institutionnelles. L’Union européenne occupe désormais une partie de la place.

Quel intérêt a t-elle à y investir ?

Elle veut se positionner en Amérique Centrale, et positionner ses entreprises, en vue d’atteindre le marché nord-américain. D’abord en développant le marché régional, puis en travaillant sur l’interconnexion et en remontant vers le Nord. Ce qui fonctionne : nombre d’entreprises européennes, surtout espagnoles, sont en très bonne position sur place. Notamment dans le secteur de l’énergie et de la finance : la banque Santander est – si je ne m’abuse – leader en Amérique latine, BBVA occupe également une bonne place.

L’Union européenne n’est pas la seule sur le coup, non ?

En effet. Le programme Meso-Amérique (Mesoamérica en espagnol), qui émane indirectement  des États-Unis, prévoit la mise en place de tout un ensemble d’infrastructures allant du Mexique au Panama et à la Colombie. C’est un programme qui comprend la création d’infrastructures de transport et la réalisation de l’intégration énergétique sur cette zone.
Surtout, les États-unis et l’Amérique Centrale sont liés par le DR CAFTA, un traité de libre-échange qui a commencé à être discuté après l’échec des négociations concernant la ZLEA (Zone de libre échange des Amériques, soit le grand projet de l’administration Bush).

Et tout ça est important pour saisir les ressorts du coup d’État ?

C’est au moins essentiel pour comprendre pourquoi ce coup d’État emmerde tellement, en réalité, les États-Unis et l’Union européenne. Côté américain, c’est même, à mon avis, le pire scénario imaginable : le Honduras est une pièce-clef du plan Meso-Amérique, notamment parce que c’est le seul pays ayant à la fois un port digne de ce nom sur l’Atlantique (Puerto Cortés), avec des produits partant directement pour La Nouvelle Orléans, et une bonne intégration au Pacifique, à travers les infrastructures routières (via le Salvador notamment). Aucun des autres pays d’Amérique Centrale n’a cette connexion privilégiée.
En clair : le coup d’État ne peut pas être une bonne chose pour les États-Unis. Surtout si le gouvernement de facto du Honduras n’était pas reconnu par la communauté internationale et qu’il y a des sanctions prises contre lui. Et dans l’état actuel des choses, il ne peut pas être reconnu…

Mais on a beaucoup entendu parler du rôle supposé des États-Unis de ce qu’il vient de se passer…

C’est une explication un peu simpliste, en tout cas incomplète. Bien entendu, les États-Unis ont un passé plus que trouble dans la zone. Bien entendu aussi, ils ont été mouillés dans la tentative d’attentat contre Chavez, en 2002. Mais en l’état actuel des choses et vu l’image que souhaite se donner l’administration Obama, ils ne peuvent pas se permettre de jouer à ce petit jeu au Honduras. Simplement parce que la configuration a énormément changé en quelques années.

Attention : ça ne veut pas dire que les États-Unis ne souhaitaient pas se débarrasser de Manuel Zelaya. Au contraire, même. Mais pas de cette façon : dans un article du New-York Times paru le 30 juin, « In a Coup in Honduras, Ghosts of Past U.S. Policies« , un fonctionnaire américain a expliqué qu’il existait bien un plan pour faire décamper Zelaya. Il s’agissait de l’attaquer sur le plan juridique, en lui collant une affaire de corruption sur le dos.
Ça avait peut-être même déjà commencé : Otto Reich, ancien secrétaire d’État adjoint chargé de l’hémisphère occidental du gouvernement Bush, homme auparavant mêlé à l’affaire Irangate et aujourd’hui reconverti en consultant privé, a lancé récemment des accusations contre Manuel Zelaya et contre des membres de son gouvernement, leur reprochant d’avoir accepté des pots de vin pour qu’une entreprise de communication obtienne des concessions au Honduras. Une accusation qui prend également son sens quand on sait que les concessions de télécommunication étaient il y a quelques années gérées par l’armée.

