De Madrid : danser sur les urnes ? [Article 11]

Certains iront voter. Pour faire barrage à la droite. Ou pour punir la gauche. De là à faire du mouvement du 15 mai une mollassonne agglomération de socio-démocrates soluble dans le système, il y a un pas. Dans le Madrid dit « indigné », sur la Puerta del Sol, dans les assemblées de quartier ou dans les milieux militants, le vote de demain ne passionne pas grand monde. Leur politique est ailleurs, disent-ils.

La messe est dite, enfin il paraît : le PP, parti de la droite populaire post-franquiste, va remporter les élections de demain (20 novembre) face au PSOE de Rubalcaba (post-Zapatero). Les doigts dans le nez, majorité absolue au parlement attendue. Il faut dire que le parti « socialiste » espagnol est tellement discrédité que Rajoy (post-Aznar), falot politicard sans charisme en charge de la campagne PP, n’a qu’à se baisser pour ramasser les voix. Avec cette obsession stratégique : ne surtout rien dévoiler concernant son programme. Le dernier débat télévisé entre le candidat made in PSOE et Rajoy a ainsi tourné à l’absurde jeu d’esquive, le premier attaquant sur l’absence de programme du PP et le second rétorquant qu’il ferait mieux de la fermer vu que le PSOE avait foutu le pays dans une merde noire (plus de 20 % de chômage, record de la zone euro). Discours vendeur. D’autant que le transparent champion du PP se garde bien d’annoncer les coupes budgétaires que son parti s’empressera inévitablement de mettre en branle dès la chambre investie. On n’est pas aux pièces, ça peut attendre les lendemains d’élection…

Le visiteur de passage à Madrid, pour peu qu’il s’intéresse aux mouvements sociaux et aux suite du 15-M1, ne peut que remarquer la pauvreté du débat politique dit conventionnel dans un ville où les initiatives auto-gestionnaires et/ou sociales sont omniprésentes, dans le centre comme en périphérie. D’un côté, les vieilles badernes et leurs médias vassaux qui servent la soupe politicarde habituelle sans même l’épicer de discours un tantinet novateurs (hormis quelques clins d’œil de façade aux indignés, ça ne mange pas de pain). De l’autre, une partie de la population (et pas seulement les militants, de loin) qui envahit les rues et se frotte au débat d’idées et à la démocratie directe avec une constance que les pontes des deux principaux partis (et leurs satellites type Izquierda Unita – PC et certains verts – et Izquierda Anticapitalista – le NPA du coin2) n’atteignent même pas en rêve. Fracture symbolique qui n’étonne plus grand monde, évidemment. « PSOE/PP, la misma mierda es3 », c’est un fait acquis ; «  Vous ne nous représentez pas.  »

Alors que 15-M continue son travail de sape contre le système (de manière moins spectaculaire et massive qu’à ses débuts sur la Puerta del Sol : décision a été prise de décentraliser le mouvement, autour d’assemblées populaires de quartier) et que les initiatives auto-gestionnaires se multiplient (centres sociaux, assemblées de voisins, occupations), la victoire promise au PP donne un léger goût d’aigre à la tambouille alternative mitonnée ici. Surtout, elle constitue un passage de relais lourd de conséquences. Dans un pays où, fantôme de Franco oblige, il n’y pas de parti d’extrême-droite type FN, la victoire d’une force politique plus que conservatrice effraye. D’où l’omniprésence des débats sur le « vote utile » (opposé à « l’abstention critique », voire à « l’abstention active »).
Lucia, activiste du Patio Maravillas, impressionnant centre social auto-géré installé au cœur de Madrid, souligne la complexité de la situation : « Le mouvement du 15 mai a enfin permis d’apposer un début de fracture à cette politique de transition qui s’était imposée après Franco, une approche bipolaire qui a pollué l’approche politique de beaucoup de gens. C’était les fascistes contre la gauche, point barre. Ma mère, par exemple, a été logiquement traumatisée par le franquisme ; du coup elle ne comprend pas que je n’aille pas voter pour faire barrage à la droite. » Une situation loin d’être figée, s’empresse-t-elle d’ajouter : « Avant le 15-M, le vote était pour beaucoup une manière de laver leur conscience, de se dire qu’ils avaient fait leur devoir politique. Maintenant que les gens sont beaucoup plus investis dans des initiatives locales, type assemblées populaires ou mouvements sociaux, ils sentent moins le besoin d’aller voter. Leur politique est ailleurs que dans les urnes.  »

Si le 15-M s’est construit sur le rejet des partis et de leur organisation hiérarchisée, sur une logique intégralement auto-gestionnaire, la tentation du vote reste présente, surtout chez les moins radicaux. Certains ont même tenté de créer un parti estampillé 15-M censé participer aux élections, initiative heureusement repoussée en bloc lors des assemblées : pas question de tuer dans l’œuf ce qui fait la force de ce mouvement (soit : son horizontalité). Salvador, libertaire du bouillant quartier de Lavapies :«  Il y a une pression sociale pour aller voter. Cette idée que c’est une chance et un devoir, et que si tu ne votes pas alors tu abandonnes ton droit à critiquer. Mais ça ne prend plus, même hors des milieux anarchistes : on fait de la politique au quotidien, et pas seulement entre militants – cette mascarade électorale ne mérite pas qu’on s’y intéresse.  »

Une position qui n’est pas forcément partagée par tous. L’initiative des activistes numériques d’Anonymous en vue de « pirater les élections » rencontre ainsi un certain succès. L’idée est simple : disséquer la complexe cartographie électorale espagnole (selon les régions et les villes, un vote n’aura pas la même influence sur le résultat final) afin d’inciter les indignados à donner leur vote à la formation qui serait la plus défavorable aux deux locomotives discréditées. Soit : tenter de renvoyer le PP et le PSOE chez leurs mamans en votant pour des partis tels que IU, IA, Equo4, voire en votant nul5. Une idée très critiquée chez les plus radicaux. Croisés dans les rues de Madrid, quelques slogans enfoncent le clou abstentionniste : « Nos rêves n’entrent pas dans leurs urnes » ; «  Voter, c’est mourir un peu  » ; « Ton vote avalise leur vol » ; «  Danse sur les urnes  » ; «  Grand ou petit, la taille importe peu. Les grands partis font ce que les petits feraient s’ils en avaient l’occasion  ».

Bref, les avis divergent. Logique. Le débat sur l’abstention renvoie à une fracture au sein même du mouvement du 15 mai, entre ceux qui veulent améliorer le système (disons : les réformistes) et ceux qui veulent le renverser (les révolutionnaires). Gonzalo, journaliste pour le quinzomadaire de lutte Diagonal, estime que c’est le nœud du problème :« Une partie des personnes impliquées pense que quelques changements type nouvelle loi électorale, suffiraient, que ce serait une première étape, une avancée. D’autres estiment que le 15 mai doit déboucher sur une seule chose : un changement radical. Cela donne des débats animés, c’est sûr.  »

Le piège des urnes aura beau se refermer sur quelques naïfs (Emma Goldman à la rescousse : « Si voter servait à quelque chose, ce serait illégal »), gniac, la suite des événements ne se jouera pas demain. Mais sur le long terme, dans la résolution de cette tension latente entre réformisme modéré et autogestion généralisée. A las barricadas ?

1 C’est ainsi que le mouvement né des suites du campement du 15 mai (indignados powa) est dénommé par les Espagnols.

2 À noter : IA est le seul parti à s’être impliqué dans le mouvement du 15 mai et à ne pas faire l’autruche quant aux questions soulevées.

3 Pas besoin de traduire, non ?

4 Le dernier venu, parti écologiste qui base en partie son programme sur celui des indignés.

5 Les votes nuls sont pris en compte, au contraire des votes blancs.

Répression policière en Grèce


Violences policières au Maroc


Tires à balles réelles sur les manifestants (Yemen)


Révolte des étudiants a l’Université de Lomé (Togo)


La Françafrique se porte bien – SURVIE

« A partir d’enregistrements récents (extraits issus de la télévision, de la radio,…) où nous entendrons certaines des personnes qui nous dirigent, nous ferons le point sur l’actualité de la françafrique depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007. Nous parlerons du Niger, du Cameroun, du Gabon, de la Guinée, des biens mal acquis des dictateurs africains mais aussi et surtout de ceux qui ici font la politique africaine de la France : Sarkozy, Guéant, Bourgi, et de Toubon, chargé de préparer l’année 2010, « année de l’Afrique ».
Intermèdes musicaux avec Diaoulé Pemba. » SURVIE




Résistance à Jérusalem-Est [Le Monde Diplomatique]

Pour la première fois — depuis vingt mois qu’elle se déroule — la manifestation du vendredi contre la colonisation juive à Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, s’est tenue dans un autre quartier : celui de Ras Al-Amoud.

Depuis des années, cette zone de la Jérusalem arabe a vu aussi s’implanter une petite colonie, dite Maale Zeitim, tout aussi illégale. Celle-ci comptait jusqu’ici 110 appartements. Or, viennent de s’y ajouter dix-sept autres, à la suite d’un étrange échange. Baptisés Maale David, ces nouveaux logements sont en effet installés dans les deux bâtiments de l’ancien quartier général de la police israélienne pour la Cisjordanie, rénové à cet effet. De son côté, l’organisation de colons Elad a financé la construction du nouveau QG dans la fameuse zone E1, à proximité de Maale Adoumim, dont l’annexion définitive rendrait littéralement impossible la transformation de Jérusalem-Est en capitale d’un Etat palestinien.

C’est pour protester contre ce nouveau fait accompli que, ce vendredi après-midi, plusieurs centaines de manifestants juifs et arabes, de toutes générations et de sensibilités visiblement diverses — dont de nombreux porteurs de kippa — ont bloqué, deux heures durant, l’entrée de Maale Zeitim.

Au son des tambours, ils se sont livrés à un véritable concours de slogans comme : « L’occupation est un crime, libérez la Palestine », « Pas de nouvel Hébron à Jérusalem », « Ras Al-Amoud, ne palestine-manifdésespère pas, l’occupation s’achèvera », « Voleurs, voleurs, foutez le camp de ces maisons », « Dans votre intérêt, sortez de cette cage », « Réveillez-vous, le fascisme est déjà là », « Colons, prends garde, Dieu ne t’absoudra pas », « Il n’y a pas de sainteté dans une ville occupée ».

Après un temps d’observation, la population du quartier s’est jointe au sit-in. Tandis que toutes les voitures passant dans la rue klaxonnaient à qui mieux mieux, les shebab (jeunes), juchés sur des camions, drapeaux palestiniens déployés, défiaient les enfants des colons. Un rappeur arabe a régalé l’assistance de ses rimes humoristiques…

Un temps débordés, les gardiens de la colonie et les quelques policiers présents sur place ont fini par appeler des renforts pour « libérer » les colons. Et c’est avec une soudaine et brutale violence qu’ils ont déplacé les manifestants assis devant l’entrée, tirant les uns par les bras ou les jambes, sans hésiter à jouer du taser. Les policiers municipaux se sont notamment acharnés sur la jeune organisatrice de l’initiative, à qui ils ont cassé un bras, et sur son frère, blessé à la tête à coups de matraque.

Il y a quelques jours, le premier ministre Benjamin Netanyahou exhortait le Congrès américain avec ces mots : « Jérusalem ne doit jamais être divisée. Jérusalem doit rester la capitale unifiée d’Israël. Je sais que c’est une question difficile pour les Palestiniens. Mais je crois qu’avec de la créativité et de la bonne volonté une solution peut être trouvée. »

dimanche 29 mai 2011, par Dominique Vidal et Michel Warschawski.

Loin de l’Espagne et de l’information : ce que veulent les manifestants [ACRIMED]

Ce court article n’a pas vocation à analyser de manière exhaustive le traitement médiatique des mobilisations en Espagne. D’autres articles suivront…
Acrimed n’est pas un site d’information ou de contre-information généraliste, mais d’information et de contre-information sur les médias, les journalismes et l’information elle-même. Pourtant – une fois n’est pas coutume –, il suffit, pour prendre la mesure de la vacuité de l’information entre le 15 et le 21 mai sur les mobilisations en Espagne, d’effectuer une rapide « revue des médias » et de lui opposer ce que l’on y trouve pas : les plateformes des manifestants.


I. Brève « revue des médias »

Quand « l’affaire DSK » occupe les temps d’antenne et dévore les surfaces imprimées…

De glorieux journaux télévisés

Il leur en a fallu du temps pour se rendre compte qu’il se passait « quelque chose » en Espagne !

Prenez TF1, par exemple. Entre le 15 et le 20 mai : pas un sujet, pas un mot… Il a fallu attendre le 21 mai pour que la rédaction de TF1, enfin informée, informe à son tour : à 13 heures, on apprend ainsi de la bouche de Claire Chazal que « depuis plusieurs jours maintenant, les Espagnols sont dans la rue pour manifester contre le chômage et les mesures d’austérité […] ». Et le reportage qui suit de nous informer que la manifestation de la veille avait permis de « dénoncer de plus belle la mainmise des grands partis politiques, la corruption et, surtout, l’injustice sociale ». À 20 heures ? Claire Chazal : « La population manifeste depuis quelques jours contre l’austérité, le chômage. » Seulement ? Le reportage qui suit donne à entendre fugitivement d’autres cibles des manifestants. Et c’est tout ? C’est tout.

Le JT de France 2 s’est montré moins lent à la détente puisque, le 18 mai à 20 heures, David Pujadas annonçait en titre : « L’Espagne est-elle au bord de la révolte ? […] » Seulement « au bord »… Le moment venu, environ 17 min après le début du journal on apprend, de la bouche du même Pujadas que des « milliers de jeunes […] se retrouvent tous les soirs dans les grandes villes pour protester contre l’austérité, un peu à la manière des révolutions arabes, via Twitter ou Internet, hors de tout contrôle ou tout mot d’ordre des partis politiques. » Mais encore ? « L’Espagne qui s’impose – vous le savez – une cure d’austérité drastique pour maîtriser ses déficits et sa dette, on voit même apparaître ceux qu’on appelle les cartoneros, ces vendeurs à la sauvette ». Et de diffuser un reportage (sorti d’un stock ?), intéressant au demeurant, sur les cartoneros. Mais de la mobilisation elle-même, de ses modalités, de son contenu, de ses revendications, de son sens, on ne saura rien de plus que ce que Pujadas a annoncé.

Et lors des JT de 20 heures des 19 et 20 mai : rien. Et lorsque, les jours suivants, les mobilisations en Espagne seront à nouveau effleurées, on ne saura toujours rien d’autre sur leurs motifs et leurs aspirations, à part qu’elles sont liées au chômage et à l’austérité. Certes. Mais encore ?

De profonds quotidiens, de magnifiques sites Web

Et dans la presse écrite ? Dans les « grands » quotidiens nationaux ? » Rien ou pas grand-chose. Sauf omission de notre part, deux articles dans Libération. Le premier, le 19 mai – « Les « indignés » prennent la Puerta del Sol » ] ; le second, le 21 mai – « L’Espagne entre vote et révolte ». À noter, ce même jour : treize articles (de toutes tailles) sur « l’affaire DSK », ses à-côtés, ses conséquences…

Mais que veulent donc ces manifestants ? Quelles sont leurs aspirations ? Quels sont leurs objectifs ? Ce n’est pas – ce n’était pas – en lisant la presse imprimée qu’on peut l’apprendre. Ce qui n’empêche pas Lemonde.fr (et peut être Le Monde papier, mais nous n’avons pas retrouvé la trace) d’écrire, en recyclant une dépêche de l’AFP, le 18 mai : « les manifestants portent des revendications très disparates, parfois confuses ».

Retenons les objections : le temps manquait dans des JT d’une trentaine de minutes et l’espace faisait défaut dans la presse imprimée pour informer – simplement informer… – sur la nature des mobilisations en Espagne et sur la plate-forme des manifestants.

Mais quel argument peut-on invoquer pour que, jusqu’au 22 mai au moins, sur les sites Internet de nos grands médias on ne trouve, sauf exception, que des dépêches d’agences, le cas échéant modifiées, sans que l’on sache d’ailleurs sur quoi ont porté les modifications ? Là, pourtant, la place ne manque pas, pour informer vraiment. Or, à part quelques bribes de-ci de-là et un blog de Mediapart (et non un article de la rédaction), rien. Après l’information tardive et lacunaire, le temps est venu, un peu partout, des profonds commentaires. L’information pouvait attendre. Et pourtant…

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II. Ce que l’on n’apprend qu’en surfant ailleurs

… sur des revendications prétendument disparates, confuses et apolitiques…

1. Manifeste de « Democracia Real Ya ! » (15 mai)

Nous sommes des personnes ordinaires. Nous sommes comme vous : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, travailler ou pour chercher un travail, des gens qui ont une famille et des amis. Des gens qui travaillent dur tous les jours pour vivre et pouvoir offrir un meilleur avenir à ceux qui les entourent.

Parmi nous, certains se considèrent plus progressistes, d’autres plus conservateurs. Certains sont croyants, d’autres pas. Certains suivent des idéologies précises, d’autres se considèrent apolitiques. Mais nous sommes tous préoccupés et indignés par la situation politique, économique et sociale autour de nous : par la corruption des politiciens, patrons, banquiers, … qui nous laissent sans défense et sans jamais être entendus.

Cette situation est devenue la norme, une souffrance quotidienne et sans espoir aucun. Mais en unissant nos forces nous pouvons la changer. Le moment est venu de changer les choses, de bâtir ensemble une société meilleure. En conséquence nous soutenons avec vigueur les affirmations suivantes :

- L’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, le bien-être et le bonheur des personnes doivent être les priorités de chaque société avancée.

- Des droits inaliénables doivent être garantis au sein de notre société : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation politique, au libre développement personnel et le droit du consommateur à une vie saine et heureuse.

- L’état actuel de notre système politique et économique ne répond pas à ces priorités et il est par de multiples facettes un obstacle au progrès de l’humanité.

- La démocratie appartient au peuple (demos = peuple, cratie = pouvoir), ce qui signifie que chacun de nous constitue une partie du gouvernement. Cependant, en Espagne, la majorité de la classe politique ne nous écoute même plus. Ses fonctions devraient être de porter notre voix auprès des institutions, en facilitant la participation politique des citoyens à travers des canaux de démocratie directe pour le bénéfice du plus grand nombre, et non pas celle de s’enrichir et de prospérer à nos dépens, en suivant les ordres des forces économiques et en s’accrochant au pouvoir grâce à une dictature en suivant les ordres des pouvoirs économiques et en s’accrochant au pouvoir grâce à une dictature des partis représentée par les sigles inamovibles du PPSOE.

- La soif de pouvoir et son accumulation entre les mains de quelques-uns sont à la source des inégalités, frustrations et injustices, ce qui mène à la violence, que nous refusons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et non-durable, entraîne notre système social dans une spirale, qui s’auto-consume, enrichissant une minorité et appauvrissant les autres. Jusqu’à son effondrement.

- La volonté et le but du système sont l’accumulation d’argent, sans tenir compte ni de l’efficacité ni du bien-être de la société ; gaspillant ses ressources, et détruisant la planète, générant du chômage et des consommateurs mécontents.

- Les citoyens sont les engrenages d’une machine destinée à enrichir cette minorité qui se moque de nos besoins. Nous sommes anonymes mais sans nous, rien de cela n’existerait, car nous faisons fonctionner le monde.

- Si en tant que société nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une rentabilité économique abstraite où la majorité ne bénéficie pas de ses avantages, nous pourrons supprimer les abus que nous endurons.

Nous avons besoin d’une révolution éthique. Plutôt que de mettre l’argent avant les êtres humains, il faut le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, pas des objets. Je ne suis pas le produit de ce que j’achète, pourquoi je l’achète ou à qui je l’achète.

Au nom de tout ce qui vient d’être dit, je suis indigné. Je crois sincèrement que je peux changer les choses. Je crois que je peux aider. Je sais que, tous ensemble, on peut y parvenir. Sors avec nous. C’est ton droit.

http://democraciarealya.es/?page_id=88

2. Propositions approuvées par l’assemblée générale (Madrid, 20 mai)

Toutes nos excuses pour les éventuelles erreurs de traduction (Acrimed). Version espagnole en annexe

Propuestas aprobadas en la Asamblea de hoy día 20 de mayo de 2011 en Acampada Sol

Résultat de la consultation de l´assemblée réunie le 20 mai 2011 au campement de la Puerta del Sol. Celui-ci est la compilation et la synthèse des propositions reçues ces derniers jours. Une première liste de propositions a été élaborée. Nous soulignons que l´assemblée est un processus ouvert et collaboratif. Cette liste n’est pas fermée, les propositions approuvées lors de l’assemblée du 20 mai au campement de la Puerta del Sol sont :

1. Le changement de la loi électorale avec des listes pour une seule circonscription. L’attribution des résultats doit être proportionnelle au nombre de votes.

2. Les droits basiques et fondamentaux doivent être respectés, comme : * le droit à un logement digne, s´articulant sur la réforme de la loi hypothécaire en cas de dévolution du logement pour non-paiement, la dette doit être annulée, * une santé publique gratuite et universelle, * la libre circulation des personnes et le renforcement de l´éducation publique et laïque.

3. L’abolition des lois et des mesures discriminatoires et injustes comme les lois issues du « processus de Bologne » et de l’espace européen d’enseignement supérieur, et celle connue sous le nom de loi Sinde (contrôle d’internet).

4. Une réforme fiscale pour les salaires les plus bas et une réforme des impôts sur le patrimoine et les héritages. La mise en place de la taxe Tobin qui concerne les transactions financières internationales et la suppression des paradis fiscaux.