Bref, les États-Unis songeaient bien à coincer Zelaya. Mais plutôt en montant un procès contre lui et en tablant sur leurs alliés locaux, qui contrôlent la Cour Suprême de Justice du Honduras. Pas de chance : les gorilles de l’armée ont tout foutu par terre… Eux, ainsi qu’une classe politique hondurienne si effrayée par le projet de constituante qu’elle a suivi les premiers barbouzes venus. Cette élite avait une telle mainmise sur le pays qu’elle n’a pu supporter de voir remise en cause une parcelle de son influence. Pour elle, il y avait le feu à la baraque…

Le scénario américain de la mise en accusation de Zelaya aurait pu fonctionner ?

Je pense que oui. Et c’était le seul scénario crédible, pour les Américains. Il ne faut pas oublier que le rapport de force est désormais défavorable aux États-Unis en Amérique Latine, qu’ils n’ont plus les moyens de faire pression comme avant et d’imposer leur volonté. Alors qu’ils faisaient la pluie et le beau temps jusqu’au début des années 2000, leur influence s’est très fortement étiolée. À l’Organisation des États américains (OEA), instance politique regroupant tous les pays d’Amérique, ils n’ont plus que le Mexique et la Colombie comme alliés inconditionnels – ainsi que le Canada – , quand ils ne comptaient que des soutiens et un président à leur botte il y a une dizaine d’années. Illustration parfaite de cette évolution, l’OEA vient de réintégrer Cuba.

Et que faites-vous des documents prouvant que les putchistes honduriens sont passés par la School of the Americas, une annexe du Pentagone formant à la contre-insurrection ?

Justement, ça ne prouve rien : tous les militaires de haut-rang du Honduras sont passés par la School of the Americas. Mieux : la majorité des militaires d’Amérique Latine – et en particulier ceux qui ont joué un rôle dans les nombreux coups tordus qui ont ponctué l’histoire du sous-continent – y sont passés… Je veux bien qu’on revienne toujours au plan Condor, mais ce n’est pas forcément la meilleure grille d’analyse…
Le fait que les dignitaires de l’armée hondurienne soient passés par cette école ne démontre pas que les États-Unis soient derrière le coup d’État, mais juste que la leçon a été bien apprise.

Maintenant, je veux bien faire une spéculation : il est possible que certains secteurs particulièrement conservateurs de l’administration américaine soient en train de faire un enfant dans le dos à Obama en soutenant le coup d’État. Là oui. Mais supposer l’implication de l’appareil d’État dans son entier n’est pas très crédible.

Ça renvoie à autre chose, finalement. Soit à l’impression que tout ce qu’on peut lire dans nos médias sur la situation au Honduras, dans un sens ou dans l’autre, est parcellaire et au moins partiellement faux…

Oui. Ça s’explique d’abord par le fait que très peu de gens connaissent le Honduras. Personnellement, je n’ai rencontré que trois journalistes qui s’y soient rendus. Et l’un des seuls spécialistes français de la question, qui était mon directeur de thèse, est décédé l’an passé . Conséquence : il y a très peu de gens qui sont capables de cadrer un peu le sujet, de se montrer pédagogiques.

De façon générale, les médias français ne s’intéressent pas au Honduras, ils n’y connaissent rien et, même s’ils voulaient s’y intéresser, ils n’en auraient pas le temps. S’y ajoute le retour d’une logique d’affrontement de blocs par Amérique Centrale interposée : c’est ainsi qu’on peut lire dans Le Monde la reprise d’un article de La Prensa, un quotidien conservateur du Nicaragua, prétendant qu’il faut voir dans le renversement hondurien un coup d’État « d’un genre nouveau », commis pour rétablir la démocratie. Scandaleux !

Le Monde est habitué à raconter n’importe quoi sur l’Amérique Latine…

C’est clair qu’il a toujours été nul sur la question et que ses correspondants en Amérique Latine ont toujours été particulièrement vénimeux. Bertrand de la Grange a raconté n’importe quoi pendant des années, Paulo A. Paranaguá a apparemment pris le relais. Ce dernier a produit des articles sur Chavez vraiment lamentables, de la pure désinformation ; il a fait de même récemment avec la Bolivie en présentant Ruben Costas, le préfet raciste de la province de Santa Cruz comme un brave type. L’Amérique Latine a toujours été traitée sous forme de caricature dans les colonnes de ce journal… Comment s’en étonner : j’ai vu des journalistes du Monde y partir qui ne parlaient même pas espagnol…
C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fini par me réorienter vers la recherche, même si je continue d’écrire des articles pour la presse alternative et aussi parfois pour certaines publications latino-américaines : je me suis rendue compte que je ne pourrais jamais pratiquer le journalisme que je souhaitais. Une amie avait une bonne formule pour cela, elle disait qu’on me demandait toujours une caricature quand je voulais faire de la peinture à l’huile.

Au rayon médias, toujours : qu’est-ce que vous inspire la comparaison des traitements médiatiques sur la crise en Iran et sur le coup d’Étatdu Honduras ?

Il y a sans doute un point commun, l’absence totale de vérification des informations et la superficialité de ce traitement. Pour le reste, c’est clair qu’on est dans un rapport de un à mille en terme de couverture…
Ce qui m’a paru le plus choquant, finalement, c’est la façon dont les médias ont pris pour argent comptant l’idée qu’il y avait une fraude électorale en Iran – laquelle est probable mais pas avérée – et la façon dont les mêmes ont pris pour argent comptant l’idée que le coup d’État au Honduras faisait avancer la démocratie et était légitime.
Peut être qu’en cette période estivale, les rédactions n’ont personne qui parle espagnol… En revanche, force est de constater que le farsi est apparemment une langue très courue dans les médias (surtout audiovisuels).

Chavez et Zelaya

Vous parliez un peu plus haut du retour d’une logique de blocs : de quoi s’agit-il ?

Dans les années 80, les États-Unis et l’URSS se sont notamment affrontés sur le dos du Nicaragua. Et de façon général, tous les conflits qui ont touché l’Amérique Centrale à cette époque étaient une expression de la Guerre froide.
Là, c’est la même chose : un affrontement Nord-Sud se joue sur le dos du Honduras, ce qui explique en partie les analyses simplistes sur le rôle américain. Le coup d’État et surtout son traitement médiatique ont été l’expression du conflit opposant le Vénézuela et les États-Unis, les deux faisant monter la sauce. Quand Hugo Chavez se rend, juste après le coup d’État, au Nicaragua pour y faire un discours martial et évoquer une intervention militaire, il joue avec le feu en raison du contentieux existant entre le Honduras et le Nicaragua. C’est dévastateur comme déclaration, à cause du passif historique, des dix ans de guerre que les gens au Nicaragua n’ont pas oublié. D’ailleurs Daniel Ortega, président du Nicaragua, se rappelle, lui, que c’est la guerre qui a fait perdre les élections aux Sandinistes en 1990. Et c’est aussi pourquoi, lorsque le 5 juillet Micheletti a commencé sa conférence de presse en accusant le Nicaragua (et le Venezuela) d’être sur le point d’envoyer des groupes armés au Honduras (ou de les avoir déjà envoyés), Ortega a immédiatement démenti. De façon d’autant plus crédible que l’éventualité d’une « intervention » de l’armée nicaraguayenne au Honduras, ou ailleurs, est un scénario totalement invraisemblable…

Finalement, l’analyse la plus juste est celle qui fait une large part à la lutte des classes…

D’une certaine façon, oui. Le coup d’État s’explique essentiellement par la réaction d’oligarchies locales – nourries et appuyées militairement, économiquement et financièrement par les États-Unis pendant des siècles – qui n’acceptent pas de perdre du terrain et de voir rognés leurs privilèges. A l’image de la réaction de l’oligarchie bolivienne blanche s’accrochant et prenant des initiatives désespérées pour tenter de contrer les réformes de Morales.

Comment réagit la société civile ?