5. Des réformes des conditions de travail de la classe politique pour abolir les salaires à vie. Que les programmes et les propositions électorales aient un caractère contraignant.

6. Le refus et la condamnation de la corruption, rendre obligatoire par la loi électorale la présentation de listes propres exemptes de toute corruption.

7. Différentes mesures en rapport avec les banques et les marchés financiers selon l’article de la Constitution qui dit que toute la richesse du pays sous toutes ses formes doit être utilisée pour l´intérêt général. La réduction du pouvoir du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne : nationalisation de toutes les banques sauvées par l´État, renforcement de tous les contrôles sur les entités et les opérations financières pour éviter tout abus.

8. Une vraie séparation de l´État et de l´Église, comme le stipule l´article 7 de la Constitution.

9. Une démocratie participative et directe où les citoyens sont actifs. Un accès populaire aux moyens de communication qui doivent être éthiques et fidèles à la vérité.

10. Une vraie révision des conditions de travail, sous surveillance effective des autorités étatiques.

11. La fermeture de toutes les centrales nucléaires et la promotion des énergies renouvelables et gratuites.

12. La récupération des entreprises publiques privatisées.

13. Une séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

14. La réduction du budget militaire et la fermeture immédiate des entreprises d´armement. Un plus grand contrôle sur les forces et corps de sécurité de l´État. Comme le mouvement pacifiste nous disons non à la guerre.

15. La récupération de la mémoire historique et des principes fondamentaux de la lutte pour la démocratie dans notre pays.

16. Une transparence totale des comptes et des financements des partis politiques comme mesure de contrôle de la corruption politique.


Annexe

Propuestas aprobadas en la asamblea de hoy día 20 de mayo de 2011 en Acampada Sol Madrid, 20 de mayo de 2011 Como resultado del consenso alcanzado durante la Asamblea celebrada el día 20 de mayo de 2011 en ACAMPADA SOL, y como resultado de la recopilación y síntesis de las miles de propuestas recibidas a lo largo de estos días, se ha elaborado una primera relación de propuestas. Recordamos que la Asamblea es un proceso abierto y colaborativo. Esta lista no debe entenderse como cerrada.

Propuestas aprobadas en la Asamblea de hoy día 20 de mayo de 2011 en ACAMPADA SOL.

1. Cambio de la Ley Electoral para que las listas sean abiertas y con circunscripción única. La obtención de escaños debe ser proporcional al número de votos.

2. Atención a los derechos básicos y fundamentales recogidos en la Constitución como son : * Derecho a una vivienda digna, articulando una reforma de la Ley Hipotecaria para que la entrega de la vivienda en caso de impago cancele la deuda. * Sanidad pública, gratuita y universal. * Libre circulación de personas y refuerzo de una educación pública y laica.

3. Abolición de las leyes y medidas discriminatorias e injustas como son la Ley del Plan Bolonia y el Espacio Europeo de Educación Superior, la Ley de Extranjería y la conocida como Ley Sinde.

4. Reforma fiscal favorable para las rentas más bajas, una reforma de los impuestos de patrimonio y sucesiones. Implantación de la Tasa Tobin, la cual grava las transferencias financieras internacionales y supresión de los paraísos fiscales.

5. Reforma de las condiciones laborales de la clase política para que se abolan sus sueldos vitalicios. Que los programas y las propuestas políticas tengan carácter vinculante.

6. Rechazo y condena de la corrupción. Que sea obligatorio por la Ley Electoral presentar unas listas limpias y libres de imputados o condenados por corrupción.

7. Medidas plurales con respeto a la banca y los mercados financieros en cumplimiento del artículo 128 de la Constitución, que determina que “toda la riqueza del país en sus diferentes formas y sea cual fuere su titularidad está subordinada al interés general”. Reducción del poder del FMI y del BCE. Nacionalización inmediata de todas aquellas entidades bancarias que hayan tenido que ser rescatadas por el Estado. Endurecimiento de los controles sobre entidades y operaciones financieras para evitar posibles abusos en cualquiera de sus formas.

8. Desvinculación verdadera entre la Iglesia y el Estado, como establece el artículo 16 de la Constitución.

9. Democracia participativa y directa en la que la ciudadanía tome parte activa. Acceso popular a los medios de comunicación, que deberán ser éticos y veraces.

10. Verdadera regularización de las condiciones laborales y que se vigile su cumplimiento por parte de los poderes del Estado.

11. Cierre de todas las centrales nucleares y la promoción de energías renovables y gratuitas.

12. Recuperación de las empresas públicas privatizadas.

13. Efectiva separación de poderes ejecutivo, legislativo y judicial.

14. Reducción del gasto militar, cierre inmediato de las fábricas de armas y un mayor control de las fuerzas y cuerpos de seguridad del Estado. Como movimiento pacifista creemos en el “No a la guerra”.

15. Recuperación de la Memoria Histórica y de los principios fundadores de la lucha por la Democracia en nuestro Estado.

16. Total transparencia de las cuentas y de la financiación de los partidos políticos como medida de contención de la corrupción política.


Renouveau du féminisme au Sud [Le Monde Diplomatique]

Le prisme paternaliste à travers lequel est souvent perçu le sort des femmes d’Afrique, d’Asie ou du Proche-Orient a tendance à occulter les combats qu’elles mènent. Comme en Occident, leur condition, loin d’être un invariant culturel, fait l’objet de luttes visant à arracher de nouveaux droits et à mettre fin à des situations de violence ou de discrimination. En témoignent les exemples du Rwanda, de l’Afghanistan, de l’Inde et du Maroc.   Par Camille Sarret

Le retour sur l’histoire du féminisme qui a marqué l’année 2010, avec, en France, les quarante ans du Mouvement de libération des femmes (MLF), ne doit pas faire oublier les femmes du Sud, leurs luttes et leurs contributions au renouvellement du féminisme. On a tendance à en faire trop facilement des victimes, alors qu’elles sont souvent en révolte contre l’ordre établi et les inégalités qu’engendrent certaines traditions.

Ainsi, sait-on que le seul pays au monde où les femmes sont majoritaires au Parlement est le Rwanda ? Depuis les élections générales de 2008, elles représentent 56,3 % des députés : un record à faire pâlir d’envie jusqu’aux pays scandinaves, champions de la parité politique en Europe. Les Rwandaises n’ont pourtant obtenu le droit de vote qu’en 1961, quand le pays est devenu indépendant. En 1965, la première élue entre au Parlement, mais, jusque dans les années 1990, les femmes sont quasiment absentes du monde politique. C’est le génocide des Tutsis, en 1994, qui bouleverse la donne. « Alors que beaucoup d’hommes étaient morts ou dans l’incapacité d’agir, les femmes ont pris des responsabilités et ont montré qu’elles pouvaient être à la hauteur, rappelle Mme Immaculée Ingabire, coordinatrice de la Coalition nationale contre les violences faites aux femmes. Bien que massivement violées, ce sont les Rwandaises qui ont sorti le pays du chaos. Ce qui a brisé le machisme traditionnel. »

Au cours de la période postgénocidaire, les femmes dirigent près du tiers des ménages, occupent des emplois autrefois réservés aux hommes, notamment dans les secteurs du bâtiment et de la mécanique, et adhèrent en nombre aux partis politiques. Elles participent à l’élaboration de la Constitution de 2001 et parviennent à y faire inscrire un système de quotas qui leur réserve 30 % des postes dans tous les organes de prise de décision, ainsi que le droit à l’héritage. Elles exigent également la création d’un ministère du genre et de la condition féminine, et réussissent à faire fonctionner des conseils nationaux féminins qui constituent un exemple de la représentation des femmes à chaque échelon du pouvoir (du quartier jusqu’au plus haut niveau de la nation). Au gouvernement, les ministères de l’industrie, de l’agriculture, des affaires étrangères et de l’énergie sont confiés à des femmes.

Mais des difficultés persistent. Dans l’administration centrale, selon un rapport ministériel, « 74 % des secrétaires généraux dans les ministères sont des hommes, de même que 81 % des directeurs et 67 % des agents les plus diplômés. Les femmes sont plutôt prédominantes dans des postes d’assistant administratif et de secrétaire ». De même, dans le secteur privé, elles restent « majoritaires dans les activités précaires et peu rémunérées du secteur informel (…). Seules 18 % des entreprises du secteur formel leur appartiennent (1) ». Et, en matière de violences, le tableau reste sombre : « Il existe une véritable volonté politique, mais il faut encore faire évoluer les mentalités, dit Mme Ingabire. Et montrer que la culture n’est pas immuable, que toute société est capable de faire évoluer ses traditions. Aujourd’hui, je vise les nouvelles générations. »

Une députée afghane de 27 ans

Tout autre est la situation en Afghanistan. Sous la présidence de M. Hamid Karzaï, violences domestiques, meurtres, viols, attaques à l’acide sont en constante augmentation. Malgré tout, les femmes ne restent pas emmurées dans le silence. Elles ont des porte-voix, comme Mme Malalaï Joya, élue au Parlement en 2005, à l’âge de 27 ans — ce qui fait d’elle la plus jeune députée de l’hémicycle.

Mme Joya a passé une partie de son enfance et de sa jeunesse dans un camp de réfugiés pakistanais, puis elle a pu bénéficier d’une scolarité et de l’apprentissage de l’anglais. Sous les talibans, de retour dans sa ville natale de Farah, elle s’est occupée d’un dispensaire et de l’organisation de cours d’alphabétisation clandestins pour les femmes. Mais, « dès ses débuts en politique, raconte la sociologue Carol Mann, elle s’est attiré les foudres de ses collègues parlementaires, à qui elle n’a cessé de reprocher leur passé de chefs de guerre, leurs activités de trafiquants de drogue et de militants islamistes inconditionnels. Elle incrimine inlassablement la politique de l’Etat, qui bafoue les droits humains, en particulier ceux des femmes (2) ».

Mme Joya a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat, ses principaux ennemis étant les partis réactionnaires et les fondamentalistes religieux. A Kaboul, elle s’est fait agresser par des parlementaires. « Ils me tueront, mais ils ne tueront pas ma voix, car ce sera la voix de toutes les femmes afghanes (3) », a-t-elle déclaré en 2007. Des femmes en burqa, brandissant des panneaux, sont venues lui manifester leur soutien à Farah, à Jalalabad et à Kaboul. Depuis, elle a été exclue du Parlement à la suite d’une interview télévisée où elle comparait l’assemblée afghane à un zoo.

Mme Shoukria Haïdar, présidente de Negar, l’une des plus importantes associations de femmes du pays, redoute un retour au pouvoir des talibans depuis que le président Karzaï, dans le cadre de la conférence de Londres, en janvier 2010, a présenté aux puissances occidentales sa politique de la main tendue. Dans la foulée, en juin, il a réuni mille six cents représentants des tribus et de la société civile dans une loya jirga (« grande assemblée »). Mme Haïdar craignait que le principe de l’égalité entre hommes et femmes, pour lequel elle s’était battue pendant deux ans après la chute des talibans, soit supprimé de la Constitution. Au final, les textes fondamentaux n’ont pas été touchés, mais, comme l’a relevé Human Rights Watch, « le gouvernement afghan et ses supporters internationaux n’ont pas tenu compte de la nécessité de protéger les femmes dans les programmes de réintégration des combattants insurgés et ont omis de garantir l’inclusion de leurs droits dans les pourparlers potentiels avec les talibans (4) ».

Autre cas : l’Inde. L’Etat y a adopté le principe d’égalité entre les sexes et a intégré le concept de genre. « Aujourd’hui, les Indiennes bénéficient d’excellentes politiques publiques, analyse rubon57-81e69Mme Urvashi Butalia, qui tient depuis plus de vingt ans une maison d’édition féministe à New Delhi. Dans les plans quinquennaux, elles ont une place spécifique. Récemment, pour aider les plus démunis, et en particulier les femmes, l’Etat indien a créé un salaire journalier minimum pour des travaux d’intérêt général comme l’entretien des routes ou le nettoyage des rues. » Une loi contre les violences domestiques, « l’une des meilleures au monde », estime-t-elle, a également été promulguée en 2005.

Ce texte permet de protéger les femmes non seulement de la violence de leurs maris ou de leurs fils, mais aussi de leurs belles-familles, avec lesquelles elles cohabitent. Pour autant, le phénomène dramatique des dowry deaths (« morts pour dot insuffisante ») n’est toujours pas endigué. Selon des estimations non officielles, quelque vingt-cinq mille femmes seraient tuées chaque année parce que leur famille n’a pu satisfaire les incessantes demandes de la belle-famille (5).

Bien qu’interdite depuis 1961, la pratique de la dot a repris de plus belle à la fin des années 1980. « Aujourd’hui, quelles que soient la classe sociale et la caste, tout le monde dote : les députés, les industriels, les journalistes…, explique le chercheur Max-Jean Zins. Mal vue dans les années 1970, la dot est devenue un signe ostentatoire de richesse et de pouvoir. Pour les plus modestes, elle est le moyen le plus rapide d’accéder à la consommation, placée au cœur du système économique et social de l’Inde moderne. La femme indienne est devenue un objet destiné à accéder à d’autres objets. C’est ce qui la fragilise le plus. »

En outre, il manque en Inde près de quarante millions de femmes. Ce chiffre est d’abord dû à la pratique très développée du fœticide (l’élimination des fœtus de sexe féminin identifiés par échographie), mais aussi à une forme de négligence à l’égard des petites filles, moins bien soignées que leurs frères. « Ce n’est qu’à l’âge de 34 ans que les femmes obtiennent une espérance de vie équivalente à celle des hommes », indique Zins.

Sur le plan politique, en revanche, les femmes indiennes sont relativement puissantes. La plus grande démocratie au monde a instauré, dès 1992, des quotas aux élections municipales. « Cela a entraîné de profonds changements à l’échelle locale. D’ailleurs, depuis ce succès, les hommes politiques refusent d’avoir un système similaire pour les élections législatives », confie Mme Butalia.

Dans les pays du Sud, qui ont été pour la plupart des colonies ou des protectorats, les pionnières du féminisme moderne sont issues, comme en Occident, des milieux marxistes. Mais c’est en s’opposant au colonialisme, à travers les luttes pour l’indépendance, qu’elles ont affirmé leur militantisme. Evoquant le cas des combattantes indiennes, Martine van Woerkens explique : « Elles avaient une conception visionnaire de la future nation, associant étroitement l’autonomie politique à l’émancipation des femmes (6). »

En Egypte, dès les années 1920, Huda Sharawi fonde l’Union féministe égyptienne et s’engage dans la lutte nationaliste. En 1929, à la gare du Caire, elle fait scandale en descendant du train sans voile ; un geste repris peu après par un grand nombre d’Egyptiennes lors d’une manifestation contre le mandat britannique.

Dans l’empire des Indes britanniques, c’est Kamaladevi Chattopadhyay qui incarne ce double engagement féministe et nationaliste. « Membre de l’aristocratie brahmanique, riche et cultivée, qui adhérait à la cause nationaliste et réformiste, elle fut aux côtés de Gandhi et de Nehru dans les luttes qui précédèrent et suivirent l’indépendance », relate van Woerkens (7). C’est elle qui convainc Gandhi d’autoriser les femmes à rejoindre les hommes dans la Marche du sel, mobilisation pacifique à travers tout le pays contre le pouvoir britannique.

En Asie, au Maghreb et dans le reste de l’Afrique, ces premiers courants féministes nés des luttes nationalistes se caractérisent par des valeurs laïques et universalistes. Les femmes sont incitées à investir les universités, les entreprises, les institutions et les organisations politiques. Mais un domaine reste alors quasiment impensé : la famille. D’après Margot Badran, chercheuse au Centre pour la compréhension entre musulmans et chrétiens du prince saoudien Al-Walid Ben Talal à l’université américaine de Georgetown, dans les pays musulmans, « ce sont les féministes islamiques qui, à la fin du XXe siècle, assumèrent cette tâche (8) ».

Née dans les années 1980 et forgée à partir de l’expérience iranienne, cette forme religieuse du féminisme demeure encore très controversée. Les plus ardents défenseurs de la laïcité dénoncent une manipulation du combat des femmes au profit de l’islam politique fondamentaliste. Pourtant, explique Badran, « le féminisme islamique est au cœur d’une transformation qui cherche à se faire jour à l’intérieur de l’islam. Transformation et non réforme, car il ne s’agit pas d’amender les idées et coutumes patriarcales qui s’y sont infiltrées, mais d’aller chercher dans les profondeurs du Coran son message d’égalité des genres et de justice sociale (…), et d’y conformer, par un bouleversement radical, ce qu’on nous a si longtemps fait prendre pour l’islam (9) ».

Militantismes laïque et islamique

Ayant bénéficié des acquis des luttes féministes précédentes, ce mouvement a d’abord émergé au milieu des années 1980, quand les femmes des classes moyennes ont accédé aux études supérieures et quitté leur foyer pour travailler. Les premières réflexions sur le partage du rôle du chef de famille sont alors apparues. En même temps, le concept de genre, forgé aux Etats-Unis, est repris par les théologiennes musulmanes pour interroger les textes sacrés.

Autour de 2005, les « militantes lettrées », comme les appelle Badran, affirmant plus encore leur indépendance de pensée, cherchent à déconnecter les pratiques et le droit musulman du sacré, en montrant qu’il s’agit d’une construction humaine et historique sur laquelle il est possible d’agir. Elles s’attellent à la mise en pratique de ces idées à travers la constitution de réseaux transnationaux. Badran constate, au sein de la culture musulmane, une convergence entre féminismes laïque et islamique, qui « s’explique avant tout, précise-t-elle, par la communauté d’objectifs : débarrasser l’islam de la domination masculine et réaliser l’aspiration à un islam égalitaire, en particulier au sein de la famille (10) ».

Au Maroc, la réforme du code de la famille (mudawana), engagée en 2004, n’aurait pu se faire sans une telle alliance : « Cette réforme découle d’une vingtaine d’années de débat entre le pouvoir politique, les féministes libérales et les islamistes, débats auxquels Mohammed VI a mis un terme en 2003 par un arbitrage qui prenait en compte les revendications des uns et des autres (11). » Cette avancée des droits des femmes dans la sphère familiale a été obtenue grâce à la convergence d’un militantisme féministe de longue date promu par des associations laïques, des apports intellectuels des féministes islamiques et, enfin, de la volonté du jeune roi de s’emparer de cette question pour moderniser la société marocaine et faire barrage à une radicalisation de l’islam, en particulier après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca.

Le même processus pourrait se mettre en place au sujet de l’avortement. « C’est un thème dont on commence à discuter publiquement, précise la chercheuse Souad Eddouada. Au nom de la dignité de la femme défendue par l’islam, l’avortement pourrait être perçu dans certains cas comme l’unique solution, ce qui justifierait sa légalisation. » Dans la péninsule arabique, c’est aussi une alliance entre laïques et religieux qui a permis l’obtention du droit de vote pour les femmes à Bahreïn en 2002 et au Koweït en 2005.

Camille Sarret.

La CNT-AIT contre la manipulation médiatique du mouvement du 15 mai [CNT-AIT]

Ci dessous, la traduction de textes des compagnons de la CNT-AIT en Espagne à propos des évènements récents et des tentatives de manipulations médiatiques et policières, ainsi que des témoignages sur les évènements du 15 mai dernier (infos actualisées sur le Forum Rouget et Noir).

Ces derniers jours, ont été rendues publiques plusieurs informations relatives à la CNT et au mouvement du 15 mai, informations qui vont de la méconnaissance du phénomène jusqu’à la manipulation journalistique grossière. Quoiqu’il en soit, le résultat est le même : discréditer la Confédération Nationale du Travail et s’attaquer à celles et ceux qui participent activement aux campements et aux mobilisations.

Il est à noter qu’après une première phase de stupéfaction face au recours à la police contre les manifestants (répression brutale de la manifestation du 15 mai, expulsion du premier campement), l’attitude des médias (à l’exception éminemment marginale des médias classés à droite) est devenue dans une certaine mesure condescendante en donnant une vision revendicative mais à la fois innofensive des protestations.

Le fait est que, une fois passée les élections régionales et municipales , et devant l’extension des campements, le discours a commencé à se durcir : si auparavant les commerçants « aidaient les indignés », désormais ils se plaignent et affirment que le mouvement est un « trouble à l’ordre public », si auparavant le mouvement était composé de personnes issues de divers horizons idéologiques et de diverses sensibilités, désormais il est infiltré par des « agitateurs professionnels », si auparavant les participants étaient des utopistes, soudain ils se sont transformés en « radicaux d’ultra-gauche »… Le tout dessine clairement une stratégie de préparation de l’opinion pour la mise en œuvre d’une nouvelle solution policière.bandera_cnt-aitsvg

C’est dans ce contexte que nous avons lu hier dans El Pais qu’on débattait à Madrid sur les moyens de « se dissocier d’une manifestation de la branche métallurgique de la CNT appelée aujourd’hui à 19h sur la place de la Puerta del Sol ». Erreur, qu’il aurait été facile d’éviter en consultant le site internet du syndicat qui annonçait avoir annulé cette action de la Confédération depuis plusieurs jours en raison du campement qui perdurait sur la place (et encore, sans compter que l’action avait été autorisée bien avant même la manifestation du 15 mai). Et aujourd’hui, nous nous réveillons avec El Mundo qui écrit que « mercredi dernier, alors que le campement de la Puerta del Sol avait déjà pris de l’ampleur, des sources policières ont laissé filtrer que la CNT contrôlait l’occupation » sans précaution aucune montrant une fois de plus que ce qui compte c’est de ne pas laisser la réalité gâcher un bon titre.