Du côté des mouvements sociaux, l’opposition est unanime. Les coups d’État, ils ont déjà donné, ils savent très bien ce que cela veut dire… Mais il y a aussi des secteurs de la société – y compris populaire – qui sont pour le renversement de Zelaya, de la même façon qu’ici il y a eu des gens pour voter Sarkozy. Il ne faut pas oublier que les Honduriens ont été littéralement gavés d’anti-communisme et d’anti-subversion pendant des années et des années. De ce côté-là, on peut clairement parler d’influence des États-Unis : le lavage de cerveau a très bien fonctionné.
Il faut aussi souligner que les auteurs du coup d’État ont le soutien de la presse : les propriétaires des trois grands quotidiens du Honduras ont été des propagateurs actifs du renversement. Et il en est de même pour les télévisions privées.
Enfin, il y a des pressions patronales – notamment de la part des patrons des industries maquiladoras du Nord – pour obliger leurs salariés à participer aux manifestations pro-coup d’État. Au Honduras – et en général en Amérique latine – c’est un procédé assez courant. Il y a même un mot pour ça dans certaines régions : « acarreado ». Ce sont les gens amenés en véhicules (ou payés) pour faire faire la claque dans des manifestations politiques ou électorales.

Justement : quelle attitude adoptent les patrons ?

C’est peut-être en train d’évoluer. Mercredi, une radio du Honduras a fait état de l’engagement à maintenir les prix des représentants de la corporation des patrons. C’est une façon de dire aux habitants de ce pays très pauvre : ne vous inquiétez pas. Mais c’est surtout le signe que ces patrons commencent sérieusement à prendre peur, à être effrayés. D’autant plus que les États-Unis ont commencé à retirer les visas à certains : là, c’est la Berezina pour eux…

D’ailleurs, alors que les Honduriens attendaient le retour de Zelaya dimanche, une radio a révélé qu’un certain nombre de chefs d’entreprise – parmi les plus gros du pays, avec entre autres l’ancien président Carlos Flores Facussé – étaient en train de tenter de négocier une sortie de crise à Wahington. Le pouvoir économique est déjà en train de tourner casaque, et si cette tendance se confirme et s’accentue, le président remplaçant, Roberto Micheletti, n’aurait plus avec lui que les militaires et un certain nombre de politiciens ultra-conservateurs. C’est en tout cas ce qu’une radio du Honduras, qui tente de rester indépendante, répercutait dimanche dernier, le 5 juillet.

Vous pensez que la situation peut évoluer favorablement ?

C’est possible, mais c’est difficile à dire. Je crois que tout va se jouer dans la conjugaison des pressions sociales – elles ne sont pas négligeables, les gens résistent vraiment (par exemple, les enseignants refusent massivement de reprendre les cours) même si ça ne suffira probablement pas à renverser la situation – et des pressions du grand capital hondurien, ainsi que dans les garanties que les putchistes pourront arracher au cours des tractations internationales pour obtenir l’impunité en cas de retour en arrière. Dans tous les cas, l’armée pèsera aussi dans les négociations.
Pour finir, ce qui vient de se passer – le coup d’État, la répression et les arrestations – a sans doute cristallisé un réveil des mouvements sociaux au Honduras. Quelle que soit l’issue de la crise, rien ne sera plus pareil.

Terrorisme et pains au chocolat [PlanB]

Des victimes, un coupable, du suspens  : les « séquestrations » de patrons ont enchanté les médias. On en recense moins d’une douzaine  ? Aucune importance. Leur mise en scène permet de cacher la violence économique ordinaire derrière un faux débat sur la violence ouvrière.

Le 31 mars, le Parti de la presse et de l’argent (PPA) déplorait un nouveau cas de « séquestration ». Après les dirigeants de Sony, 3M Santé et FCI, premiers martyrs de la « radicalisation des luttes », c’était au tour de François-Henri Pinault, PDG du groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), de se faire chahuter par son personnel, qu’il venait de gratifier d’un plan d’économies de 1 200 licenciements. La troisième fortune de France est retenue une heure dans son taxi sur un parking du XVe arrondissement de Paris, pendant que ses employés scandent « Pinault, sale escroc, la crise elle a bon dos ». Non loin de là, son attaché de presse, Bernard-Henri Lévy, affûte déjà son plumeau pour faire barrage à la « chasse aux patrons ».

Septembre noir à Grenoble

« Il n’y a qu’un pas entre les séquestrations sages d’aujourd’hui […] et le passage à la “vraie” violence, braille l’hyper-philosophe dans Le Point, propriété de Pinault. Puissent-ils [ceux qui refusent de condamner les séquestrations] méditer l’aventure d’une génération qui […] sut comprendre – juste à temps – l’irrésistible enchaînement qui mène de la “compréhension” pour les formes sauvages de la colère sociale à la célébration, étape par étape, de la délation, de la terreur dans les mots et, un jour, à Munich, du passage à l’acte et au sang » (Le Point, 16.4.09). Une allusion à la prise d’otages perpétrée à Munich en septembre 1972 par le groupe palestinien Septembre noir, qui s’était soldée par la mort de 11 athlètes israéliens. Les salariés qui bousculent leurs patrons ont-ils conscience de l’héritage atroce qu’ils perpétuent  ?

Le Plan B a voulu interpeller à ce sujet Alexis Mazza, délégué CGT de Caterpillar à Grenoble. Au soir du 31 mars, après l’annonce de la suppression de 733 emplois, les ouvriers de l’usine ont invité quatre de leurs dirigeants (dont le patron de Caterpillar-France) à dormir dans leur bureau afin que la nuit leur porte conseil, avant de les relâcher au matin avec des pains au chocolat [1]. Nous interceptons Alexis Mazza dans l’enceinte de la Maison de la culture, où il espère une entrevue avec son patron confédéral, Bernard Thibault. Lequel préférera annuler sa visite, sans doute accaparé par les commandes de merguez pour sa prochaine « journée d’action » bimestrielle [2]. La comparaison béachélienne avec Munich arrache à Mazza un soupir de lassitude. « Ces gens-là ont-ils connaissance du monde du travail  ? Est-ce qu’ils savent que, tout au long de l’année, la plupart de nos directeurs des ressources humaines harcèlent moralement et même sexuellement certains de leurs salariés  ? Connaissent-ils les risques psycho-sociaux qui existent dans les entreprises  ? Il y a des salariés qui ont failli se suicider à cause de ces dirigeants qu’on a légèrement retenus. Cette violence-là, est-ce que les philosophes en parlent  ? »

Journaliste aux Échos, Gabrielle Serraz a examiné de près la « violence inédite du conflit Caterpillar ». Ses révélations font froid dans le dos  : « […] sur fond de musique rap, d’insultes, de crachats, de vexations », une bande de « “gros bras” devenus incontrôlables » ont « paralysé les négociations » et terrorisé les délégués syndicaux plus conciliants envers la direction, qui auraient « même demandé à être protégés jour et nuit par des gardes du corps ». Ces lumpen-grévistes, « issus pour la plupart des programmes d’intégration sociale, récemment sortis de prison pour certains, ont pour seule stratégie l’augmentation de la “prime à la valise” », suffoque la journaliste (Les Échos, 26.5.09). Alexis Mazza se reconnaît dans ce portrait. Ouvrier depuis treize ans à l’usine de Grenoble, il ne sort pas de prison mais fait partie des 19 « gros bras » assignés par le TGI de Grenoble pour – appellation piquante s’agissant d’une grève déclenchée par 733 licenciements – « entrave à la liberté du travail ». « Une grande première en France, note-t-il. J’ai été dénoncé par des collègues, probablement des cadres, en raison de ma réputation. Ça fait trois semaines que je n’ai pas touché de salaire et je ne sais pas comment je vais pouvoir nourrir mes filles. » La journaliste des Échos le concède  : les « Cater » ont « réalisé des prouesses en termes de productivité » et se sont pliés à maintes reprises aux desiderata de la direction. Au point que les actionnaires ont vu leurs dividendes tripler en cinq ans tandis que les bénéfices du groupe crevaient le plafond (3,86 milliards d’euros en 2008), un détail que Gabrielle Serraz omet de signaler dans son « reportage ». Il est vrai que les rentiers qui pompent les profits de l’usine grenobloise n’écoutent pas tellement de musique rap.