En conséquence, la Confédération Nationale du Travail dénonce dans cette attitude le manque de rigueur et l’atteinte portée aux règles déontologiques les plus élémentaires du journalisme et exige des médias qu’ils aient la décence de recouper leurs informations.

Enfin, et malgré tout cela, nous réitérons une fois de plus notre appel à la désobéissance comme élément principal des mobilisations et de l’expression de la protestation, pour défier et affronter la répression et les tentatives de ralentissement des campements, pour renforcer toujours plus la participation, l’implication et la prise de conscience de la nécessité de nous organiser, pour élargir la solidarité et le dépassement de la peur qui reste le premier ennemi de la lutte.

Secrétariat à la Presse et à la Communication de la CNT-AIT Espagne, 26 mai 2011.

“¡Que se vayan todos !” [Indymedia]

Nous sommes nombreux ces derniers jours à affluer dans les rues pour protester. Tous, nous nous sommes identifié au rejet des politiciens, des syndicats et des patrons..Avant tout , nous nous sommes rendus compte que nous avons atteint une limite que nous en avons assez d’être les parias de ce monde. Que nous ne supportons plus que quelques uns se remplissent les poches et vivent comme des rois pendant que d’autres se serrent la ceinture au-delà de toute limite afin de maintenir en forme la sacro-sainte économie. Que nous savons que pour changer tout cela nous devons lutter nous-mêmes, en marge des partis, syndicats et autres représentants qui veulent nous prendre en charge.

Par dessus tout, cette réalité exprime une question qui touche l’ensemble du monde : la contradiction entre les intérêts de l’économie et ceux de l’humanité. C’est ce qu’on parfaitement compris nos frères rebelles d’Afrique du Nord, et c’est ce que nous comprennons aussi ici aujourd’hui lorsque la situation est insoutenable pour tous et que nous sortons pour lutter. Nous avons supporté l’insupportable, nous avons fait face à un empierement des conditions de vie sans comparaison depuis des décennies. Mais finalement nous avons dit basta, et nous sommes là, exprimant ainsi notre refus de ce système infernal qui transforme notre vie en marchandise.

Nous voulons, bien sûr, exprimer notre refus complet de l’étiquette de citoyen. Sous cette étiquette on agglutine toute sorte de bestioles, du politicien au chômeur, du dirigeant syndical à l’étudiant, du patron le plus prospère au plus misérable des ouvriers. On mélange des modes de vie totalement antagoniques. Pour nous, il n’est pas question d’une lutte de citoyens. C’est une lutte de classe entre exploiteurs et exploités, entre prolétariat et bourgeoisie comme disent certains. Chômeurs, travailleurs, retraités, immigrés, étudiants…nous faisons partie d’une classe sociale sur laquelle retombe, tous les sacrifices. Politiciens, banquiers, patrons… font partie de l’autre classe qui profite plus ou moins de nos pénuries. Celui qui ne veut pas voir la réalité de cette société de classe vit dans un monde de merveilles.

Arrivés là, protestant sur de nombreuses places du pays, il est temps de réfléchir, il est temps de concrétiser nos positions et de bien orienter notre pratique. L’hétérogénéité est grande sans doute possible. Il y a une confluence de compagnons qui luttent depuis longtemps contre ce système, avec d’autres qui manifestent pour la première fois, certains pour qui il est clair qu’il « faut aller jusqu’au bout » (« nous voulons tout et tout de suite » sur une pancarte de la Puerta del sol. Certainsparlent de réformer certains aspects, d’autres encore sont désorientés, d’autres veulent manifester leur ras-le-bol… Il y a également, il ne faut surtout pas l’oublier,ceux qui tentent de pêcher en eaux remuantes, ceux qui veulent canaliser ce mécontentemment, en profitant des faiblesses et de l’indécisition du mouvement.

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Nous avons discuté avec les compagnons dans les rues et nous nous sommes aperçus qu’en fait notre force est dans ce rejet, dans ce mouvement de négation de ce qui nous empêche de vivre. C’est ce qui a forgé notre unité dans les rues. Nous pensons qu’il faut suivre cette voie, approfondir et mieux concrétiser notre refus. Car nous sommes forts dans cette négation, il est clair pour nous que nous n’apporterons aucune solution à nos problèmes en exigeant d’améliorer la démocracie, comme certaines consignes le laissent entendre, et même pas en revendiquant la meilleure des démocraties. Es lo que ha forjado nuestra unidad en las calles. Notre force consiste dans le rejet que nous manifestons dans la démocratie réelle, « en chair et en os », dont nous souffrons quotidiennement, et qui n’est rien d’autre que la dictature de l’argent. Il n’est pas d’autre démocratie. C’est un piège que de revendiquer cette démocratie idéale et merveilleuse, dont on nous a rebattu les oreilles depuis notre enfance. De la même façon, il ne s’agit pas d’améliorer cet aspect ou cet autre, car l’essentiel continuera à marcher : la dictature de l’économie. Il s’agit de transformer totalement le monde, de tout changer de bas en haut. Le capitalisme ne se réforme pas, il se détruit. Il n’est pas de voie intermédiaire. Il faut aller au fond, il faut aller à l’abolition du capitalisme.

Nous avons occupé la rue à quelques jours de la fête parlementaire, dans cette fête où est élu celui qui exécutera les directives du marché. Bon c’est un premier pas. Mais nous ne pouvons en rester là. Il s’agit de continuer le mouvement, de créer et de consolider des organisations et des structures pour la bagarre, pour la discussion entre compagnons, pour affronter la répression qui a déjà frappé à Madrid et Grenade. Il faut être conscient que sans transformation sociale, sans révolution sociale, tout continuera comme avant.

Nous appelons à continuer de manifester notre refus du spectacle du cirque électoral de toutes les manières possibles. Nous appelons à soutenir le mot d’ordre « Qu’ils s’en aillent tous ! »L Mais nous appelons aussi à continuer la luttre après le dimanche 22. Pour que nous allions tous bien au-delà de ces jours. Nous ne pouvons laissez périr les liens qui se construisent.

Nous appelons à la formation de structures de luttes, appelle-nous pour entrer en contact, pour coordoner le combat, pour lutter dans les assemblées qui sont entrain de se monter afin de faire de celles-ci des organes de lutte, de conspiration, de discussion sur la lutte, et non des meetings citoyens. Nous appelons à s’organiser à travers tout le pays pour lutter contre la tyranie de la marchandise.

A LA CALLE, ¡A LUCHAR ! /Dans la rue pour lutter !

LA DEMOCRACIA ES LA DICTADURA DEL CAPITAL/La démocratie est la dictature du capital

EL CAPITALISMO NO SE REFORMA, ¡SE DESTRUYE !/ le capitalisme ne se réforme pas, il se détruit !

BLOQUE “¡QUE SE VAYAN TODOS !”/ BLOC « Qu’ils s’en aillent tous ! » qsevayan@yahoo.es

Les filles des 343 salopes [CQFD]

Il y a 40 ans paraissait le manifeste des 343 salopes. 343 femmes qui déclaraient avoir avorté, en toute illégalité ; 343 femmes qui avaient décidé de réagir face à la boucherie provoquée par une interdiction inique, obligeant les femmes à se débrouiller seules pour avorter, quitte à s’esquinter ou à mourir. Depuis 1975, en France, on ne meurt plus en avortant. Mais on en crève encore troppro-avortement souvent de honte et de culpabilité. Parce que les discours ambiants assènent aux femmes qu’avorter serait forcément un drame pour elles ; parce que l’avortement est encore considéré comme une tolérance plus qu’un droit, pour des citoyennes de seconde zone. Qu’est-ce qu’un droit qu’on ne doit exercer qu’en baissant la tête, en s’excusant et en se sentant coupable ? Depuis 1975, les médias et les politiques ressassent leurs vieux discours sur les conséquences psychologiques de l’interruption volontaire de grossesse : selon eux, avorter serait une tragédie pour chaque femme. Cet acharnement à dresser de l’IVG un portrait aussi sinistre ne traduit en rien un quelconque souci pour le bien-être des femmes. Cet acharnement traduit une peur, la peur qu’elles prennent possession de leur corps en toute liberté, sans culpabilité, sans honte, sans craintes. Cette peur, Simone Veil l’évoquait déjà dans son discours du 26 novembre 1974 à l’Assemblée nationale : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? […] C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. » Depuis 1975, avons-nous avancé ? Les craintes d’une explosion du nombre d’avortements ne se sont pas confirmées. Les femmes ne sont pas irresponsables, idiotes, inconséquentes. Depuis 1975, a-t-on cessé de culpabiliser celles qui avortent ? C’est contre cela que les « filles des 343 salopes » s’insurgent : « Nous en avons assez de cette forme de maltraitance politique, médiatique, médicale. » C’est pour cela qu’elles déclarent « avoir avorté et n’avoir aucun regret ». Ce qu’elles disent, et ce que disent avec elles les centaines de femmes qui ont déjà signé l’appel, n’est rien d’autre que « nous ne sommes pas obligées de souffrir », « nous avons avorté et nous allons très bien. » Parce qu’elles savent que la dramatisation de l’IVG est une arme de culpabilisation massive.

Pour signer l’appel : jevaisbienmerci.net.

Libye, aucune intervention militaire n’est justifiée ! [Fédération anarchiste]

La Fédération anarchiste condamne l’intervention des forces aériennes britannique, étatsunienne et française en Libye, sans pour autant soutenir la dictature de Khadafi. Pour elle, l’attachement drapeau___nd_nm21des belligérants à la liberté des Libyens est en effet plus que suspect, il ressemble davantage à un souci très terre-à-terre de pouvoir continuer les affaires avec les successeurs de l’actuel régime, et de pouvoir se garantir l’approvisionnement en pétrole libyen en virant Khadafi sans toucher aux autres dictatures pétrolières où la révolte gronde aussi mais où les potentats sont plus sûrs et/ou mieux contrôlés. Est-il besoin de rappeler que ceux qui ont vendu les armes dont se sont servis les miliciens du tyran libyen sont les mêmes que ceux qui font parler la poudre depuis le 19 mars 2011 ? Faut-il rappeler que la France, s’agissant de la révolution tunisienne offrait récemment ses services répressifs à Ben Ali ? Ce sont ceux qui se font passer pour des libérateurs qui ont contribué des années durant au maintien de Khadafi au pouvoir, qui lui ont confié la gestion des flux migratoires en direction de l’Europe, ce dont il s’est acquitté avec zèle, qui ont d’autant plus commercé avec lui qu’il était devenu plus fréquentable après avoir renoncé à son programme nucléaire. Ce sont les mêmes qui, au prétexte de frapper l’ennemi, allongeront l’interminable liste des bavures militaires, pudiquement rebaptisées dégâts collatéraux, les travailleurs libyens n’ont pas besoin d’eux !

Arrêt immédiat de l’intervention !
Solidarité internationale avec tous les révoltés !

Fédération anarchiste, 22 mars 2011.

Alerta antifascista : l’extrême droite à l’assaut de nos idées et de nos luttes [Indymedia Paris]

En pleine recomposition, l’extrême droite [1] reprend du poil de la bête à la faveur de la profonde crise que nous traversons, et qui n’épargne pas le champ politique. Malheureusement, arton6079cette offensive intervient à un moment où les rapports de forces qui structurent ce dernier ne sont paradoxalement pas du tout favorables à la gauche de gauche, aux anarchistes et aux libertaires, alors même que ces courants sont les seuls susceptibles de répliquer efficacement à cette menace.


Attention, ami-e-s et camarades anticapitalistes et anti-impérialistes : désormais les fascistes chassent sur nos terres, critiquant la « finance mondialisée » (resucée du traditionnel « complot » des « élites » derrière lequel se cache la figure non moins traditionnelle de la « banque juive ») ou le « sionisme » (manière plus « présentable » pour eux de tenir des discours antisémites) [2], voire se proclamant favorables à la décroissance ou à la relocalisation de l’économie.

Si le phénomène n’est pas nouveau, il est en pleine expansion ces dernières années. Le personnage caricatural de Dieudonné et le spectacle de sa volte-face idéologique – ex-humoriste anti-raciste bien pensant devenu depuis cofondateur du premier parti antisémite qu’ait connu la France depuis la seconde guerre mondiale [3] – constituent un archétype en la matière.

Nul étonnement donc à ce que depuis quelques mois, la présence de groupuscules d’extrême droite et conspirationnistes – ces deux mouvances étant intimement liées – augmente significativement dans nos rues. Cette montée en puissance est particulièrement inquiétante et s’est traduite ces derniers mois par :

La publication d’un appel bidonné à un mouvement anti-banques qui a été largement médiatisé malgré son manque de pertinence économique et politique et qui a malheureusement rencontré un certain succès auprès de sympathisants de la gauche de gauche ;
Des infiltrations dans nos manifs ;
– La tenue d’assises xénophobes en plein Paris ;
Des manipulations ayant conduit à des violences policières à l’encontre de militants à Lille ;
Des intimidations en série à Lille toujours, phénomène qui paraît allers’accantuant
– Non loin de Lille, à Steenvoorde, ville qui accueille un camp de migrants érythréens, une manifestation de la Vlaams Huis et d’Opstaan ayant donné lieu à des négociations secrètes entre police et fascistes et, fort heureusement, à une contre-manifestation antifasciste ;
La livraison du centre-ville de Tours au FN par la mairie PS ;
– Une semaine plus tard dans le même ville, une manifestation homophobe et nationaliste du groupuscule Vox Populi ;
– L’entrée au bureau national du FN de Laurent Ozon, un écologiste au parcours aussi douteux que son réseau d’influence semble être étendu dans la mouvance écolo et décroissante de gauche comme de droite, et qui permet à Marine Le Pen de discourir désormais sur la relocalisation de l’économie ;
– Le doublement des Verts-Europe Ecologie sur leur gauche par une Marine Le Pen qui a réussi seule à faire reporter le vote d’une subvention à une endive hybride au conseil régional de Nord-Picardie ;
– A Besançon, Toul et leur région, une multiplication des agressions émanant des « Autonomes lorrains », qui copient les méthodes et les tenues des black blocs ;
– L’ouverture de pseudo-centres culturels fascistes inspirés des Casapounds italiens (Vlaams Huis à Lille et Desouchière dans le Morvan) ;
Des inflitrations fafs dans des squats parisiens ;
Une tentative d’infiltration conspirationniste dans le mouvement social alsacien ;
L’ouverture d’une salle de concerts néonazie à Lyon ;
– La multiplication de sites et blogs pratiquant ouvertement un confusionnisme politique malsain en mêlant références d’extrême droite et références d’extrême gauche et qui malheureusement rencontrent un succès grandissant : citons par exemple le site de Michel Collon, mais aussi Dazibaoueb ou Le Grand Soir (qui bien que classé à gauche n’hésite pas à publier des communiqués du Parti Antisioniste, à soutenir au nom d’un anti-impérialisme dévoyé les pires dictatures : Iran, Libye, Cuba, etc.) ;
– La multiplication de mouvements mêlant les références à la fois marxistes, républicanistes, laïcistes et nationalistes : PRCF, Riposte laïque ;
– La montée en puissance des thèses conspirationnistes, dont les principaux théoriciens sont tous très à droite de l’échiquier politique et dont les tenants fricotent régulièrement avec des mouvements d’extrême droite, voire sont fafs : le Réseau Voltaire, Mecanopolis, We Are Change, Solidarité et Progrès (larouchistes) ou Egalité et Réconciliation (Alain Soral) font beaucoup de bruit autour de ces thématiques sur Internet.

Alors que le Front national est loin d’avoir poussé son dernier cri et semble au contraire retrouver un nouveau souffle – aidé en cela par des médias qui chouchoutent une Marine Le Pen désormais « fréquentable » –, on voit bien que c’est l’ensemble des mouvances composant l’extrême droite qui se renforce actuellement, à la faveur de la crise économique qui s’approfondit (avec toutes les conséquences sociales qui en découlent), mais aussi grâce à des tactiques rodées de propagande, d’infiltration, d’agitation diverses. En s’affirmant désormais « anticapitaliste », « anti-impérialiste » ou encore « antisioniste », l’extrême droite contribue à escient à entretenir un confusionnisme susceptible de jeter le soupçon voire le discrédit sur ces luttes pourtant légitimes. En même temps, elle cherche à affaiblir les forces progressistes en attirant à elle des militants potentiels, soit le plus souvent personnes peu politisées ou en cours de politisation et donc assez perméables à leurs tentatives de récupération.

Force est de constater que malheureusement, à l’heure actuelle, la réplique ne semble pas être à la hauteur de l’enjeu. Pourtant, plus que jamais, la vigilance à l’égard de ces dérives est de mise et la contre-offensive antifasciste contre ces menaces et violences d’une impérieuse nécessité.

ALERTA ANTIFASCISTA !


PS : Pour un panorama plus complet, nous vous invitons à (re)lire les articles parus sur le sujets ces dernières semaines dans CQFD ou dans le mensuel Article 11, de même que le dossier du Monde diplomatique de janvier 2011 consacré à l’offensive des extrêmes droites en Europe, et toujours bien sûr les analyses très documentées du site de la revue antifasciste Reflex(es).


[1] Il faudrait même parler des extrêmes droites au pluriel, tant les mouvances qui composent cette partie du champ politique sont diverses et divisées (notamment sur la question israëlo-palestinienne), même si elles se retrouvent sur l’essentiel : autoritarisme, haine de l’étranger, culte du chef, nationalisme exacerbé, opportunisme politique, démagogie.

[2] Il est bien évident que nous ne suggérons pas ici qu’antisionisme et antisémitisme seraient identiques. Le premier est une opinion politique tout à fait défendable tandis que le deuxième relève du racisme. Ceci dit, le prétendu « antisionisme » de certains courants de l’extrême droite est de pure circonstance, et une manière bien pratique de camoufler leur antisémitisme. Parallèlement, d’autres courants s’affichent, de manière tout aussi opportuniste, « prioritairement » islamophobes et prétendent soutenir Israël, percevant le « danger islamiste » comme la menace prioritaire qui pèserait sur notre « civilisation » (européenne, chrétienne et blanche, of course).

[3] Non pas que d’autres organisations n’aient pas porté d’idées antisémites sur la scène publique depuis 1945, mais la particularité du Parti Antisioniste (PAS) est de s’être construit et d’avoir fait campagne uniquement autour de ce thème.

Appel à une journée d’action « liberté de circulation »

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Les entraves a la liberté de circuler se multiplient !!

Aujourd’hui ce ne sont pas seulement les migrant-e-s et sans papiers qui sont interpellé-e-s, ce sont aussi les précaires, jeunes stigmatisés qui subissent le harcèlement des contrôles d’identités au faciès et de leurs titres de transports.

« Attentifs ensemble » …

A grands renforts de lois sécuritaires, les gouvernements légitiment chaque jour le contrôle et la surveillance accrus de l’espace social collectif. C’est ainsi qu’on encourage la délation des hommes, femmes et enfants sans papiers, dans les administrations, banques et jusque sur leur lieu de travail. Les femmes sans papiers ne sont pas en reste : porter plainte pour violences, ou viols signifie pour elles immédiatement la garde a vue et l’expulsion. On contrôle, sanctionne et culpabilise les chômeurs-ses et précaires, on segmente les quartiers avec des portiques et des codes, on arrête dans les écoles, on sanctionne le « délit de solidarité », on stigmatise les groupes politiques et communautés qui résistent.

…Contre la politique migratoire européenne !!

Les migrant-e-s qui arrivent à Calais, au terme d’un long périple de plusieurs mois, sont harcelé-e-s, chassé-e-s et expulsé-e-s sans répit. La destruction de la « jungle » de Calais et la fermeture systématique de tous les lieux de solidarités par une police aux traitements inhumains et dégradants, condamnent les exilé-e-s à l’errance et à la persécution.

La transformation des frontières en barbelés et miradors participe à la politique européenne de gestion des « flux » migratoires où les migrant-e-s sont réduit-e-s à de simples quotas. Pour mener à bien ces objectifs, l’Agence Européenne Frontex, surarmée et aux pouvoirs considérables, met en œuvre une chasse impitoyable dans les espaces maritimes, aériens et terrestres, forçant les migrant-e-s à emprunter sans cesse des trajectoires plus dangereuses et mortelles (1508 morts recensés aux frontières de l’UE en 2008).

La liberté de circulation est empêchée et violemment réprimée pour les exilé-e-s qui fuient la guerre, la corruption et la misère : tous les accès à l’Europe sont refusés. Le droit au logement, au travail, à une vie décente pour les exilé-e-s qui veulent se reconstruire ou rejoindre leur famille émigrée en Europe, sont bafoués par les règlements européens liberticides : règlement Dublin 2 ordonnant le renvoi systématique du demandeur d’asile dans le premier pays d’entrée ou ses empreintes ont été prises (fichier eurodac). Ainsi la Grèce, voie d’entrée principale de l’Europe, n’instruit que 0,03% des demandes d’asiles en violation de la convention européenne des droits de l’homme et des accords de genève. En outre, la directive retour « harmonise » au niveau européen la durée de la rétention (détention des sans papiers) jusqu’à 18 mois pour pouvoir expulser envers et contre tout. Le programme de Stockholm, des 27 ministres de l’intérieur durcit quant à lui toutes les législations européennes. Au prétexte de la lutte antiterroriste les pays européen nous entraînent dans une grave dérive sécuritaire de contrôle et de répression des individus.