La sauvagerie des ouvriers français ne passe pas non plus inaperçue de l’autre côté de l’Atlantique. Le 23 mars, alors que le patron français de 3M Santé ayant son siège dans le Minnesota, Luc Rousselet, déguste les croissants que lui ont apportés ses employés après trente-six heures de rétention dans son bureau, l’angoisse enfle dans les rédactions américaines. 3M Santé ayant son siège dans le Minnesota, la grève déclenchée à Pithiviers pour s’opposer au licenciement de 110 salariés n’est-elle pas assimilable à un acte de terrorisme contre les États-Unis  ? Sur le site d’informations ABC.com, un confrère installé à Paris témoigne  : « Lorsque des travailleurs sont mécontents dans la France révolutionnaire, les lois de la République sont suspendues. […] Ils peuvent kidnapper ou faire tout ce qu’ils veulent, la police n’interviendra pas parce qu’il est admis que les travailleurs ont tous les droits. Cela explique pourquoi ils peuvent tout à fait retenir quelqu’un en otage, alors que, dans n’importe quel autre endroit du monde, cela serait considéré comme un acte terroriste » (ABC.com, 25.3.09).

Cet observateur des réalités françaises n’est pas un inconnu du Plan B : il s’agit du journaliste américain Ted Stanger, essayiste à succès, chroniqueur sur RTL et pilier assidu des débats télévisés sur France 2. Qu’attend Barack Obama pour inscrire la France sur la liste noire des États voyous qui encouragent le terrorisme  ? Le Plan B se dépêche d’interroger l’expert. La dernière fois, il nous avait raccroché au nez [3]. Cette fois-ci, se méprenant sur notre identité, le « plus français des Américains » (selon son éditeur, Michalon) accepte d’approfondir son analyse. Oui, dit-il, « les séquestrations, c’est synonyme de terrorisme. Or la politique de Washington consiste à boycotter les États voyous qui pratiquent ce genre d’exercice  ! [sic] Donc on voit un très vieil allié qui pratique sur son sol le terrorisme. Ça inquiète beaucoup  ! »

L’Otan libère Pithiviers

Quand on lui rappelle que 3M est la seule société américaine – avec Colgate et Coca-Cola – à avoir augmenté ses dividendes aux actionnaires pour le premier trimestre 2009, le chouchou d’Yves Calvi s’étrangle  : « C’est la naïveté économique des Français  ! On dit  : une société qui fait des bénéfices n’a pas le droit moral de licencier. Moi je réponds  : ce n’est pas aux salariés de gérer l’entreprise. Si vous voulez avoir une espèce de Yougoslavie où les ouvriers prennent part aux décisions, d’accord  ! Mais pour l’instant, vous n’avez pas ça… » On lui suggère alors de se rendre à Grenoble ou à Pithiviers pour expliquer aux ouvriers la meilleure attitude à adopter. « Bien sûr que non, je serais lynché  ! » se récrie Teddy dans un éclat de rire. Puis il se met à hurler  : « Il n’y a pas de débat en France  ! Les patrons qui travaillaient avec les Allemands sous Vichy, on ne leur a pas encore pardonné  ! C’est un tabou  ! Les salariés ont tous les droits  ! » Le fait que des ouvriers jetables soient parvenus à conquérir des indemnités moins dérisoires – 30 000 euros au moins pour les licenciés de Pithiviers – que le pourboire initialement consenti fait pâlir d’envie les clones français de Ted Stanger. « Quand l’usine ferme, il semble que les acteurs engagés dans des conflits violents revendiquent beaucoup moins un reclassement que des indemnités conséquentes. […] Ils se sentent dos au mur et veulent de l’argent  : solde de tout compte  ! » persifle l’éditorialiste Jean-Louis Gombeaud dans Nice-Matin (1.4.09). Plus inquiétant encore, pour son collègue de L’Expansion : « Si l’on tient à nos valeurs libérales, il faut être vigilant, à l’heure où l’on peut lire, placardé sur nombre d’usines en grève, ce funeste slogan  : “Le capitalisme est malade, achevons-le  !” » (1.6.09). Et le PPA avec  !

Notes

[1] Le 6 mai, les salariés rejetaient par référendum une proposition patronale visant à « sauver » 133 postes en échange de l’introduction du travail de nuit. Le 18 mai, une nouvelle proposition, légèrement amendée, recevait l’approbation de l’intersyndicale FO-CFDT-CFTC. Seule la CGT s’est opposée à cet accord, qui doit être soumis par référendum aux ouvriers « avant octobre ».

[2] À l’heure où Le Plan B mettait sous presse, Bernard Thibault n’avait toujours pas mis un pied chez les « Cater ».

[3] Lire « Il faut brûler le Code du travail », Le Plan B n° 16, décembre 2008-janvier 2009.

Intersquat

intersquat.free.frintersquat

Ces collectifs, tous différents, sans attendre des solutions toutes faites, inventent leurs propres façons de fonctionner. Depuis parfois 17 ans, par la mise en commun de matériel, l’échange de savoirs, en autogestion totale et sans aucun subside, se sont développées des possibilités de travail et de diffusion des pratiques artistiques, l’échange, le débat et la diffusion d’idées.

Partout où ces lieux peuvent exister (ce qui n’est malheureusement pas toujours facile), les collectifs qui les occupent dynamisent le lien social, et rendent accessible la culture à un large public.

Au nom de la notion d’abus de propriété, ces collectifs revendiquent le droit à l’occupation de ces lieux laissés à l’abandon depuis plus de deux ans (cf. loi sur l’exclusion). Ils jugent que leur action est d’utilité publique, tout en étant conscients d’être contraints à l’illégalité. De ce fait, il s’agit de trouver un cadre juridique permettant la régularisation de cette démarche. De plus, ils demandent l’abrogation immédiate de lois les criminalisant, notamment d’amendes exorbitantes et injustifiées. Ainsi que la condamnation de toutes les mesures de répression et l’utilisation de milices privées à l’encontre des lieux et des personnes.

Danger travail – P. Carles

Une dizaine de chômeurs et chômeuses racontent pourquoi et comment ils ont décidé de ne plus aller travailler. Après avoir fréquenté plus ou moins longtemps le monde du travail, ces hommes et femmes ont fui l’usine, l’entrepôt ou le bureau, bien décidés à ne plus accepter les règles de la guerre économique contemporaine. Loin de l’image du chômeur accablé ou déprimé, ces « sans-emploi qui n’en demandent pas pour autant » expliquent ouvertement pourquoi ils cherchent à s’épanouir en dehors du monde du travail, avec peu de ressources mais en disposant de temps à profusion.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir le film :

videoplay?docid=3459918714670948456&ei=iVNcSrG5AYK9-AbA0L2pCw&q=danger+travail

Volem rien foutre al pais – P. Carles

Dans cette guerre économique, qu’on nous avait promise il y a bien des années et qui avance comme un rouleau compresseur, existe-t-il encore un sursaut d’imagination pour résister ?
Mis en demeure de choisir entre les miettes du salariat précaire et la maigre aumône que dispense encore le système, certains désertent la société de consommation pour se réapproprier leur vie. « Ni exploitation, ni assistanat ! » clament-ils pour la plupart. Ils ont choisi une autre voie, celle de l’autonomie, de l’activité choisie et des pratiques solidaires…

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir le film :

videoplay?docid=-4155421612152274150&ei=6FFcSsmjIYPM-AbE3qXgCQ&q=volem+rien+foutre

ACRIMED

www.acrimed.org

Acrimed Action-CRItique-MEDias [Acrimed]. Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l’Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d’un observatoire des médias s’est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour. Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Communiqué suite à l’expulsion de la Clinique et à la soirée du 8 juillet