Acteurs économiques complices et coupables

Quand la lutte contre l’immigration devient un business, l’expulsion, l’enfermement et la logistique sécuritaire deviennent des sources de profits (juteux). Des hommes et femmes sans-papiers construisent les centres de rétentions qui les enferment, nettoient les gares et trains dans lesquels ils sont contrôlés et arrêtés. Ils sont réduits à une simple force de travail que l’on prend et jette à merci. Le cynisme n’a pas de frontières …

Parce que la liberté de circuler est menacée par l’existence même des frontières no border refuse et entend combattre l’Europe du tout profit, criminelle, funeste et carcérale qui piétine la liberté de chacun a circuler, s’installer.

Liberté de circulation et d’installation pour tous !!!

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Le samedi 15 mai 2010 nous appelons toutes et tous a une vaste journée d’action et de manifestation envers les acteurs politiques, économiques, institutionnels et idéologiques qui dissimulent leur profit derrière une europe sécuritaire et liberticide.

No Border ! No Nations !

 http://parisactionday.noblogs.org/
Contact : noborderparis@riseup.net

Le temps des grâces (extrait)



Gréce, 5 mai : Informations sur la journée de grève générale et de manifestation [Athens Indymedia]

Un début de relais semble se faire entre les « emcapuchonnés » , les « anarchistes » et une petite partie de la population. C’est évidemment une des clés des jours qui vont suivre : un élargissement de la confiance parmi un nombre plus important de grévistes et de manifestants, assumant à visage découvert leur révolte, des « radicaux » ouvrant des portes sans pour autant se poser en avant-garde…

Informations sur la journée de grève générale et de manifestation

L’information principale se concentre bien sûr sur le décès de trois personnes au cours de l’incendie d’un établissement bancaire, bien que les éléments concrets manquent et que certaines autres informations ne sont pas diffusées par les grands médias.

La manifestation d’aujourd’hui 5 mai a été de loin la plus imposante depuis les vingt dernières années. La police parle de 30’000 personnes, les syndicats de plus de 200’000 si l’on totalise tous les cortèges. La présence policière, bien qu’étant massive, n’a pu contrôler à aucun moment la volonté de protestation. Les manifestants se sont concentrés en face et autour du Parlement pendant plusieurs heures, bien que l’air soit devenu surchargé de gaz lacrymogènes. Le leader de la GSEE (syndicat de secteur privé, à direction socialiste) a été une nouvelle fois conspué et viré de la manifestation.

Plusieurs affrontements ont opposé des manifestants et les policiers qui protégeaient le Parlement. Matraques, gaz lacrymogène et grenades assourdissantes. Malgré cela, ce qui pouvait se sentir dans les rues, c’était la volonté de prendre le Parlement, où avait lieu une séance plénière pour approuver, dans les prochains jours, les nouvelles mesures économiques obéissant aux ordres du FMI. Lors de la manifestation, de nombreuses confrontations avec la police et des attaques contre les banques internationales ont eu lieu. Deux grands bâtiments administratifs ont été incendiés : la préfecture de la région Attique et une annexe du ministère des Finances, où parait-il se trouve le registre des impôts ! On a pu noter aussi l’incendie d’un car de police, d’un camion de pompiers et de nombreuses voitures de luxe, ainsi que plusieurs succursales de banque et au moins une bijouterie.

La nouvelle de la mort des personnes a été connue à la fin de la manifestation. Les données à ce propos pour l’instant ne sont pas concluantes. Ces trois décès ont accidentellement coïncidé avec le moment le plus haut de la rébellion, ce qui ne cesse d’être suspect.

À la fin de la manifestation, les forces anti-émeutes et les groupes motorisés Delta ont fouillé plusieurs des locaux politiques et de réunion du quartier d’Exarchia : deux cafétérias où ils ont arrêté neuf personnes, un local de gauche où ils ont frappé et blessé les personnes qui s’y trouvaient, un centre social occupé où ils ont fait irruption et arrêté toutes les personnes qui se trouvaient à l’intérieur. Ce même après-midi la répression s’est étendue jusqu’à divers locaux des syndicats de base, dont celui des cuisiniers et serveurs et aussi un centre social servant de local pour les immigrants. Tout ceci dans un centre d’Athènes devenu inhospitalier à cause de omniprésence policière et l’air surchargé de gaz lacrymogène.

Pour l’instant, les arrestations et les détentions se comptent par dizaines.arrestationmanifestantathenes200912061

Dans les prochaines heures on espère avoir une plus grande information. On apprenait en fin de journée, qu’un supermarché de la chaîne Bazaar a été exproprié pendant les affrontements et la marchandise distribuée.

Il est à noter que les manifestations ne furent pas seulement athéniennes. Environ 50’000 personnes défilèrent à Salonique, avec affrontement de plusieurs heures avec la police. Les anarchistes ont occupé le « Labour center » de la ville. À Patras, 20’000 manifestants ont été rejoints par des tracteurs et des camions de ramassage des ordures, quelques barricades. À Ioannina, 10’000 personnes environ.

Ce qui frappe en voyant les videos, et que la presse grecque note elle aussi c’est que les affrontements avec la police sont en grande partie le fait de gens à visage découvert ! Autrement dit un début de relais semble se faire entre les « encapuchonnés », les « anarchistes » et une petite partie de la population. C’est évidemment une des clés des jours qui vont suivre : un élargissement de la confiance parmi un nombre plus important de grévistes et de manifestants, assumant à visage découvert leur révolte, des « radicaux » ouvrant des portes sans pour autant se poser en avant-garde… À l’inverse, évidemment, l’objectif de la police et de l’État est d’isoler au maximum les plus radicaux. La manière dont la banque n’avait pas été fermée ou du moins que des gens se trouvaient dans d’autres bureaux (voir témoignage ci-dessous) peut faire partie de cette stratégie, mais rien n’est évidemment certain.

Concernant la mort des trois personnes, le parti communiste en accuse le gouvernement en disant qu’elle fut le fait d’agent provocateurs fascistes… Ils se basent sur le fait que 50 fascistes ont tenté de pénétrer un cortège du PAME (regroupement communiste), en ont été chassés et se sont réfugiés derrière les lignes de la police.

Quoiqu’il en soit c’est bien dans la poursuite de la grève et sur la manière dont elle sera menée que se jouera l’avenir du mouvement : un rebondissement périodique ou un approfondissement plus durable de la conflictualité.

À propos de l’incendie mortel de la Marfin Egnatia Bank

Les trois personnes décédées seraient des employés de la banque Marfin Egnatia Bank. Cette banque est propriété du magnat grec Andreas Vgenopulos, surnommé le « nouvel Onassis » et considéré comme un des hommes les plus riches du pays : propriétaire de Olympic Air et d’autres entreprises (Marfin Investment Group). On ne connaît pas encore les circonstances exactes de l’incendie. La porte d’entrée en bois aurait été touchée par un cocktail molotov et le feu se serait rapidement propagé dans les étages. D’après les témoins, les pompiers ont remarqué qu’il n’y avait pas d’extincteurs dans la banque et que la sortie de secours était fermée avec un cadenas ! Alors que le pays était paralysé par la grève générale, que dans tout le quartier les magasins avaient leurs rideaux baissés, il semble que dans cette banque les employés avaient été contraints de travailler.

Le syndicat des employés de banque (OTOE) a appelé ce soir à une journée de grève pour demain jeudi. L’identité des trois personnes décédées reste encore inconnue : on sait seulement qu’il s’agit de deux femmes et d’un homme.

Dans une lettre publiée ce soir mercredi sur le site Indymedia d’Athènes, un employé de la Marfin Egnatia Bank fait une déclaration, demandant qu’elle soit rendue publique.

« Je me sens dans une obligation envers mes collègues qui sont décédé si injustement aujourd’hui à parler et à dire quelques vérités objectives. J’envoie ce message à tous les médias. Toute personne qui possède encore une certaine conscience devra le publier. Les autres peuvent continuer à jouer le jeu du gouvernement. »

Dans cette lettre, l’employé déclare que « les pompiers n’ont jamais délivré la licence d’exploitation de l’immeuble », que « le bâtiment en question n’a pas de mécanismes de sécurité incendie » correspondant à sa taille (gicleurs au plafond, issues de secours, tuyaux d’incendie). « Il y a seulement quelques extincteurs portatifs qui, bien entendu, ne peuvent en rien aider à combattre un feu important dans un bâtiment construit avec des normes de sécurité depuis longtemps dépassées. La direction utilise également le coût élevé de ces exercices comme prétexte et n’a même pas pris les mesures les plus élémentaires pour protéger son personnel. »

Il souligne aussi qu’aucun membre du personnel n’a été formé au risque d’incendie, qu’il n’y a jamais eu d’exercice d’évacuation. « Les seules sessions de formation qui ont eu lieu à la Marfin Bank ont été sur des scénarios concernant l’action terroriste et en particulier la planification de l’évacuation des “grosses têtes” de leurs bureaux dans une telle situation. »

Absence de local incendie, matériaux inflammables (papiers, plastiques, fils, mobilier…). « Aucun membre de la sécurité n’avait la moindre connaissance sur les premiers secours à donner ou comment éteindre un feu. »

Par ailleurs, « la direction de la banque a formellement interdit aux salariés de s’absenter aujourd’hui, bien qu’ils l’aient demandé constamment eux-mêmes très tôt ce matin – tandis qu’elle a aussi forcé les salariés à verrouiller les portes et a confirmé à plusieurs reprises par téléphone que l’établissement restait fermé pendant la journée. “Ceux qui partent aujourd’hui, ne viennent pas au travail demain”, a été une menace constante. La direction leur a même fermé leur accès à Internet afin d’empêcher les salariés de communiquer avec le monde extérieur. »

La lettre dit aussi qu’au cours des derniers jours qui ont précédé la grève générale, la direction n’a cessé de terroriser les employés en utilisant oralement l’« offre » suivante : ou vous venez travailler, ou vous êtes virés.

« Enfin, messieurs, faites votre autocritique et cessez de faire semblant d’être choqués. Vous êtes responsables de ce qui s’est passé aujourd’hui, et dans n’importe quel État de droit (comme ceux que vous souhaitez utiliser de temps en temps comme les meilleurs exemples dans vos émissions de télévision) vous auriez déjà été arrêtés pour les actions ci-dessus. Mes collègues ont perdu la vie aujourd’hui par préméditation : la préméditation de la Marfin Bank et de M. Vgenopoulos en personne qui a explicitement déclaré que quiconque ne venait travailler aujourd’hui [le 5 mai, journée de grève générale !], n’avait pas à se déranger le lendemain [où ils seraient renvoyés]. »

Signé : un employé de la Marfin Bank.

Sources : Athens Indymedia, UK Indymedia, presse grecque (TaNea, Kathimerini), http://libcom.org/. Version anglaise du témoignage : After the Greek Riots.

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Terreur d’État à Exarchia (Athènes)

Dans une orgie de punition collective, la police grecque a mené une attaque brutale sur le quartier d’Exarchia, à l’issue de la manifestation d’hier, saccageant des boutiques et des centres sociaux, expulsant un squat à main armée et brutalisant les habitants.

La brutalité policière qu’on a pu voir dans les rues d’Exarchia hier soir après la fin de la manifestation du deuxième jour de grève générale à Athènes est inédite. On peut nourrir de sérieux doutes sur la nature du régime actuel en Grèce, qui laisse tomber son masque démocratique pour se montrer tel qu’il est réellement : la poursuite de la junte des colonels.

À l’issue de la manif des centaines de policiers antiémeute et voltigeurs ont fondu sur Exarchia, le quartier du centre d’Athènes qui est un bastion extrémiste depuis le début du XXe siècle. La police a travaillé à matraquer les passants et les gens aux terrasses des cafés, saccageant le vieux café de la place Exarchia [celui à l’angle des rues Stournari et Tsamadou] malgré le fait qu’il soit bondé de clients. Voyez plutôt : (vidéo)

Les habitants ont naturellement gueulé des slogans antifascistes, rappelant le souvenir récent des années de junte militaire et assimilant les flics aux SS. La fureur policière a redoublé, frappant tous ceux qui se trouvaient sur leur passage et investissant un immeuble d’habitation. Ioanna Manoushaka était à l’entrée de chez elle criant que les flics avaient fait de la vie un enfer dans le quartier quand ces derniers l’ont attaqué, lui cassant le bras et des dents. Elle a couru se réfugier à l’étage s’enfermant chez elle, ce qui n’a pas empêché les policiers antiémeute de la suivre et d’essayer de forcer sa porte cinq minutes durant lesquelles elle et son mari, un compositeur célèbre, ont dû se barricader.

Gueulant « ce soir on vous nique », la police a ensuite envahi et dévasté le centre social Diktio qui accueille les immigés, le Réseau des droits sociaux et civils, un collectif de gauche actif contre le terrorisme d’État depuis plusieurs décennies. Selon le communiqué de Diktio, « le gouvernement du FMI et de la junte du marché tente d’exploiter le geste criminel de la banque pour imposer un régime de terreur dans le pays. L’orgie de gouvernance policière par l’usage d’armes chimiques et de matraquages de masse a atteint son paroxysme cet après-midi à Exarchia. »

Au même moment une armada de forces de police entourait le squat anarchiste de la rue Zaimi au-dessus de Polytechnique, pour l’envahir et évacuer ses occupants l’arme au poing. Le fait qu’un policier ait tiré en l’air pendant cette opération n’a pas été confirmé. Tous les occupants ont été raflés.

La pratique de la vengeance collective à l’encontre de la résistance populaire aux mesures annoncées est une méthode caractéristique du gouvernement de collaboration avec les Nazis dans les années 1940, justifiant le sobriquet devenu commun adressé aux flics de « tsoliades allemands » (l’escadron de la mort).

Traduction à l’arrache juralibertaire, 7 mai 2010.

Je mange donc je suis – V. Bruno

« Comment comprendre que la majorité des personnes qui sont censées nourrir l’humanité, souffrent d’une situation catastrophique, marquée par le chômage, la pauvreté, l’exode et la faim ? »
870 millions d’affamés dans le monde (aujourd’hui plus d’une milliard)
Ce chiffre nous saute aux yeux depuis les émeutes de la faim de 2008. Dans tous les grands colloques internationaux, une question se pose à présent : « Qui va nourrir le monde ? »
Et si la question était mal choisie ? Car les agriculteurs sont capables de nourrir l’ensemble de la population mondiale.
En partant du quotidien des agriculteurs belges, le film commence un tour du monde agricole et alimentaire afin de comprendre quels sont les problèmes communs aussi bien en Europe qu’en Afrique ou au Brésil.
On prend rapidement conscience que tout est lié et que chacun a son rôle à jouer dans la résolution du problème, qu’il soit politique, environnemental ou commercial.
« Je mange donc je suis » tente de démontrer qu’un projet de société solidaire, durable et démocratique est plus que nécessaire.
La souveraineté alimentaire, ce droit revendiqué par des milliers de mouvements sociaux à travers la planète, définie comme le droit des populations de choisir leur agriculture et leur alimentation sans que celles-ci ne portent préjudice aux droits des autres peuples, s’impose d’elle même.

Sarkozy et la semaine du BTP : d’un mur l’autre [Article 11]

Ah, çà ! On l’a fait péter, le stock de bougies cette semaine ! Ça commémore sévère. Radios, télés, journaux ont envoyé à Berlin leurs meilleurs brushings pour animer des duplexes avec le gratin des spécialistes en chute de murs («  Il est tombé d’un coup »), la crème des politologues les plus pointus («  C’était la chute du communisme ») et l’élite des historiens les meilleurs (« Plus rien ne sera jamais comme avant »).

De la plus petite anecdote insignifiante (BHL expliquant en direct à Berlin qu’à l’époque, qu’à l’époque, il n’y était pas [2]) aux grands discours à l’hyperbole (involontairement) amphigouriques, on a droit à tout.

Même Président Sarkozy se fend d’une larme et nous sort sa photo d’époque (d’ailleurs : vu la technique de Président pour frapper avec son petit marteau, m’est avis que c’est pas à Président qu’il faut demander de l’aide pour abattre une cloison.).
Le même y va de ses souvenirs : « Autour de nous, des familles se rassemblaient pour abattre le béton. Certaines venaient nous parler pour nous expliquer leurs sentiments, leurs ambitions nouvelles, et partager leurs émotions après des décennies de séparation. La nuit s’est poursuivie dans l’enthousiasme général. »

Et c’est vrai : faire péter un mur, permettre aux hommes de circuler librement, de passer cette maudite frontière, c’est un grand moment à célébrer.

Réellement.

Et c’est pourquoi on attend impatiemment que Président Sarkozy et son sécateur fassent un sort aux grillages des murs de Ceuta et Melilla, la frontière Sud de l’Europe qui séparent le territoire espagnol du Maroc.

Là, toutes les nuits, ceux qui préfèrent tenter de fuir des guerres économiques, sociales ou militaires du Sud par la terre ferme prennent d’assaut un autre mur de la honte et se font impitoyablement refouler.

Là, chaque jour, les mêmes observent, attendent, patientent, en espérant découvrir une ouverture quelconque ou un relâchement de la garde qui leur permettraient de passer au Nord, comme d’autres n’avaient de cesse – des dizaines d’années plus tôt – de passer à l’Ouest en évitant les mines, barbelés et miradors.

Là, en permanence, se brise l’espoir d’une vie meilleure, laminé par les défenses d’une Europe forteresse et pulvérisé par l’égoïsme de l’occident.

Là – enfin – sont restées en mémoire des journées plus sanglantes que les autres, quand les migrants ont lancé d’août à septembre 2005 plusieurs assauts d’ampleur sur les murs et barbelés, se précipitant par centaines en espérant ne pas être cibles des balles, ainsi que le conte un billet du site Multitudes :

Cependant, ce sont des forces européennes qui, le 29 août, ont assassiné au moins deux citoyens africains pendant l’assaut des grillages de Melilla. On a vu des essaims de centaines de personnes, adultes et enfants, femmes enceintes ou avec enfants dans les bras, mains nues et avec pour unique arme un téléphone portable, laissant des lambeaux de peaux sur les grillages de barbelés franchis à l’aide d’échelles fabriquées avec des branches d’arbre, se fracturant les jambes et les bras en tombant de l’autre côté, alors qu’ils recevaient des balles de caoutchouc et de plomb, des coups de matraque, des coups de pied et des coups de fusil. Les forces européennes amassaient les blessés et les cadavres et les jetaient de l’autre côté de la frontière en s’en lavant les mains, laissant le reste du travail aux marocains. Ceci a été la constante pendant plus d’un mois. Au cours de la nuit du 28 au 29 octobre, un nouvel assaut a été repoussé avec un bilan d’au moins cinq morts, parmi lesquels un nouveau-né qui avait vu le jour dans les campements. On a laissé au gouvernement marocain le soin additionnel de nettoyer à fond la zone grâce au mécanisme de la déportation vers « nulle part ».

Un mur qui attente, comme à Berlin, au droit inaliénable à la libre circulation des individus ;
Un mur qui, comme à Berlin, tourne le dos aux conceptions modernes d’une humanité diverse mais unilatéralement digne et respectable ;
Un mur dont l’existence même doit – n’en doutons pas – révulser Président Sarkozy.

Allez, Président Sarkozy : voilà un autre mur qu’il conviendrait d’abattre.

Et après, on causera aussi du mur qui coupe les deux Corées, de celui bâti entre le Mexique et les USA, de ce troisième qui sépare l’État palestinien et les territoires sous administration israélienne ou même de celui que les Russes sont en train de construire en Géorgie.

Y’a assurément du boulot dans le BTP pour qui souhaite faire péter les murs.

Italie : chronologie détaillée des révoltes dans les centres de rétention et les prisons,6-23 août [IndyMedia]

La nouvelle loi sur la « Sécurité » du ministre de l’’Intérieur Maroni qui prolongé la durée de rétention de 2 à 6 mois est entrée en vigueur le 8 août dernier. Il y a actuellement sept centres de rétention, tous ultra surpeuplés (à prison-2-ea318Naples ou Florence, les sans-papiers sont souvent relâchés vu que le centre proche avec un peu de places est à Bari, à mille kilomètres de là). Depuis l’an dernier dans une dizaine de villes, ce sont par ailleurs des soldats qui patrouillent dans les villes avec la police (à Gênes où ils sont présents depuis peu, les Chasseurs-Alpins ont par exemple été harcelés les 8, 10 et 15 août, ce qui a conduit à une enquête contre 19 anarchistes du coin).

Mais ce sont aussi des soldats qui sont chargés de la surveillance des centres de rétention. Enfin, le sigle des centres de rétention a changé, de CPT il est devenu CIE ( centro di identificazione ed espulsione : centre d’identification et d’expulsion).

Nous avons aussi inclus dans cette chronologie les révoltes dans les « prisons classiques », vu que nous laissons volontiers les distinctions entre les différents types de cages aux démocrates et aux degôche.

6 août, Ancône : les détenus de la prison de Montacuto (391 prisonniers pour 172 places) commencent un mouvement de révolte qui durera trois jours, notamment en battant les barreaux et en brûlant leurs tee-shirts.

4 août, Rome : Un groupe d’une quinzaine de sans-papiers algériens du CIE de Ponte Galeria qui protestait contre le tabassage d’un retenu (un malade du coeur tabassé parce qu’il souffrait trop sans médicaments) est mis à l’isolement. Des témoins de la scène seront expulsés le lendemain.

6 août, Milan : Vers 17h, début de la grève de la faim des retenus du CIE de via Corelli, très suivie, également par la section « femmes ».

7 août, Rome : Les retenus du CIE de Ponte Galeria entament à leur tour une grève de la faim.