Depuis le 28 janvier, l’ancienne Clinique située à la Croix de Chavaux à Montreuil, vide depuis des années, était occupée. Durant plusieurs mois, ce lieu a permis à une vingtaine de personnes de se loger, et à bien plus de s’organiser, face aux problèmes de logements, aux institutions sociales ; et aussi de projeter des films, faire des cantines, des radios de rue face au marché, une kermesse…

Mercredi 8 juillet, à 6h du matin, un dispositif de plus de 200 flics accompagnés du RAID, d’un huissier, ont délogé les habitants de la Clinique occupée. Après un contrôle d’identité, ils ont commencé à murer les fenêtres et les portes et ont confié à trois vigiles et leurs chiens la surveillance du lieu. (voir http://laclinique.over-blog.net/categorie-11003725.html)

A 19h, nous nous sommes retrouvés à l’entrée de la rue piétonne pour une cantine de rue et après, une déambulation. Des banderoles ont été posées sur les façades : « Une expulsion de plus à Montreuil. Ripostons », « La Klinik fait bloc », « Les deux mi-lunes ne s’éclipseront pas », « Pour chaque expulsion. Réoccupons ». Nous voulions informer sur l’expulsion qui avait eu lieu le matin, rencontrer et recroiser les gens venus nous apporter du soutien ces dernières semaines, et affirmer qu’on ne partira pas d’ici, que cette expulsion musclée ne nous séparera pas et que nous continuerons à habiter la rue. Au moment où tous sont confrontés à des problèmes de logement, où le tribunal de Montreuil ordonne de plus en plus des expulsions sans délai et que très rapidement les gens se font jetés de leur logement, il est important de ne pas rester isolés, d’essayer d’être plus nombreux pour essayer d’empêcher les expulsions, et surtout de montrer à la police et aux propriétaires en tout genre, qu’une expulsion ne se fait pas sans bruits, et sans résistances.

Nous avons distribué des tracts et pris la parole pour expliquer notre présence. Plusieurs bagnoles de flics en uniforme et en civils nous surveillaient de la place. Vers la fin de la cantine, des feux d’artifices partis de devant la Clinique ont joyeusement embrasé le ciel. Nous sommes allés à l’entrée gueuler notre colère, notre rage de voir ce lieu que nous avons fait vivre repris en main par des flics et des vigiles, avec la destruction comme seul horizon.

Alors qu’il ne se passait rien de plus, les flics, après s’être équipés, ont violement chargé, et tiré dans le tas au flashball. Certaines personnes ont alors couru pour se protéger. Les flics étaient de tous les côtés de la place du marché. Cinq se sont fait shootés, tous au dessus du torse. Ils visaient la tête, avec l’intention claire de nous mater, au risque de tuer ou mutiler. L’une des personnes touchée est à encore l’hosto, gravement blessé. Les flics ont continué à poursuivre les gens jusqu’à la rue piétonne. Plusieurs personnes ont été arrêtées durant la charge et les flics ont continué à patrouiller dans la ville toute la nuit. Peu de temps après, ils ont arrêté une autre personne à quelques rues de là. Trois personnes sont encore en garde à vue.

Nous ne voulons pas nous faire tirer dessus en silence.

LaClinique – Montreuil

laclinique.over-blog.net

squat

[squat!net]

http://squat.net/fr/

[squat!net] est né de « Häusermob », un groupe de personnes créé en 1995 pour faire face à la répression féroce des squats à Berlin (expulsions, désinformation médiatique… conséquences de la fureur du sénateur berlinois des affaires intérieures). Le projet « Häusermob sur l’internet » a donc été lançé début 1997 pour empêcher la destruction des squats et de leur culture, par la mise en place d’une structure de communication alternative, destinée à visibiliser les squats et leurs pratiques, à élargir leur champ d’action ainsi qu’à leur permettre une meilleure coordination par le biais des technologies de l’information. Aujourd’hui, diverses personnes de part le monde contribuent à faire de [squat!net] un serveur de contre-information international.

squatcontrlogiqchacsoi