8 août, Gradisca d’Isonzo : une centaine de sans-papiers montent sur le toit vers 22h et résistent aux flics jusqu’à 2h : objets variés, bouteilles et morceaux de portes contre lacrymogènes. Les dégâts contre le centre sont importants, faisant passer ses capacités de 248 a 194 places. Une trentaine de retenus seront transférés par la suite à Milan, et 40 soldats de la brigade « Pozzuolo del Friuli » viendront renforcer les 40 autres de l’unité « Genova Cavalleria » pour remplacer les flics à l’intérieur…

9 août, Rome : Manifestation sauvage d’une vingtaine de personnes sous les murs de la section « femmes » du CIE.

12 août, Milan : les sans-papiers du CIE sont au cinquième jour de grève de la faim, dont trois de grève de la soif. 34 retenus du CIE de Gradisca viennent d’arriver. Un rassemblement s’est tenu devant le centre, et plusieurs sans-papiers ont battu longtemps les barreaux, mais sont aussi parvenus à dégonder plusieurs portes.

13 août, Milan : Le soir éclate une dure émeute, où tout ce qui peut l’être est brûlé, la police et les militaires interviennent et ont besoin de deux charges successives pour mater tout le monde. Deux modules sur cinq sont détruits. Nombreux tabassages et nombreuses fractures (têtes, jambes, etc.). 14 sans-papiers, 5 nigérianes et 7 hommes de diverses nationalité, sont incarcérés pour « incendie volontaire » : Joy Omorui, Florence Peter, Helen Erauyi, Priscilla Lorence, Debby Pishans, Said Ennohi, Lacine Kone, Abdelaziz Mahfoudi, Luis Miguel Pereira, Ibrahim Sharaki, Jaxad Zueniu, Fatah Kalem, Mohamed Elabbouby, Hassan Allali. Les compagnons qui tentaient d’empêcher dehors le transfert au commissariat sont repoussés part les flics en nombre.

13 août, Turin : les sans-papiers du CIE de corso brunelleschi (capacité de 60 hommes et 30 femmes) commencent une grève de la faim. La police est intervenue en force pour tenter de les dissuader, et parce qu’elle craignait un début d’émeute.

14 août, Turin : rassemblement devant le CIE, vite cerné de flics et de Chasseurs-Alpins. A l’intérieur, les retenus dégondent les portes et résisteront à trois charges avant d’être tabassés. Vers 22h30, un retenu monte seul sur le toit et y restera une demie-heure.

15 août, Turin : La nuit dernière vers 2h30, une vingtaine de retenus du CIE de corso Brunelleschi sont montés sur le toit, et n’y sont redescendus qu’une heure-et-demie après sous la menace. Les premiers grévistes de la faim commencent à interrompre la grève.

16 août, Bari : Dans la nuit a explosé une révolte à l’intérieur du CIE par des retenus marocains et tunisiens qui ont mené une guerilla pendant cinq heures, provoquant des dizaines de milliers d’euros de dégâts. Cette fois encore, ils ont dévasté les lits, brisé les robinets et les conduites d’eau, les utilisant comme des barres pour dévaster tout ce qu’ils ont pu, avant de grimper aux murs et sur les toits. Deux immigrés ont été incarcérés à cause des caméras, un tunisien de 25 ans et un marocain de 30 ans. Les soldats du « Bataillon San Marco » chargés de garder le centre n’ont rien pu faire.cra-enfant740229

18 août, Bari : Plus d’informations sortent petit à petit du CIE. Les deux immigrés ont été incarcérés en rétorsion de la protestation de la nuit dernière, et sont accusés de « dévastation » et « saccage ». Selon la police, la protestation de la nuit du 15/16 août aurait causé des milliers d’euros de dégâts et aurait été une tentative d’évasion collective.

18 août, Milan : Après les manifestations de protestation et le battage des barreaux du 12 août dans le CIE, puis la révolte du lendemain contre la décision punitive de prolonger la rétention de 60 jours supplémentaires contre les sans-papiers en grève de la faim, la répression policière et judiciaire s’est abattue avec violence. Ses effets se résument avec ces chiffres : 14 incarcérés (9 hommes et 5 femmes), 29 sans-papiers transférés dans le centre de Bari-Palese (un des plus grands du pays), 19 transférés à Brindisi (où vient d’ouvrir un nouveau centre).

18 août, Modène : Après les révoltes dans les CIE de Gorizia, Milan, Turin, Lamezia Terme et Bari, c’est au tour de celui situé via Lamarmora à Modène. La protestation a commencé hier après-midi par une grève de la faim lancée par une trentaine de nords-africains. Le soir, certains reclus ont mis le feu à plusieurs matelas, provoquant un incendie que les pompiers ont mis près de trois heures à éteindre. Le feu de rage des révoltés a sérieusement endommagé quatre chambrées, et 12 femmes ont été transférées dans un autre centre. La police a du libérer 4 chinois, ne sachant plus où les mettre.

18 août, Turin : Des tags (“Cie lager” et “No Cie”) sont apparus entre hier après-midi et la nuit.Ce sont les murs extérieur du siège de l’entreprise Camst qui ont été pris pour cible, soit « la plus grande entreprise à capital italien de restauration collective » qui fournit les repas à l’intérieur.

18 août, Sollicciano (Toscane) : Dans cette prison, au moins 500 prisonniers se sont révoltés (ils sont 950 pour 400 places). Tout ce qui pouvait être incendié dans les cellules l’a été et lancé à travers les barreaux et dans les couloirs, tandis que les voix des détenus faisaient entendre un seul cri : « Liberté ». Cela a duré de 23h hier à 1h ce matin, puis a repris ce matin vers 10h30. A l’extérieur, un gros cordon de carabiniers et de flics a entouré la prison, prêt à intervenir en cas d’évasion.

18 août, Bologne : deux jeunes se sont évadés hier de la prison pour mineurs de Pratello. Ils ont agttaqué un maton lors de la promenade puis se sont enfuis. 18 août, prisons de Rome, Como, Pérouse : A Rome, draps incendié, battages de barreaux sans fin et slogans depuis plusieurs jours. A Como, les prisonniers de « Bassone » battent les barreaux depuis trois jours. A Pérouse, un prisonnier a bouté le feu à un matelas dans la cellule, et les autres ont fait un refus de remonter de promenade.

19 août, Bari : « Solidarité avec les immigrés enfermés dans le CIE. Solidarité avec les révoltés. Liberté pour tous » est ce qu’il y avait écrit sur une gigantesque banderole fixée avec des chaînes entre deux feux rouges de la ville, bloquant la circulation corso Benedetto Croce.

20 août, Rome : Toujours avec des chaleurs supérieures à 40°, les détenus de la prison romaine de Regina Coeli ont recomencé après le repas de midi à battre les barreaux tandis que des bonbonnes de camping-gaz [autorisées en Italie pour cuisiner] explosaient vers l’extérieur. Les femmes de la prison de Rebibbia ont obtenu l’ouverture des cellules du matin au soir, et le libre accès aux douches. La veille, elles avaient refusé de rentrer en cellules de 23h à 3h du matin.

21 août, Gradisca di Isonzo : Ce matin, malgré le régime de sécurité maximale imposé par le préfet de Gorizia suite à la révolte de samedi dernier, 7 reclus du CIE ont réussi à s’évader en forçant les barreaux des cellules. Deux autres ont été capturés sur les toits.

21 août, Milan : Début du procès des 14 incarcérés suite à la révolte du CIE de via Corelli. Beaucoup de personnes les-immigres-au-centre-de-retention-de-vincennes-apres-lincendie-centre-retention-vincennes-sans-papiers-immigratiosolidaires au tribunal, et un grand bordel entre les protestations des reclus et les cris du public. Prochaine audience le 25 août.

22 août, Monza : Après Bologne et Voghera, un prisonnier a réussi à s’évader de la prison de Monza. Le troisième en quelques jours.Ce détenu libérable en 2012 et incarcéré pour braquage était affecté au transport des poubelles, et il a réussi à fausser compagnie au maton de garde puis à grimper le grillage.

23 août, Turin : nouveau rassemblement sous le CIE.

« TARNAC, BERLIN, PEROUSE : MALFAITEURS DE TOUS LES PAYS, ASSOCIONS-NOUS ! »

Les 16 et 17 juillet, trois camarades allemands ont été convoqués par des juges, à Berlin et Hambourg, dans la cadre de « l’affaire de Tarnac ». A Berlin, après un rassemblement devant l’ambassade de France, ils se sont rendus devant le juge où, conformément à ce qu’ils avaient annoncé, ils n’ont rien déclaré. Les autorités allemandes répondaient par ces auditions aux commissions rogatoires lancées par le juge Fragnoli, basant sa suspicion envers les deux berlinois tarnac-belrinsur le fait qu’ils avaient déjà été inquiétés il y a dix ans et relaxés, suite à une campagne de sabotage des lignes de train pour protester contre les convois de déchets nucléaires Castor.

A Pérouse, ce sont deux compagnons qui ont été jetés en prison, il y a deux semaines de cela, à la suite d’une vaste opération médiatico-policière qui mérite d’être un peu détaillée. Là où les journaux (Le Nouvel Observateur en France et toute la presse en Italie) se félicitaient que deux dangereux terroristes aient été ainsi arrêtés alors qu’ils étaient sur le point de saboter des caténaires, il apparaît qu’en fait c’est 16 mois plus tôt que les deux compagnons ont été contrôlés par les carabiniers non loin d’une voie ferroviaire et que ceux-ci ne les ont alors pas arrêtés, afin de pouvoir continuer à les surveiller. Les termes dans lesquels ont été annoncées cette quarantaine de perquisitions dans toute la péninsule et l’inculpation de 37 personnes pour « organisation et participation à une association subversive d’inspiration anarcho-insurrectionnaliste visant à commettre des actions criminelles à finalité de terrorisme et de renversement de l’ordre démocratique » ont la même grandiloquence dérisoire que lors de l’opération « Taïga », qui se nomme cette fois « opération Shadow ». Là aussi on se flatte d’avoir « neutralisé une dangereuse cellule anarcho-insurrectionnaliste » puisque l’enquête a établi « le risque concret que les inculpés puissent commettre dans la poursuite de leur projet des délits de la même espèce voire encore plus graves, d’autres actions imprévisibles mais inéluctables ». A défaut de pouvoir reprocher aux deux incarcérés d’avoir effectivement saboté des caténaires, on les accuse d’avoir eu l’intention de le faire. Et même si les autres sont finalement blanchis, la procédure aura au moins eu le mérite de les mettre sous pression.

Comme pour Tarnac, il est question de manuels de sabotage, de fanzines véhiculant de noirs projets, d’hypothétiques campagnes de destabilisation coordonnées cette fois avec la Grèce et l’Espagne. On ne sera pas dépaysé d’apprendre que les services italiens ont créé leur propre M.A.F. qui ne désigne plus, là, la Mouvance Anarcho-autonome Francilienne mais la Mouvance Anarcho-insurrectionnelle de Florence. Bien évidemment, cette rafle est survenue à quelques jours de l’ouverture du G8 : l’unité antiterroriste locale – le Regroupement des Opérations Spéciales – a dû juger le moment opportun pour dissuader et désorganiser toute contestation, bien plus que pour réprimer une intention de sabotage vieille de plus d’un an. Mais c’est encore le commissaire européen aux transports Tajani qui a livré la clef de tant d’heureuses similitudes : à peine la rafle lancée, il s’est fendu de comiques « compliments au ROS pour avoir déjoué un attentat qui visait la sécurité du transport ferroviaire » puis d’un programmatique : « L’Europe est aux côtés de l’Italie pour ce qui est de renforcer la sécurité ».pirate1

La convocation des camarades allemands, la rafle italienne et le déploiement de l’antiterrorisme en France contre le péril « anarcho-autonome » relèvent d’une seule et même stratégie, impériale, ourdie à l’échelle européenne, une stratégie de neutralisation de la subversion politique. On complote contre nous internationalement, c’est donc internationalement que nous devons conspirer contre eux.
Es lebt die deutsch-französische Freundschaft !
Hoch die internazionale Solidarität !
Liberi tutti !

Vous pouvez écrire aux deux compagnons italiens incarcérés à l’adresse suivante : Sergio Maria Stefani, Alessandro Settepani ; Via Maiano 10 ; 06049 Spoleto (PG)

Lettre ouverte au Président Directeur Général de la S.N.C.F.

Monsieur le Président Directeur Général,

Amenée à effectuer régulièrement des trajets en train entre Paris Saint Lazare et Rouen, je tiens à vous informer d’une situation alarmante concernant la violence psychologique que subissent certains voyageurs sur ce trajet, notamment des jeunes le plus souvent d’origine étrangère, violence que vous ne pouvez ignorer, dans la mesure où elles se répètent voire deviennent habituelles, lors d’intervention de la police du rail ou de la Police Nationale.
Par ailleurs, des abus sont commis par les contrôleurs qui se permettent pour un simple oubli de compostage d’un billet, de faire appel de façon inconsidérée aux forces de sécurité. Je m’insurge en tant qu’usager contre ces pratiques arbitraires. Les forces de police sont quasiment systématiquement présentes en particulier dans les trains qui s’arrêtent à Mantes la Jolie, et absentes dans les trains directs de Paris à Rouen. Par conséquent une population est discriminée, considérée comme potentiellement délinquante, ce qui est contraire à l’égalité de traitement des usagers tant des services publics que privés.

Le 21 juin dernier j’étais à bord du train corail inter cités 13 111 CIC, voiture 13 (départ 16h20 de Paris Saint Lazare) qui marquait un arrêt à Mantes-la –Jolie. Nous avons été contrôlés. Le voyageur assis en face de moi, un homme d’une quarantaine d’années dormait lors du premier passage du contrôleur. Il a signalé poliment à son second passage qu’il n’avait pas eu le temps de composter son billet. Le contrôleur n’a rien voulu savoir et l’a verbalisé. Le ton a monté, le contrôleur l’a alors menacé s’il ne réglait pas l’amende d’appeler la sécurité. Un très jeune homme assis en face de moi a dû régler une taxe de 15 euros, ignorant que l’on était en période blanche et non bleue ! lorsque j’ai tenté d’intercéder en sa faveur il m’a été répondu de manière très désagréable par le contrôleur qu’il « suffisait de se renseigner ». assaut-gign-9c0f1
Le premier passager n’ayant toujours pas réglé son amende, le contrôleur à appelé la sécurité. Trois policiers de la police nationale armés sont arrivés au pas de charge, comme s’il était question d’interpeller un criminel ! Pour ne pas créer d’esclandre dans le compartiment le passager les attendait dans le SAS entre deux wagons. Cet homme a eu droit par ces trois policiers à un contrôle d’identité, à une fouille au corps avec palpation sans ménagement, son sac de voyage a été totalement vidé et fouillé, puis étant donné qu’aucune charge n’était retenue contre lui, excepté le crime de ne pas avoir composté son billet, on lui a laissé poursuivre son voyage !
Ça n’était pas un jeune d’origine étrangère me direz vous…Quelques minutes plus tard, un deuxième contrôleur qui sévissait voiture 13, appelle de nouveau la sécurité : Même scénario catastrophe, avec les trois policiers revenant au pas de charge. Ils s’en prennent alors avec une violence verbale inadmissible à une jeune « black » d’une quinzaine d’années sans titre de transport, puis à un second jeune garçon visiblement terrorisés , ils les embarquent au fond du compartiment, les encerclent.
A ce moment précis j’ai fait un mouvement pour intervenir, car je ne supporte pas ces méthodes arbitraires, qui rappellent celles des états totalitaires, mais j’ai eu peur…peur de la violence potentielle, même verbale de ces policiers, peur de leur nervosité, peur que l’on « m’embarque » à mon tour.

A la gare de Mantes la Jolie, les trois policiers sont descendus avec les jeunes, les ont bloqués sur le quai de la gare, devant tous les voyageurs, les encerclant avec deux autres contrôleurs venus courageusement leur prêter main forte ! Le train est reparti…Qu’est t’il advenu ?

Les contrôleurs de la SNCF doivent -ils se transformer en indicateurs où en auxiliaires de police ? Ont-ils une prime au mérite lors de tels agissements ? Les deux qui sévissaient ce jour là dans le train et s’en prenaient arbitrairement à ces passagers, ont fait appel aux forces de l’ordre pour les réprimer, donnent une drôle d’image du service public. J’ai oublié de dire que le premier contrevenant était tatoué, existe- t’il un « délit de sale gueule »ou de faciès répréhensible dans les trains du service public Français ?

Ce mercredi 8 juillet, j’ai de nouveau pris le train de Paris à Rouen. Bien qu’opposée au privilège occasionné par les transports en première classe le hasard d’une réservation à bas prix sur Internet m’y a conduite. L’homme d’affaire assis à côté de moi n’avait aucun titre de transport. On lui a demandé avec déférence de bien vouloir régler son billet, et le contrôleur a dû attendre qu’il daigne terminer ce qu’il était en train d’entreprendre sur son ordinateur portable pour être réglé, tandis que les jeunes, et plus particulièrement les jeunes d’origine étrangère, dans une situation identique, règlent pas un simple billet de train, subissent violence verbale, mépris, interpellations, et discriminations de la part de vos services. Ils connaissent eux et leurs familles une situation de paupérisation sans précédent et il serait parfaitement légitime dans une société qui se respecte qu’ils bénéficient des transports gratuits ! S’il n’y avait la course au profit qui conduit à la chasse à l’homme ! Ces démonstrations de force, ces humiliations répétées ne peuvent conduire ces jeunes qu’au désespoir, et à la révolte, elles se surajoutent à l’absence d’emploi, à l’impossibilité de se projeter dans un avenir possible, à l’incompréhension qu’ils subissent au quotidien.

Je peux encore citer pour exemple un jeune d’origine Maghrébine qui pour avoir craché par terre dans le hall de la gare de Rouen a été poursuivi et interpellé sans ménagement par trois vigiles de la police ferroviaire, alors qu’il était blessé au bras. Comble de malchance il n’avait pas de pièce d’identité. La police ferroviaire a alors appelé la police Nationale, qui l’a arrêté après qu’il ait été encerclé pendant plus d’une heure par ces vigiles pour enfin être conduit au commissariat. Il était là, paumé, apeuré, on ne l’a même pas autorisé à téléphoner ! Cette fois ci, je suis intervenue et nous nous sommes regroupés à plusieurs usagers indignés dans la gare pour dénoncer ce qui était en train de se dérouler sous nos yeux. police
D’où vient l’insécurité dans ces cas précis monsieur le Directeur ? Comment pouvez-vous tolérer un tel arbitraire ? Je me sens dans un état profond d’insécurité dans les gares, les trains et le métro, cette insécurité est uniquement liée aux dispositifs répressifs qui sont mis en place grâce aux connivences entre la SNCF, la police et l’armée. Je ne supporte pas de me retrouver face à face avec des militaires, la mitraillette au poing lorsque je croise le quai d’un train de banlieue, de voyager dans des compartiments quadrillés par des policiers en armes, d’assister aux humiliations que subissent ces enfants qui pourraient être mes enfants ou les vôtres ! Par conséquent, en tant qu’usager de vos services, j’estime que cela suffit et vous informe que cette lettre ouverte est rendue publique, tout en espérant que les usagers soumis à de tels traitements portent plainte afin de mettre fin à de tels agissements arbitraires.

Sophie Lecomte

On a assassiné Natacha Estemirova, infatigable militante des droits de l’homme en Tchétchènie [Rebellyon]

Après Anna Politkovskaïa, après tant d’assassinats à propos de la Tchétchènie, on vient d’assassiner notre amie et collègue, on a assassiné une personne qui nous était chère. La nouvelle de l’assassinat de Natacha Estemirova vient de tomber. Encore une héroïne qui plaçait son devoir d’assistance et d’information au dessus du risque clairement encouru que l’on fait disparaitre, que l’on élimine.natacha-este

Le Comité Tchétchènie de Lyon fait connaître parce qu’il lui paraît éclairant le communiqué de Memorial du 15 juillet 2009, traduit par ses soins.

« Pendant près de 10 ans, Natacha a été un pilier de Mémorial dans le Nord-Caucase, elle a principalement travaillé en Tchétchènie. Elle ne récoltait pas seulement les informations sur les violations des Droits de l’Homme. Elle était un véritable Défenseur des droits de l’Homme, un défenseur du peuple. Les habitants de Tchétchènie ont été victimes des bombardements, des opérations de nettoyage, des enlèvements, de la torture : à tous, Natacha a tenté d’apporter de l’aide. Elle exigeait des autorités l’impossible : la fin de l’arbitraire. Parfois, elle y arrivait – sûre de son bon droit et de la force du droit, cela lui donnait des forces. Ce travail a rendu Natacha célèbre dans toute la Tchétchènie. Elle attirait ceux qui espéraient être défendus, ou au moins ceux qui voulaient que l’arbitraire ne reste pas dans l’ombre. les fonctionnaires de tous rangs l’ont menacée plus d’une fois, mais elle ne se voyait pas renoncer à travailler pour sa patrie, en Tchétchènie.

Oleg Orlov, responsable du Centre Memorial : « Je sais, je suis sûr de l’identité du coupable du meurtre de Natalya Estemirova. Nous le connaissons tous. Son nom est Ramzan Kadyrov, il est président de la République Tchétchène. Ramzan avait déjà menacé Natalya, l’avait insultée, la considérait comme son ennemie personnelle. Nous ne savons pas s’il a lui-même donné l’ordre ou si ses proches collaborateurs l’ont fait pour faire plaisir à leur chef. Et apparemment, cela arrange le Président Medvedev qu’un meurtrier soit à la tête de l’un des « sujets » de la Fédération de Russie. »

Quand Natacha s’est permis d’exprimer sa désapprobation sur le fait que l’on oblige, presque par la force, les jeunes filles à porter le foulard dans les lieux publics, un entretien a eu lieu avec Ramzan Kadyrov. Elle a raconté que Kadyrov l’avait alors menacée en disant littéralement : « Oui, j’ai du sang sur les mains, jusqu’aux coudes. Et je n’en ai pas honte. J’ai tué et je continuerai à tuer les personnes mauvaises. Nous combattons les ennemis de la République ».

Nous savons que les derniers communiqués préparés par Natacha concernaient de nouveaux enlèvements, des exécutions sommaires, une fusillade publique au beau milieu d’un village tchétchène, et qu’ils avaient suscité l’indignation des hautes autorités tchétchènes. C’est ce qu’avait dit au responsable de notre bureau de Grozny le soit-disant « Commissaire tchétchène aux Droits de l’Homme », Nurdi Nukhazhiyev. Il avait déclaré qu’il ne voulait pas qu’il arrive quelque chose et que c’est pour cela qu’il allait réprimander les défenseurs des Droits de l’Homme.

Il faut nommer les choses par leur nom. Il y a en Russie une terreur d’Etat. Nous avons connaissance des meurtres en Tchétchènie et hors de Tchétchènie. On tue ceux qui essaient de dire la vérité, de critiquer le pouvoir. Ramzan Kadyrov a rendu impossible le travail des Défenseurs des Droits de l’Homme dans la République. Ceux qui ont assassiné Natacha Estemirova voulait faire cesser la circulation de l’information véridique venant de Tchétchènie.

Peut-être ont-ils réussi… »

Il était 8h30 heure locale (6h30 à Lyon), mercredi 15 juillet, lorsque Natacha Estemirova quitte son domicile de Grozny pour se rendre au bureau de Memorial, situé au centre-ville de la capitale tchétchène. La militante a été poussée de force, en sortant de chez elle, dans une petite voiture blanche. Selon des témoins, elle a alors crié qu’on l’enlevait, mais personne n’a eu le temps d’intervenir.

Le fait de ne plus pouvoir la joindre sur son téléphone portable a inquiété ses proches, qui se sont rendus chez elle et ont interrogé les voisins. En fin d’après-midi, son corps sans vie, criblé de balles, a été retrouvé vers 16h30, dans une forêt près de Nazran, dans l’Ingouchie, république voisine de la Tchétchénie. Son cadavre, portant des plaies à la tête et au coeur, gisait dans la forêt à cent mètres d’une autoroute.

Tuée pour la vérité !

Mère de famille, âgée d’une cinquantaine d’années, Natacha (ou Natalya) Estemirova avait été professeure, puis journaliste, avant de devenir militante de Memorial lors de la seconde guerre de Tchétchénie, c’est-à-dire depuis 1999. C’était une militante qui a fait preuve, malgré les menaces, d’un énorme courage et d’une grande ténacité. C’était l’une des rares à continuer à se rendre en Tchétchènie pendant la guerre.

Proche de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, avec laquelle elle avait mené de nombreuses enquêtes, elle avait révélé et dénoncé récemment une exécution arbitraire en Tchétchènie, ce qui a fortement déplu aux autorités locales prorusses. L’exécution en question était celle d’un présumé rebelle par des hommes en tenue de camouflage dans le village d’Akhkintchou-Borzoï le 7 juillet 2009, et Natacha était la source de cette information.

Elle a aussi révélé récemment le cas d’une jeune femme, épouse d’un indépendantiste, tuée par des policiers sans raison apparente.

C’est elle qui avait repris une affaire engagée par Anna Politkovskaïa, et qui avait révélé en 2002 le meurtre de personnes brûlées vives à Chatoï, ce qui avait abouti à la condamnation d’officiers de l’armée russe.

Elle faisait un travail d’enquêtes sur plusieurs affaires louches, les nombreux enlèvements, le meurtre d’une dizaine de jeunes filles victimes de crimes dits d’honneur, la disparition d’un étudiant expulsé d’Egypte, ainsi que les incendies de maisons de parents de présumés indépendantistes.

« Une volonté politique de privatiser l’accompagnement des chômeurs » [Libération]

Mal-être au travail, sous-effectifs chroniques… Pour les salariés de Pôle Emploi, les bienfaits de la fusion entre l’ANPE et l’Unedic semblent toujours peu évidents. Ces dernières semaines, ils ont continué à manifester, alors que du côté des demandeurs d’emploi, l’attente pour parvenir à joindre un conseiller peut parfois sembler interminable.

Christian Charpy, le directeur de Pôle Emploi présentait ce matin le bilan des six premiers mois du nouvel organisme, ainsi que les perspectives pour la rentrée. Certaines de ces mesures sont d’ailleurs évoquées par le quotidien économique «Les Echos» dans son édition de mardi. Ainsi, «pour faire face à l’afflux de chômeurs, Pôle emploi va progressivement confier, à partir de la rentrée, l’accompagnement de 320.000 chômeurs à des opérateurs privés de placement». Sébastien Socias, secrétaire national Force Ouvrière des personnels publics de Pôle Emploi, dénonce une privatisation rampante.logo-fo1

Que pensez-vous du recours à des opérateurs privés pour l’accompagnement des chômeurs?
Pour FO, ça a toujours été niet. Nous sommes opposés à toute distribution d’argent public à des opérateurs privés. Les premières expérimentations remontent à quelques années (2005, ndlr), et on n’a jamais eu d’enquête digne de ce nom sur les résultats obtenus. On sait pertinemment que ça ne marche pas mieux, alors que ces prestataires privés sont rémunérés trois à quatre fois plus cher.

A quel type de volonté cela correspond-il?
C’est une volonté politique de privatiser de manière larvée l’accompagnement des chômeurs. C’est la vieille antienne libérale de mise en concurrence du service public et du secteur privé, en vue notamment de satisfaire un certain nombre d’opérateurs en lien avec le Medef. On a eu la même situation il y a quelques jours avec le recours à des opérateurs privés en cas de surcharge des standards téléphoniques de Pôle Emploi.

Au vu des conditions de sous-effectif au sein de Pôle Emploi, n’est-ce pas une mesure d’efficacité de répartir les demandeurs d’emploi avec des opérateurs privés?
Avec le marasme ambiant, ces opérateurs privés ont beau jeu de dire que le public ne s’en sort pas. Un conseiller doit parfois gérer plus de 300 demandeurs d’emploi. Par ailleurs, s’il n’y a pas d’offres d’emplois supplémentaires, le taux de chômage restera le même. Enfin, ce système de recours au privé est pervers. On va confier à ces opérateurs des gens tout juste licenciés, donc plus facilement employables. Alors que c’est Pôle Emploi qui continuera à s’occuper des ex-RMI devenus RSA. Ce n’est pas du tout le même boulot de placer quelqu’un licencié il y a trois semaines, et quelqu’un avec un trou de dix ans dans son CV.

Les syndicats ont-ils été consultés pour ces mesures?
Même quand les avis des représentants du personnel sont négatifs, Christian Charpy passe en force. On est dans un système où on se fiche de notre avis. Il n’y a pas de concertation sociale, l’objectif est juste de répondre à une commande politique. On avait toujours dit que la fusion ANPE-Unedic était une aberration. Mais même la mise en oeuvre est faite en dépit du bon sens, sans parler des dégâts sur les agents, avec un mal-être au travail comme on n’avait jamais vu. La fusion est réalisée à marche forcée, alors que le contexte économique est très difficile.

CQFD

www.cequilfautdetruire.org

CQFD est un « mensuel de critique et d’expérimentation sociales ». Son comité de rédaction est basé à Marseille, il est composé essentiellement de chômeurs.
Il est distribué, tous les 15 du mois, dans les kiosques et dans certaines librairies. Sans aucune publicité, il est gratuit pour les personnes incarcérées.cqfd

« PLOMB DURCI » Des soldats israéliens parlent…[Nouvelobs]

« PLOMB DURCI » Des soldats israéliens décrivent une guerre sans retenue à Gaza

Les militaires israéliens témoignent de la violence de l’opération « Plomb durci », menée entre décembre et janvier. Leurs ordres se résumaient à « dans le doute, tuez ». L’un parle de civils palestiniens utilisés comme bouclier humain.

Plusieurs soldats de l’armée israélienne (Tsahal) ont décidé de témoigner sur la violence de l’opération « Plomb durci« , menée dans la bande de Gaza entre décembre et janvier dernier.
L’ONG israélienne « Breaking the Silence » publie cette semaine les récits de ces militaires qui expliquent que leurs chefs les incitaient à tirer d’abord et distinguer les civils ensuite. La priorité de l’armée était de minimiser ses pertes afin de s’assurer du soutien populaire israélien à l’opération.gazaraid-65a51

« Mieux vaut atteindre un innocent qu’hésiter à viser un ennemi », résume les briefings délivrés pendant l’attaque de 22 jours, rapporte un soldat.
Un autre raconte avoir entendu ses supérieurs parler de civils palestiniens utilisés comme boucliers humains, une pratique déclarée illégale en 2005.

600.000 tonnes de gravats

« Dans le doute, tuez« , rapporte un soldat comme ses instructions. « La puissance de feu était insensée. On arrivait et les explosions étaient hallucinantes. Dès l’instant où on arrivait à nos positions, on commençait à tirer sur tout ce qui était suspect. »
« Nous n’avons pas vu une seule maison intacte (…). Les infrastructures, les chemins, les champs, les routes, tout était en ruines. Les (bulldozers) D-9 avaient tout écrasé« , relate un militaire.

Des rues entières de Gaza ont été rasées pour réduire le risque de tireurs embusqués et de pièges explosifs. Selon les Nations unies, les quelque 600.000 tonnes de gravats commencent à peine à être déblayées.
Des soldats évoquent l’utilisation sans discernement de munitions incendiaires au phosphore blanc dans les rues de Gaza (ce que dément l’armée), des « destructions massives ne répondant à aucune menace directe » et des règles d’engagement « permissives ». Pour priver les combattants du Hamas d’abris, des secteurs entiers, comprenant parfois des jardins et des vergers, ont été rasés par bombardements, tirs d’artillerie, explosifs et bulldozers.

« A la guerre, on fait feu à volonté »

« On ne nous disait pas de tirer sur tout ce qui bouge. Mais la consigne générale était : si vous vous sentez menacés, tirez. Ils n’arrêtaient pas de nous dire que c’était la guerre et qu’à la guerre, on fait feu à volonté », se souvient un soldat.

A l’exception d’un sergent prénommé Amir, l’ensemble des soldats parlent sous couvert d’anonymat, et leurs visages sont floutés dans les témoignages filmés. En effet, l’armée israélienne interdit formellement à ses soldats de parler aux médias.
Dans un communiqué, l’armée israélienne rejette en bloc ces critiques, qu’elle estime « basées sur des on-dit« , mais s’engage à enquêter en cas de plainte formelle pour exactions, tout en assurant que ses soldats ont respecté le droit international durant « des combats complexes et difficiles ».

Plus de 1.000 personnes tuées

L’objectif annoncé de l’opération « Plomb durci » était de mettre fin aux tirs de roquettes des activistes islamistes du Hamas vers le sud d’Israël.

Selon une ONG palestinienne, le bilan des combats côté palestinien s’établit à 1.417 tués, dont 926 civils. L’armée israélienne parle de 1.166 morts dont 295 civils. Côté israélien, dix soldats et trois civils ont péri.
Amnesty International, Human Rights Watch et l’ONU ont accusé à plusieurs reprises l’armée israélienne d’avoir causé des pertes civiles et des destructions injustifiables. L’Etat d’Israël a toujours rejeté ces mises en cause.

Le MRAP dénonce vigoureusement les nouvelles politiques migratoires [MRAP]

Le MRAP dénonce vigoureusement les nouvelles politiques migratoires franco-britanniques et les charters de renvoi des Afghans de Calais

Le 6 juillet dernier, lors d’un sommet franco britannique à Evian, les gouvernements des deux pays ont décidé
– de renforcer les mesures de contrôle de la frontière à Calais,
– de mettre en œuvre « des retours conjoints par voie aérienne, […et…] le retour forcé vers leur pays d’origine mrapd’étrangers en situation irrégulière de nationalité clés »,
– ainsi que « d’agir afin d’éviter les concentrations d’immigrés irréguliers à la frontière commune et ses alentours ».

Les informations en provenance de Calais laissent penser que la destruction des « jungles » serait imminente et qu’elle pourrait être suivie rapidement de charters franco-britanniques, notamment vers l’Afghanistan.

Détruire les « jungles » ne résoudra en rien le problème des exilés, venus en Europe chercher protection. Il ne fera que le déplacer, tant que ne leur sera pas offerte la possibilité de demander l’asile dans des conditions acceptables. Ceci n’est pas actuellement possible, compte tenu du règlement Dublin qui les force à demander l’asile dans le premier pays européen où ils ont été signalés. Pour beaucoup il s’agit de la Grèce dont les pratiques en matière d’asile ont été souvent dénoncées y compris par le HCR et le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. Ceci n’est pas non plus possible pour tous ceux
et ils sont nombreux – arrêtés par la police, ayant reçu un arrêté de reconduite à la frontière et donc placés d’office en procédure prioritaire.

Expulser les Afghans, compte tenu de la situation présente en Afghanistan, signifie pour ces exilés un risque de mort en cas de retour.

Depuis la chute des talibans, il n’y a jamais eu dans ce pays autant de victimes civiles qu’actuellement. Un rapport du Secrétaire Général des Nations Unies indiquait le 23 juin 2009 que plus de 800 civils avaient été tués en 2009, soit 24% de plus que pour la même période de 2008.

Le gouvernement français prendrait une très lourde responsabilité s’il décidait de mettre ainsi en danger la vie des Afghans expulsés de France.

Ces opérations d’éloignement violent plusieurs dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH), à commencer par son article 3 qui interdit d’exposer quiconque à des traitements dégradants et inhumains. Elles sont également contraires à l’article 4 du Protocole 4 de la CEDH, qui affirme clairement que les « expulsions collectives d’étrangers sont interdites ».

Le MRAP condamne fermement
– la destruction des « jungles » tant que les procédures de présentation des demandes d’asile de ces exilés ne pourront se faire dans des conditions acceptables – tout particulièrement par la suppression des dispositions du Règlement Dublin concernant le pays de première entrée dans l’UE – et si des solutions ne sont pas trouvées pour leur fournir des conditions de vies correctes,
– ainsi que l’organisation de charters franco-britanniques qui mettent gravement en danger la vie des exilés.

Paris, 17 juillet 2009

Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples

Le Plan B

leplanb.org

Journal bimestriel de critique des médias et d’enquêtes sociales diffusé en kiosques et librairies.

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IndyMedia Paris

paris.indymedia.org

Nouvelle équipe, nouveau site, nouveau serveur… et toujours ni journalistes professionnel-le-s, ni cindymedia_11ompromis. Publication libre, commentaires et modération a posteriori, histoire qu’apparaisse à l’instant ce qui se passe, ce qu’il faut dire là, maintenant, et qui ne peut attendre. Parce que la confiance est la clef.

Nous espérons ouvrir le site très rapidement… A très bientôt !

imc-paris[a]riseup.net

« Aux banques ils donnent de l’argent, aux jeunes ils offrent… des balles » [Monde Diplomatique]

Un peu partout en Europe, la charnière entre vie étudiante et monde du travail se grippe. Les jeunes Grecs ne distinguent plus le quotidien maussade des petits boulots d’un avenir assombri par la crise. Aveugles à ce malaise social, les pouvoirs publics ont été surpris — et secoués — par la fureur des protestataires. Celle-ci effraie aussi au-delà du Péloponnèse : en France, le ministre de l’éducation Xavier Darcos a différé une « réforme » contestée pour calmer l’agitation étudiante.

Par Valia Kaimaki

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« Bienvenue sur le terrain des luttes sociales. A partir de maintenant, tu dois te protéger toi-même et tu dois également protéger tes luttes. » Voilà ce qu’a répondu le senior de la vie politique grecque, l’octogénaire Leonidas Kyrkos, personnage-clé de la gauche, à la question : « Qu’avez-vous à dire aux jeunes gens qui manifestent actuellement ? »

A la suite du meurtre par un policier, le 6 décembre dernier, d’un jeune homme de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, collégiens, lycéens et étudiants ont envahi les rues de nombreuses villes de Grèce : Athènes, Salonique, Patras, Larissa, Héraklion et La Canée (Crète), Ioannina, Volos, Kozani, Komotini… Ces manifestations spontanées, aux rendez-vous annoncés par SMS ou par courriel, ont donné lieu à l’explosion d’une rage inouïe.

La révolte a pour origine de multiples facteurs, dont la répression policière ne constitue que le plus évident — Alexis n’en est d’ailleurs pas la première victime, seulement la plus jeune. Mais le terreau fertile du soulèvement, c’est, bien sûr, la débâcle économique qui frappe durement le pays avant même que la tempête mondiale ne fasse sentir ses effets. Or s’y ajoute une crise politique profonde, à la fois systémique et morale : provoquée par l’absence de transparence dans l’action des partis et du personnel politiques, elle aboutit à un manque de confiance envers toutes les institutions étatiques.

Les blessures de la dictature
restent ouvertes

Il faut dire que le meurtre d’Alexis n’a rien d’une « bavure » : son nom s’ajoute à la longue liste d’assassinats et d’actes de torture restés impunis, commis contre des manifestants ou des immigrants. En 1985, en effet, un autre jeune de 15 ans, Michalis Kaltezas, fut tué par un policier, que blanchit ensuite un système judiciaire plus troué qu’une passoire. Les forces de l’ordre athéniennes n’agissent pas différemment de leurs homologues d’autres pays d’Europe. Mais, en Grèce, les blessures de la dictature demeurent ouvertes. L’inconscient collectif n’a pas oublié cette nuit de sept années  ; cette société ne pardonne pas aussi facilement que d’autres.

D’où la grande dissemblance avec les événements des banlieues françaises en 2005, qui permirent au futur président Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, de tirer son épingle du jeu en tenant le discours séducteur de « la loi et l’ordre ». Les Grecs, eux, forment un front uni contre la répression, qui fait trembler les fondations du gouvernement de droite. En tête de cette alliance se trouve une génération qui est loin d’être adulte. Et pour cause. La vie quotidienne des lycéens se caractérise par une scolarisation intensive, dont l’objectif numéro un consiste à décrocher une place à l’université. La sélection est sévère ; les jeunes s’y préparent dès l’âge de 12 ans. Puis les heureux élus découvrent la réalité de la vie après la fac : au mieux, un emploi à 700 euros par mois.

La Grèce connaît depuis longtemps cette « génération à 700 euros ». Certains de ses membres se regroupent au sein d’une association dénommée Génération 700, ou G700, qui s’efforce à la fois de faire entendre leur voix et de leur offrir des services juridiques gratuits. Car même ceux qui ont la « chance » de toucher ces 700 euros travaillent avec des contrats de sous-traitance. Le contrat à durée déterminée (CDD) fait ici figure d’exception, puisque, comme en France, il donne droit à la sécurité sociale, au treizième mois, aux indemnités en cas de licenciement, etc. En revanche, les contrats de sous-traitance, fréquents jusque dans les services publics, échappent au droit du travail. Plutôt que de « travail précaire », on parle de « location » de travailleurs.

C’est à cette violence que les jeunes réagissent brutalement. « Les indices d’évaluation de la situation économique et des attentes des citoyens signalent un pessimisme record, observe M. Stratos Fanaras, président-directeur général de l’institut d’études statistiques Metron Analysis. « Les gens sont très déçus et ne croient pas que cela s’améliorera. Et ce indépendamment de leur classe sociale, de leur niveau d’éducation ou de leur sexe. La Fondation des études économiques et industrielles, qui publie un rapport tous les mois depuis 1981, constate également un niveau exceptionnellement bas de l’indice du climat économique. »

Dans cette ambiance morose, les gens ordinaires ne disposent pas des instruments nécessaires pour analyser la situation. La violence policière les arrache à la passivité et définit les camps. D’habitude déboussolés, « ils perçoivent le meurtre comme s’inscrivant clairement dans une logique manichéenne, continue M. Fanaras. Cette tragédie leur permet de distinguer à nouveau le mal du bien et donc de prendre parti ».

Mais cet engagement ne relève pas vraiment de la politique, tant le système ainsi que les partis sont discrédités auprès des jeunes. Trois familles politiques règnent sur la scène grecque depuis les années 1950. Les deux grands partis, la Nouvelle Démocratie (droite) et le Pasok (socialiste), se partagent le pouvoir. Quant au Parti communiste de Grèce (KKE, dit « de l’extérieur »), sa tradition stalinienne  lui interdit d’apparaître comme une force alternative.

Concurrence
pour la suprématie à gauche

Pour sa part, Syriza, coalition des mouvements de la gauche radicale, issus pour l’essentiel du Parti communiste dit « de l’intérieur » créé en 1968, sait mieux communiquer avec les jeunes. D’où son gain de popularité : la formation, qui avait obtenu un modeste 5,04 % aux élections législatives de septembre 2007, jouit de la faveur des sondages, six mois plus tard (13 % d’intentions de vote).

L’élection à la tête de la Coalition de la gauche et du progrès (Synaspismos), sa composante majeure, d’un jeune homme de 33 ans, M. Alexis Tsipras, a largement contribué à cette ascension. Ses prises de position originales sur les problèmes actuels, mais aussi ses « coups médiatiques » (comme le choix d’une jeune immigrante pour l’accompagner à la grande réception du président), semblent susciter la sympathie d’une partie de la jeunesse. Même après sa « normalisation » dans les enquêtes d’opinion, Syriza affiche aujourd’hui 8 %, loin devant un KKE incapable de comprendre ce bouleversement.

Cette concurrence pour la suprématie au sein de la gauche contestataire a poussé les communistes à approuver le gouvernement de la Nouvelle Démocratie et l’Alarme populaire orthodoxe (LAOS, extrême droite ) quand ceux-ci ont dénoncé publiquement Syriza comme « refuge des casseurs ». Il leur fallait un bouc émissaire pour détourner l’opinion du débat sur les vraies causes de la crise. Pour ce qui est du Pasok, il préfère se taire dans l’espoir de revenir plus vite que prévu au pouvoir.

Pots-de-vin, vie de luxe,
népotisme

Une grande responsabilité incombe au gouvernement. Elus pour la première fois en 2004 en promettant d’instaurer la transparence, le premier ministre Costas Caramanlis et son équipe pataugent dans des scandales plus graves encore que ceux de leurs prédécesseurs : pots-de-vin, vie de luxe, népotisme, rien n’y manque. Le dernier en date concerne des ventes illégales de terres nationales aux moines du mont Athos, transactions dont les responsables restent inconnus. Les jeunes ont donc raison de considérer que, dans ce pays ou règne la corruption, nul ne risque d’être puni. Le visage masqué par un foulard ou une cagoule — on les appelle d’ailleurs les « encagoulés » —, les manifestants les plus radicaux — qui « cassent » et incendient — aiment se retrouver place Exarchia, au cœur d’Athènes, là où Alexis a perdu la vie. La police rêve de se venger d’eux, d’autant que ce « Greenwich Village » à la grecque se situe à côté de l’Ecole polytechnique, où la jeunesse livra une bataille décisive contre la dictature en 1973 : les affrontements entre anarchistes et forces de l’ordre y relèvent d’une vieille tradition.anar

Les images diffusées par les télévisions du monde entier montraient surtout les feux allumés par ces groupes. Le spectateur averti aura néanmoins noté des différences notables par rapport au spectacle habituel. D’abord, les foules de « casseurs » étaient beaucoup plus denses qu’auparavant. En outre, elles n’opéraient pas qu’à Athènes, mais aussi dans une pléiade de villes. De surcroît, les violences urbaines ont duré plusieurs jours. Autant dire que, cette fois, une grande masse de jeunes a participé aux violences, dont la plupart n’avaient jusque-là aucun contact avec l’anarchisme. Derrière les barricades érigées un peu partout se trouvaient même des collégiens de 13 ou 14 ans.

Le gouvernement a mis en avant les « encagoulés » pour évoquer une « atteinte à la démocratie ». De quelle démocratie parle-t-on, rétorquent les protestataires ? Indubitablement, collégiens et lycéens ont attaqué des postes de police à coups de pierre. D’autres, c’est vrai, ont participé à la destruction de succursales bancaires. Mais, quelques jours auparavant, ce gouvernement, indifférent à l’enfoncement dans la misère de centaines de milliers de Grecs, avait offert aux banques un joli paquet de 28 milliards d’euros. Ces dernières délèguent pourtant à des sociétés privées de recouvrement le soin de se faire rembourser les petits crédits, insultant, menaçant et confisquant…

Souvent violente, la colère de la jeunesse n’exprime pas une attente politique particulière. Mais peut-il en aller autrement quand les partis eux-mêmes, à l’exception de l’extrême gauche, se font sourds aux exigences du mouvement ? « Ni dialogue ouvert, ni même messages reçus, a fortiori pas de conclusions tirées. Comme s’il s’agissait d’attendre que les jeunes en aient assez de “casser” pour que la révolte prenne fin », remarque l’analyste Fanaras. Pour lui, bien des manifestants risquent de revenir à leur canapé… jusqu’à la prochaine provocation-prétexte. D’autres intégreront la pépinière des groupes violents. « Ce fut déjà le cas après l’assassinat de Kaltezas », confirme l’ex-journaliste Alexandre Yiotis, un ancien anarcho-communiste autrefois actif dans cette mouvance en France, en Espagne et en Grèce. Et d’ajouter : « Ils grossirent notamment les rangs de l’organisation terroriste 17 Novembre Créé en 1975, ce groupe armé d’extrême gauche a revendiqué plusieurs assassinats avant d’être démantelé en 2002 . » Désormais retiré de l’action, Yiotis remarque toutefois que la plupart des drapeaux brandis dans les manifestations mariaient le rouge et le noir.

Dans la propagande étatique relayée par les médias, surtout la télévision, deux éléments frappent. Le premier concerne le rôle des immigrés dans les événements. Il a été dit que le pillage des magasins brûlés était le fait d’immigrants affamés. La télévision a même souligné que, en Asie, c’était « une pratique courante : manifester, casser, voler ». Or les éléments violents se recrutaient avant tout parmi les autochtones, révoltés contre un système politique corrompu. Et, si des Roms ont pris part aux déprédations, c’était surtout pour venger les leurs, victimes oubliées de la répression policière…

Des foules affamées — grecques, pour l’essentiel — se sont livrées à des pillages. « Un phénomène nouveau, observe un étudiant. Avant, dans les manifs, étudiants et syndicats formaient la tête, puis défilaient les partis politiques, Syriza en queue. Après venaient les anarchistes et, quand ça chauffait, ils entraient dans les rangs de Syriza… et tout le monde se faisait tabasser. Maintenant, après les anarchistes, arrive un nouveau bloc : celui des affamés. Immigrés, drogués, désespérés, ils savent que, dans les manifs, il y a de la bouffe. »

Seconde invention du pouvoir et des médias : des « citoyens en colère » se seraient organisés pour défendre la loi et repousser les casseurs. Au contraire : ils ont tenté de chasser… les policiers ! Des petits commerçants leur hurlaient de s’en aller, tandis que des passants se jetaient sur eux pour libérer les collégiens arrêtés. Prenant conscience qu’il n’était pas possible de garder les enfants à la maison, parents et grands-parents sont descendus avec eux dans la rue pour les protéger. Un monde à l’envers…

« Avec la crise,
il y aura matière à nourrir le feu »

Ce mouvement s’inscrira-t-il dans la durée ? « Etant donné que la crise économique mondiale arrivera bientôt chez nous, qu’une grande partie de la jeunesse restera marginalisée, que la situation de l’éducation ne s’améliorera pas demain matin, qu’on ne verra pas bientôt la fin de la corruption politique, il y aura matière à nourrir le feu », souligne le journaliste et analyste politique Dimitris Tsiodras.cops877

Déjà, il ne s’agit plus seulement de la Grèce. Le mouvement a réussi à « s’exporter » — ou plus simplement à converger avec d’autres. Pour une bonne raison : que cette génération soit la première, depuis la seconde guerre mondiale, à ne pas espérer vivre mieux que ses parents ne constitue pas, loin de là, un phénomène exclusivement grec.

Fréquence Paris Plurielle

www.rfpp.net

En 1981, la fin du monopole de l’Etat sur l’audiovisuel, en libérant les ondes, a donné naissance à une floraison de radios libres, dont environ six cents continuent d’émettre aujourd’hui. Le 5 septembre 1992, Fréquence Paris Plurielle (FPP) s’est lancée dans l’aventure, d’abord à la Plaine-Saint-Denis,fpplogosmall1 dans la banlieue nord de Paris, puis dans le quartier de Stalingrad, à Paris.

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte, engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Indépendante des partis politiques et religieux et refusant toute publicité, elle n’est pas soumise aux impératifs marchands et aux taux d’écoute. Elle est une radio généraliste, qui émet 24h sur 24. Fréquence Paris Plurielle est membre de la Fradif (Fédération des radios associatives d’Ile-de-France).

FPP compte une centaine d’émissions assurées par 250 animatrices, animateurs et technicien-ne-s bénévoles, militants, membres d’associations : émissions politiques, sociales et de solidarité internationale (santé, sans-papiers, logement, chômage, écologie, féminisme, tiers-monde, handicap, prisons), émissions de 14 communautés immigrées en bilingue (Maghreb, Afrique, Turquie, Caraïbe, Madagascar, Comores, Amérique latine, Iran, Kanaks, Kurdes, Soninkés), émissions culturelles (cinéma, théâtre, littérature, histoire, danse, philosophie) et émissions musicales (rap, rock, jazz, électro, reggae, opéra, house, groove, musiques du monde, funk, soul, jazz, rumba, musique antillaise, brésilienne, latino, africaine).

Radio libre, FPP s’attache à une critique en acte des médias : la grille de l’antenne privilégie les formats longs, où l’on prend le temps de dialoguer et de développer des idées ou des créations musicales et sonores. Les émissions sont produites et réalisées par des non-professionnel-le-s : la rue a la parole, avec les accents multiples, les tons, les savoirs, les analyses et les inventions dont elle est riche.banderolle5

Des tirs de flashball, l’œil perdu de Joachim et les sources de l’AFP [Acrimed]

Vendredi 10 juillet à 15h01, une dépêche de l’AFP titre : « Un jeune squatter perd un œil après un affrontement avec la police ».

De sources concordantes, mais principalement policières.

« Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squatt évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. »

Quelles sont ces « sources concordantes », dont les informations concordent si  peu avec la vérité ? Joachim Gatti a 34 ans ; il ne faisait pas partie des squatters et s’il a perdu un œil, ce n’est pas – vaguement dit – « après un affrontement avec la police », mais parce qu’il a été victime d’un tir de flashball.

Que s’est-il passé ? Selon l’AFP : « Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. » En clair, les sources policières concordent avec les sources policières…

D’ailleurs, poursuit la dépêche de l’AFP : « « Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball », a déclaré vendredi la préfecture à l’AFP. ». Puisque la préfecture ose le dire !

Suivent alors des informations de source municipale, dont celle-ci : « D’après la mairie, Joachim Gatti fait partie du mouvement autonome – un réseau militant d’extrême-gauche – qui dénonce notamment la cherté des loyers à Paris et dans certaines banlieues parisiennes. » En quoi, même si elles sont de source municipale, ces indications que le vocabulaire employé suffisent à rendre tendancieuses, expliquent-t-elle ce qui s’est passé ?

De sources discordantes, mais beaucoup plus crédibles

Problème : la plupart des « informations » livrées par cette dépêche sont contestées par des sources … discordantes, mais beaucoup plus crédibles, comme la lettre ouverte de Stéphane Gatti – le père de Joachim – que nous reproduisons ci-dessous.

Lettre ouverte de Stéphane Gatti sur les circonstances dans lesquelles Joachim Gatti a perdu un œil

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un “centro sociale” à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L’évacuation s’est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’une heure. En traversant le marché le matin, j’avais remarqué leurs airs affairés et diligents.

Ceux qui s’étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l’expulsion d’organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.

Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d’être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l’espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d’Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les images font école. J’ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c’était le dernier jour dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l’arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L’appel des Appels, des lectures, des présentations de livres… Ce jour-là, on fermait l’exposition avec une pièce d’Armand Gatti « L’homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d’un militant chinois s’y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades…

C’était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D’un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher… ils sont repartis. On m’a appelé. Joachim est à l’hôpital à l’hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n’avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang qui s’écoulait lentement comme s’il était devenu poreux. Dans un coin, l’interne de service m’a dit qu’il y avait peu de chance qu’il retrouve l’usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je l’apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée…

Entre ces deux moments ; celui où je l’ai quitté à la fête aux gnocchi et l’hôtel Dieu que s’était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.

A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers. J’ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l’impact je suis tombé au sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et m’ont soutenu jusqu’à ce que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.

Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le communiqué de l’AFP.

Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l’œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’avait toutefois pas donné de précision sur l’état de gravité de la blessure.”Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball”, a déclaré vendredi la préfecture à l’AFP.

La police tire sur l’image d’un jeune de 20 ans qui essayent de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c’est le premier scandale.

Faut-il rétablir la vérité sur l’identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s’il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?etat-tire-ds-le-tas

Joachim n’a pas 20 ans mais 34 ans. Il n’habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique Il est cameraman Il fabrique des expositions et réalise des films. Le premier film qu’il a réalisé s’appelle « Magume ». Il l’a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd’hui, il participe à la réalisation d’un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit :

Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti

Question : jusques à quand l’AFP continuera-t-elle à diffuser des informations policières avant de les vérifier ?

***

PS : L’AFP persiste…

À la suite de la manifestation qui s’est tenue à Montreuil le lundi 13 juillet au soir, en soutien à Joachim Gatti et pour dénoncer les violences policières, l’AFP a récidivé en citant de nouveau la mairie de Montreuil (qui donc, à la mairie ?) pour qui « la victime, Joachim Gatti, fait partie du mouvement autonome qui dénonce notamment la cherté des loyers à Paris et dans certaines banlieues parisiennes ». Et l’AFP de fantasmer sur « les jeunes gens, qui scandaient des slogans hostiles aux forces de l’ordre, dont de nombreux semblaient proches des milieux autonomes ou de l’ultra-gauche ».

« Semblaient » ? Mais encore ? Est-ce que l’AFP voudrait suggérer que ces nombreux jeunes sont des proches de Julien Coupat et ses amis, qualifiés de la même manière par Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur ? À quoi joue l’AFP en privilégiant à ce point les sources policières et la parole des autorités administratives alors que les témoins ne manquent pas et que les victimes et leurs proches ne font aucune difficulté pour donner leur point de vue ? C’est d’ailleurs à la suite de leurs protestations que l’AFP a finalement contacté le père de Joachim Gatti.

Plus grave encore : l’AFP ose écrire, dans cette dépêche, que les manifestants « protestaient contre l’expulsion mercredi de plusieurs squatters qui occupaient une ancienne clinique, au cours de laquelle un jeune homme affirme avoir perdu un œil , à la suite d’un tir de flash-ball par les policiers ». Une simple opinion, en quelque sorte ! Joaquim Gatti ayant pu sortir de l’hôpital pour participer à la manifestation, l’occasion était pourtant donnée au journaliste de l’AFP de (pour une fois !) vérifier l’information et croiser les sources avant d’écrire… n’importe quoi.

Après avoir souligné la responsabilité de L’AFP dans la divulgation d’infos plus que douteuses, il faut tout de même s’interroger sur la propension de nombreux journaux à reproduire ces dépêches instantanément, sans aucun recul, sans changer une seule virgule, quelle que soit leur cohérence. C’est le cas ici du Monde, de La Croix, de RTL, de l’Express et de TV5.

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Hélène Roux : « Un affrontement Nord-Sud se joue sur le dos du Honduras » [Article 11]

C’était le dimanche 28 juin, 200 soldats encerclant le domicile du président du Honduras avant de l’arrêter. Le prétexte ? Une prétendue « illégalité » de la consultation populaire que Manuel Zelaya organisait le jour-même et qui, en cas de succès, ouvrait la voie à un référendum sur une éventuelle convocation de l’Assemblée constituante. La vraie raison ? La crispation de l’oligarchie hondurienne, excédée par le virage progressiste du président – pourtant issu du Parti Libéral – et très soucieuse que le bipartisme régentant la vie politique hondurienne ne soit pas menacé.
Nommé président par intérim, le politicien Roberto Micheletti décrète immédiatement un couvre-feu. Et envoie la troupe contre les manifestants qui se mobilisent, notamment lors de la journée du 1er juillet – 276 blessés parmi les protestataires – et du 2 juillet – 20 000 manifestants dans la rue. La répression et les arrestations se poursuivent toute la semaine, culminant le dimanche 5 juillet quand la troupe tire sur des manifestants pro-Zelaya en route pour l’aéroport (où ils espéraient voir atterrir le président renversé) et fait au moins trois morts.
Près de deux semaines après le coup d’État, le couvre-feu est toujours en place et la pression des militaires ne se relâche pas. Les arrestations se poursuivent et nombre d’opposants et de membres des mouvements sociaux sont contraints de se cacher pour ne pas tomber aux mains des forces armées. Roberto Micheletti campe sur ses positions tandis qu’à l’extérieur du pays, les négociations internationales se poursuivent.

Voilà – façon très bref résumé – ce qu’on sait de la situation actuelle au Honduras. Entre le désintérêt des médias et leur façon très parcellaire – voire politiquement orientée – de traiter le sujet, entre les analyses idéologiquement marquées – d’un côté comme de l’autre – et trop simplistes parce que basées sur des considérations datées, il est finalement difficile de savoir à quoi s’en tenir exactement. C’est pour cela que l’intervention d’Hélène Roux, journaliste qui a passé près de 15 ans au Nicaragua et au Honduras – travaillant notamment pour la revue alternative Apia – et fine connaisseuse de l’Amérique Centrale, est si précieuse. Celle qui a participé à l’ouvrage collectif Le volcan latino-américain et termine actuellement une thèse sur « le processus de contre réforme (reconcentration) agraire au Nicaragua, comme instrument de reconquête du pouvoir » – « Il s’agit de montrer comment la possession de la terre, influe et conditionne les relations de pouvoir et à partir de là, tenter de comprendre de quelle manière cela a une incidence sur les choix en matière de politiques de développement », explique -telle – nous a très gentiment accordé une longue interview, histoire qu’on sache un peu mieux à quoi s’en tenir. L’occasion de mettre à mal quelques fantasmes et de replacer les choses dans un contexte (chargé). Entretien.

Est-ce que le coup d’État était prévisible ?

Prévisible, c’est beaucoup dire. Mais il y a eu des alertes quelques jours avant le coup d’État, émanant des mouvements sociaux inquiets de la tournure que prenait la polémique déclenchée par l’initiative de la consultation. Polémique ayant débuté il y a quelques mois, quand le président Manuel Zelaya avait annoncé une consultation sur une éventuelle convocation de l’Assemblée constituante.

Il faut bien comprendre tout ce que ce débat a d’artificiel. La consultation du 28 juin ne portait que sur la possibilité, ou non, de déposer une quatrième urne lors des élections législatives prévues pour novembre : il ne s’agissait donc que d’une consultation sur une future consultation. Mais cela a été complètement travesti par les médias, ici comme au Honduras, qui ont tous affirmé en chœur que Manuel Zelaya jouait sa réélection.


Ce qui n’est pas du tout le cas ?

C’est possible que Manuel Zelaya (photo ci-dessus) ait eu cela en tête. Mais l’enjeu de la consultation allait bien au-delà son éventuelle réélection : pour les mouvements sociaux et populaires, l’éventuelle convocation d’une Assemblée constituante était une très jolie occasion de remettre en cause le bipartisme – le Parti National et le Parti Libéral contrôlent toute la vie politique et constituent une véritable oligarchie politique – qui empoisonne le Honduras. Ces mouvements avaient enfin une possibilité d’entrer en lice et d’obtenir cette participation qu’ils n’ont jamais eu.

En raison de l’histoire politique du Honduras ?

Évidemment. Il ne faut pas oublier que des régimes militaires ont régné au Honduras jusqu’en 1982. Et que le climat politique est resté extrêmement dur jusqu’au début des années 90, avec une politique de sécurité nationale, d’assujettissement de toute la société à la censure militaire et à la lutte anti-subversive.

Rappelons aussi que dans les années 1970-90, soit pendant toute la durée des conflits en Amérique Centrale, le pays avait été la base arrière des États-Unis dans la zone. Ce qu’illustre parfaitement le rôle déterminant joué par John Negroponte, ambassadeur américain au Honduras de 1981 à 85, homme d’influence dans toutes les guerres de l’Amérique Centrale et tête de pont de l’Irangate . C’est par le Honduras que transitaient les armes. L’influence américaine sur ce pays était donc énorme, spécifiquement dans l’armée. Un grand nombre d’anciens présidents du Honduras ont d’ailleurs fait leurs études au États-Unis.

Cette influence américaine est toujours déterminante ?

Plus de la même façon. Si le Honduras a été longtemps l’arrière-cour des États-Unis, les choses ont évolué au cours des années 90, et particulièrement avec l’ouragan Mitch de 1998 : l’Union européenne s’est alors imposée comme le principal bailleur de fonds d’une partie des pays d’Amérique centrale.
Aujourd’hui, le Honduras est l’un des pays de la zone qui reçoit le plus de subsides de l’Union européenne. Cette dernière y mène des programmes importants, notamment en ce qui concerne les réserves naturelles, le réseau d’adduction d’eau, la réduction de la pauvreté et les réformes institutionnelles. L’Union européenne occupe désormais une partie de la place.

Quel intérêt a t-elle à y investir ?

Elle veut se positionner en Amérique Centrale, et positionner ses entreprises, en vue d’atteindre le marché nord-américain. D’abord en développant le marché régional, puis en travaillant sur l’interconnexion et en remontant vers le Nord. Ce qui fonctionne : nombre d’entreprises européennes, surtout espagnoles, sont en très bonne position sur place. Notamment dans le secteur de l’énergie et de la finance : la banque Santander est – si je ne m’abuse – leader en Amérique latine, BBVA occupe également une bonne place.

L’Union européenne n’est pas la seule sur le coup, non ?

En effet. Le programme Meso-Amérique (Mesoamérica en espagnol), qui émane indirectement  des États-Unis, prévoit la mise en place de tout un ensemble d’infrastructures allant du Mexique au Panama et à la Colombie. C’est un programme qui comprend la création d’infrastructures de transport et la réalisation de l’intégration énergétique sur cette zone.
Surtout, les États-unis et l’Amérique Centrale sont liés par le DR CAFTA, un traité de libre-échange qui a commencé à être discuté après l’échec des négociations concernant la ZLEA (Zone de libre échange des Amériques, soit le grand projet de l’administration Bush).

Et tout ça est important pour saisir les ressorts du coup d’État ?

C’est au moins essentiel pour comprendre pourquoi ce coup d’État emmerde tellement, en réalité, les États-Unis et l’Union européenne. Côté américain, c’est même, à mon avis, le pire scénario imaginable : le Honduras est une pièce-clef du plan Meso-Amérique, notamment parce que c’est le seul pays ayant à la fois un port digne de ce nom sur l’Atlantique (Puerto Cortés), avec des produits partant directement pour La Nouvelle Orléans, et une bonne intégration au Pacifique, à travers les infrastructures routières (via le Salvador notamment). Aucun des autres pays d’Amérique Centrale n’a cette connexion privilégiée.
En clair : le coup d’État ne peut pas être une bonne chose pour les États-Unis. Surtout si le gouvernement de facto du Honduras n’était pas reconnu par la communauté internationale et qu’il y a des sanctions prises contre lui. Et dans l’état actuel des choses, il ne peut pas être reconnu…

Mais on a beaucoup entendu parler du rôle supposé des États-Unis de ce qu’il vient de se passer…

C’est une explication un peu simpliste, en tout cas incomplète. Bien entendu, les États-Unis ont un passé plus que trouble dans la zone. Bien entendu aussi, ils ont été mouillés dans la tentative d’attentat contre Chavez, en 2002. Mais en l’état actuel des choses et vu l’image que souhaite se donner l’administration Obama, ils ne peuvent pas se permettre de jouer à ce petit jeu au Honduras. Simplement parce que la configuration a énormément changé en quelques années.

Attention : ça ne veut pas dire que les États-Unis ne souhaitaient pas se débarrasser de Manuel Zelaya. Au contraire, même. Mais pas de cette façon : dans un article du New-York Times paru le 30 juin, « In a Coup in Honduras, Ghosts of Past U.S. Policies« , un fonctionnaire américain a expliqué qu’il existait bien un plan pour faire décamper Zelaya. Il s’agissait de l’attaquer sur le plan juridique, en lui collant une affaire de corruption sur le dos.
Ça avait peut-être même déjà commencé : Otto Reich, ancien secrétaire d’État adjoint chargé de l’hémisphère occidental du gouvernement Bush, homme auparavant mêlé à l’affaire Irangate et aujourd’hui reconverti en consultant privé, a lancé récemment des accusations contre Manuel Zelaya et contre des membres de son gouvernement, leur reprochant d’avoir accepté des pots de vin pour qu’une entreprise de communication obtienne des concessions au Honduras. Une accusation qui prend également son sens quand on sait que les concessions de télécommunication étaient il y a quelques années gérées par l’armée.

Bref, les États-Unis songeaient bien à coincer Zelaya. Mais plutôt en montant un procès contre lui et en tablant sur leurs alliés locaux, qui contrôlent la Cour Suprême de Justice du Honduras. Pas de chance : les gorilles de l’armée ont tout foutu par terre… Eux, ainsi qu’une classe politique hondurienne si effrayée par le projet de constituante qu’elle a suivi les premiers barbouzes venus. Cette élite avait une telle mainmise sur le pays qu’elle n’a pu supporter de voir remise en cause une parcelle de son influence. Pour elle, il y avait le feu à la baraque…

Le scénario américain de la mise en accusation de Zelaya aurait pu fonctionner ?

Je pense que oui. Et c’était le seul scénario crédible, pour les Américains. Il ne faut pas oublier que le rapport de force est désormais défavorable aux États-Unis en Amérique Latine, qu’ils n’ont plus les moyens de faire pression comme avant et d’imposer leur volonté. Alors qu’ils faisaient la pluie et le beau temps jusqu’au début des années 2000, leur influence s’est très fortement étiolée. À l’Organisation des États américains (OEA), instance politique regroupant tous les pays d’Amérique, ils n’ont plus que le Mexique et la Colombie comme alliés inconditionnels – ainsi que le Canada – , quand ils ne comptaient que des soutiens et un président à leur botte il y a une dizaine d’années. Illustration parfaite de cette évolution, l’OEA vient de réintégrer Cuba.

Et que faites-vous des documents prouvant que les putchistes honduriens sont passés par la School of the Americas, une annexe du Pentagone formant à la contre-insurrection ?

Justement, ça ne prouve rien : tous les militaires de haut-rang du Honduras sont passés par la School of the Americas. Mieux : la majorité des militaires d’Amérique Latine – et en particulier ceux qui ont joué un rôle dans les nombreux coups tordus qui ont ponctué l’histoire du sous-continent – y sont passés… Je veux bien qu’on revienne toujours au plan Condor, mais ce n’est pas forcément la meilleure grille d’analyse…
Le fait que les dignitaires de l’armée hondurienne soient passés par cette école ne démontre pas que les États-Unis soient derrière le coup d’État, mais juste que la leçon a été bien apprise.

Maintenant, je veux bien faire une spéculation : il est possible que certains secteurs particulièrement conservateurs de l’administration américaine soient en train de faire un enfant dans le dos à Obama en soutenant le coup d’État. Là oui. Mais supposer l’implication de l’appareil d’État dans son entier n’est pas très crédible.

Ça renvoie à autre chose, finalement. Soit à l’impression que tout ce qu’on peut lire dans nos médias sur la situation au Honduras, dans un sens ou dans l’autre, est parcellaire et au moins partiellement faux…

Oui. Ça s’explique d’abord par le fait que très peu de gens connaissent le Honduras. Personnellement, je n’ai rencontré que trois journalistes qui s’y soient rendus. Et l’un des seuls spécialistes français de la question, qui était mon directeur de thèse, est décédé l’an passé . Conséquence : il y a très peu de gens qui sont capables de cadrer un peu le sujet, de se montrer pédagogiques.

De façon générale, les médias français ne s’intéressent pas au Honduras, ils n’y connaissent rien et, même s’ils voulaient s’y intéresser, ils n’en auraient pas le temps. S’y ajoute le retour d’une logique d’affrontement de blocs par Amérique Centrale interposée : c’est ainsi qu’on peut lire dans Le Monde la reprise d’un article de La Prensa, un quotidien conservateur du Nicaragua, prétendant qu’il faut voir dans le renversement hondurien un coup d’État « d’un genre nouveau », commis pour rétablir la démocratie. Scandaleux !

Le Monde est habitué à raconter n’importe quoi sur l’Amérique Latine…

C’est clair qu’il a toujours été nul sur la question et que ses correspondants en Amérique Latine ont toujours été particulièrement vénimeux. Bertrand de la Grange a raconté n’importe quoi pendant des années, Paulo A. Paranaguá a apparemment pris le relais. Ce dernier a produit des articles sur Chavez vraiment lamentables, de la pure désinformation ; il a fait de même récemment avec la Bolivie en présentant Ruben Costas, le préfet raciste de la province de Santa Cruz comme un brave type. L’Amérique Latine a toujours été traitée sous forme de caricature dans les colonnes de ce journal… Comment s’en étonner : j’ai vu des journalistes du Monde y partir qui ne parlaient même pas espagnol…
C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fini par me réorienter vers la recherche, même si je continue d’écrire des articles pour la presse alternative et aussi parfois pour certaines publications latino-américaines : je me suis rendue compte que je ne pourrais jamais pratiquer le journalisme que je souhaitais. Une amie avait une bonne formule pour cela, elle disait qu’on me demandait toujours une caricature quand je voulais faire de la peinture à l’huile.

Au rayon médias, toujours : qu’est-ce que vous inspire la comparaison des traitements médiatiques sur la crise en Iran et sur le coup d’Étatdu Honduras ?

Il y a sans doute un point commun, l’absence totale de vérification des informations et la superficialité de ce traitement. Pour le reste, c’est clair qu’on est dans un rapport de un à mille en terme de couverture…
Ce qui m’a paru le plus choquant, finalement, c’est la façon dont les médias ont pris pour argent comptant l’idée qu’il y avait une fraude électorale en Iran – laquelle est probable mais pas avérée – et la façon dont les mêmes ont pris pour argent comptant l’idée que le coup d’État au Honduras faisait avancer la démocratie et était légitime.
Peut être qu’en cette période estivale, les rédactions n’ont personne qui parle espagnol… En revanche, force est de constater que le farsi est apparemment une langue très courue dans les médias (surtout audiovisuels).

Chavez et Zelaya

Vous parliez un peu plus haut du retour d’une logique de blocs : de quoi s’agit-il ?

Dans les années 80, les États-Unis et l’URSS se sont notamment affrontés sur le dos du Nicaragua. Et de façon général, tous les conflits qui ont touché l’Amérique Centrale à cette époque étaient une expression de la Guerre froide.
Là, c’est la même chose : un affrontement Nord-Sud se joue sur le dos du Honduras, ce qui explique en partie les analyses simplistes sur le rôle américain. Le coup d’État et surtout son traitement médiatique ont été l’expression du conflit opposant le Vénézuela et les États-Unis, les deux faisant monter la sauce. Quand Hugo Chavez se rend, juste après le coup d’État, au Nicaragua pour y faire un discours martial et évoquer une intervention militaire, il joue avec le feu en raison du contentieux existant entre le Honduras et le Nicaragua. C’est dévastateur comme déclaration, à cause du passif historique, des dix ans de guerre que les gens au Nicaragua n’ont pas oublié. D’ailleurs Daniel Ortega, président du Nicaragua, se rappelle, lui, que c’est la guerre qui a fait perdre les élections aux Sandinistes en 1990. Et c’est aussi pourquoi, lorsque le 5 juillet Micheletti a commencé sa conférence de presse en accusant le Nicaragua (et le Venezuela) d’être sur le point d’envoyer des groupes armés au Honduras (ou de les avoir déjà envoyés), Ortega a immédiatement démenti. De façon d’autant plus crédible que l’éventualité d’une « intervention » de l’armée nicaraguayenne au Honduras, ou ailleurs, est un scénario totalement invraisemblable…

Finalement, l’analyse la plus juste est celle qui fait une large part à la lutte des classes…

D’une certaine façon, oui. Le coup d’État s’explique essentiellement par la réaction d’oligarchies locales – nourries et appuyées militairement, économiquement et financièrement par les États-Unis pendant des siècles – qui n’acceptent pas de perdre du terrain et de voir rognés leurs privilèges. A l’image de la réaction de l’oligarchie bolivienne blanche s’accrochant et prenant des initiatives désespérées pour tenter de contrer les réformes de Morales.

Comment réagit la société civile ?

Du côté des mouvements sociaux, l’opposition est unanime. Les coups d’État, ils ont déjà donné, ils savent très bien ce que cela veut dire… Mais il y a aussi des secteurs de la société – y compris populaire – qui sont pour le renversement de Zelaya, de la même façon qu’ici il y a eu des gens pour voter Sarkozy. Il ne faut pas oublier que les Honduriens ont été littéralement gavés d’anti-communisme et d’anti-subversion pendant des années et des années. De ce côté-là, on peut clairement parler d’influence des États-Unis : le lavage de cerveau a très bien fonctionné.
Il faut aussi souligner que les auteurs du coup d’État ont le soutien de la presse : les propriétaires des trois grands quotidiens du Honduras ont été des propagateurs actifs du renversement. Et il en est de même pour les télévisions privées.
Enfin, il y a des pressions patronales – notamment de la part des patrons des industries maquiladoras du Nord – pour obliger leurs salariés à participer aux manifestations pro-coup d’État. Au Honduras – et en général en Amérique latine – c’est un procédé assez courant. Il y a même un mot pour ça dans certaines régions : « acarreado ». Ce sont les gens amenés en véhicules (ou payés) pour faire faire la claque dans des manifestations politiques ou électorales.

Justement : quelle attitude adoptent les patrons ?

C’est peut-être en train d’évoluer. Mercredi, une radio du Honduras a fait état de l’engagement à maintenir les prix des représentants de la corporation des patrons. C’est une façon de dire aux habitants de ce pays très pauvre : ne vous inquiétez pas. Mais c’est surtout le signe que ces patrons commencent sérieusement à prendre peur, à être effrayés. D’autant plus que les États-Unis ont commencé à retirer les visas à certains : là, c’est la Berezina pour eux…

D’ailleurs, alors que les Honduriens attendaient le retour de Zelaya dimanche, une radio a révélé qu’un certain nombre de chefs d’entreprise – parmi les plus gros du pays, avec entre autres l’ancien président Carlos Flores Facussé – étaient en train de tenter de négocier une sortie de crise à Wahington. Le pouvoir économique est déjà en train de tourner casaque, et si cette tendance se confirme et s’accentue, le président remplaçant, Roberto Micheletti, n’aurait plus avec lui que les militaires et un certain nombre de politiciens ultra-conservateurs. C’est en tout cas ce qu’une radio du Honduras, qui tente de rester indépendante, répercutait dimanche dernier, le 5 juillet.

Vous pensez que la situation peut évoluer favorablement ?

C’est possible, mais c’est difficile à dire. Je crois que tout va se jouer dans la conjugaison des pressions sociales – elles ne sont pas négligeables, les gens résistent vraiment (par exemple, les enseignants refusent massivement de reprendre les cours) même si ça ne suffira probablement pas à renverser la situation – et des pressions du grand capital hondurien, ainsi que dans les garanties que les putchistes pourront arracher au cours des tractations internationales pour obtenir l’impunité en cas de retour en arrière. Dans tous les cas, l’armée pèsera aussi dans les négociations.
Pour finir, ce qui vient de se passer – le coup d’État, la répression et les arrestations – a sans doute cristallisé un réveil des mouvements sociaux au Honduras. Quelle que soit l’issue de la crise, rien ne sera plus pareil.

Terrorisme et pains au chocolat [PlanB]

Des victimes, un coupable, du suspens  : les « séquestrations » de patrons ont enchanté les médias. On en recense moins d’une douzaine  ? Aucune importance. Leur mise en scène permet de cacher la violence économique ordinaire derrière un faux débat sur la violence ouvrière.

Le 31 mars, le Parti de la presse et de l’argent (PPA) déplorait un nouveau cas de « séquestration ». Après les dirigeants de Sony, 3M Santé et FCI, premiers martyrs de la « radicalisation des luttes », c’était au tour de François-Henri Pinault, PDG du groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), de se faire chahuter par son personnel, qu’il venait de gratifier d’un plan d’économies de 1 200 licenciements. La troisième fortune de France est retenue une heure dans son taxi sur un parking du XVe arrondissement de Paris, pendant que ses employés scandent « Pinault, sale escroc, la crise elle a bon dos ». Non loin de là, son attaché de presse, Bernard-Henri Lévy, affûte déjà son plumeau pour faire barrage à la « chasse aux patrons ».

Septembre noir à Grenoble

« Il n’y a qu’un pas entre les séquestrations sages d’aujourd’hui […] et le passage à la “vraie” violence, braille l’hyper-philosophe dans Le Point, propriété de Pinault. Puissent-ils [ceux qui refusent de condamner les séquestrations] méditer l’aventure d’une génération qui […] sut comprendre – juste à temps – l’irrésistible enchaînement qui mène de la “compréhension” pour les formes sauvages de la colère sociale à la célébration, étape par étape, de la délation, de la terreur dans les mots et, un jour, à Munich, du passage à l’acte et au sang » (Le Point, 16.4.09). Une allusion à la prise d’otages perpétrée à Munich en septembre 1972 par le groupe palestinien Septembre noir, qui s’était soldée par la mort de 11 athlètes israéliens. Les salariés qui bousculent leurs patrons ont-ils conscience de l’héritage atroce qu’ils perpétuent  ?

Le Plan B a voulu interpeller à ce sujet Alexis Mazza, délégué CGT de Caterpillar à Grenoble. Au soir du 31 mars, après l’annonce de la suppression de 733 emplois, les ouvriers de l’usine ont invité quatre de leurs dirigeants (dont le patron de Caterpillar-France) à dormir dans leur bureau afin que la nuit leur porte conseil, avant de les relâcher au matin avec des pains au chocolat [1]. Nous interceptons Alexis Mazza dans l’enceinte de la Maison de la culture, où il espère une entrevue avec son patron confédéral, Bernard Thibault. Lequel préférera annuler sa visite, sans doute accaparé par les commandes de merguez pour sa prochaine « journée d’action » bimestrielle [2]. La comparaison béachélienne avec Munich arrache à Mazza un soupir de lassitude. « Ces gens-là ont-ils connaissance du monde du travail  ? Est-ce qu’ils savent que, tout au long de l’année, la plupart de nos directeurs des ressources humaines harcèlent moralement et même sexuellement certains de leurs salariés  ? Connaissent-ils les risques psycho-sociaux qui existent dans les entreprises  ? Il y a des salariés qui ont failli se suicider à cause de ces dirigeants qu’on a légèrement retenus. Cette violence-là, est-ce que les philosophes en parlent  ? »

Journaliste aux Échos, Gabrielle Serraz a examiné de près la « violence inédite du conflit Caterpillar ». Ses révélations font froid dans le dos  : « […] sur fond de musique rap, d’insultes, de crachats, de vexations », une bande de « “gros bras” devenus incontrôlables » ont « paralysé les négociations » et terrorisé les délégués syndicaux plus conciliants envers la direction, qui auraient « même demandé à être protégés jour et nuit par des gardes du corps ». Ces lumpen-grévistes, « issus pour la plupart des programmes d’intégration sociale, récemment sortis de prison pour certains, ont pour seule stratégie l’augmentation de la “prime à la valise” », suffoque la journaliste (Les Échos, 26.5.09). Alexis Mazza se reconnaît dans ce portrait. Ouvrier depuis treize ans à l’usine de Grenoble, il ne sort pas de prison mais fait partie des 19 « gros bras » assignés par le TGI de Grenoble pour – appellation piquante s’agissant d’une grève déclenchée par 733 licenciements – « entrave à la liberté du travail ». « Une grande première en France, note-t-il. J’ai été dénoncé par des collègues, probablement des cadres, en raison de ma réputation. Ça fait trois semaines que je n’ai pas touché de salaire et je ne sais pas comment je vais pouvoir nourrir mes filles. » La journaliste des Échos le concède  : les « Cater » ont « réalisé des prouesses en termes de productivité » et se sont pliés à maintes reprises aux desiderata de la direction. Au point que les actionnaires ont vu leurs dividendes tripler en cinq ans tandis que les bénéfices du groupe crevaient le plafond (3,86 milliards d’euros en 2008), un détail que Gabrielle Serraz omet de signaler dans son « reportage ». Il est vrai que les rentiers qui pompent les profits de l’usine grenobloise n’écoutent pas tellement de musique rap.

La sauvagerie des ouvriers français ne passe pas non plus inaperçue de l’autre côté de l’Atlantique. Le 23 mars, alors que le patron français de 3M Santé ayant son siège dans le Minnesota, Luc Rousselet, déguste les croissants que lui ont apportés ses employés après trente-six heures de rétention dans son bureau, l’angoisse enfle dans les rédactions américaines. 3M Santé ayant son siège dans le Minnesota, la grève déclenchée à Pithiviers pour s’opposer au licenciement de 110 salariés n’est-elle pas assimilable à un acte de terrorisme contre les États-Unis  ? Sur le site d’informations ABC.com, un confrère installé à Paris témoigne  : « Lorsque des travailleurs sont mécontents dans la France révolutionnaire, les lois de la République sont suspendues. […] Ils peuvent kidnapper ou faire tout ce qu’ils veulent, la police n’interviendra pas parce qu’il est admis que les travailleurs ont tous les droits. Cela explique pourquoi ils peuvent tout à fait retenir quelqu’un en otage, alors que, dans n’importe quel autre endroit du monde, cela serait considéré comme un acte terroriste » (ABC.com, 25.3.09).

Cet observateur des réalités françaises n’est pas un inconnu du Plan B : il s’agit du journaliste américain Ted Stanger, essayiste à succès, chroniqueur sur RTL et pilier assidu des débats télévisés sur France 2. Qu’attend Barack Obama pour inscrire la France sur la liste noire des États voyous qui encouragent le terrorisme  ? Le Plan B se dépêche d’interroger l’expert. La dernière fois, il nous avait raccroché au nez [3]. Cette fois-ci, se méprenant sur notre identité, le « plus français des Américains » (selon son éditeur, Michalon) accepte d’approfondir son analyse. Oui, dit-il, « les séquestrations, c’est synonyme de terrorisme. Or la politique de Washington consiste à boycotter les États voyous qui pratiquent ce genre d’exercice  ! [sic] Donc on voit un très vieil allié qui pratique sur son sol le terrorisme. Ça inquiète beaucoup  ! »

L’Otan libère Pithiviers

Quand on lui rappelle que 3M est la seule société américaine – avec Colgate et Coca-Cola – à avoir augmenté ses dividendes aux actionnaires pour le premier trimestre 2009, le chouchou d’Yves Calvi s’étrangle  : « C’est la naïveté économique des Français  ! On dit  : une société qui fait des bénéfices n’a pas le droit moral de licencier. Moi je réponds  : ce n’est pas aux salariés de gérer l’entreprise. Si vous voulez avoir une espèce de Yougoslavie où les ouvriers prennent part aux décisions, d’accord  ! Mais pour l’instant, vous n’avez pas ça… » On lui suggère alors de se rendre à Grenoble ou à Pithiviers pour expliquer aux ouvriers la meilleure attitude à adopter. « Bien sûr que non, je serais lynché  ! » se récrie Teddy dans un éclat de rire. Puis il se met à hurler  : « Il n’y a pas de débat en France  ! Les patrons qui travaillaient avec les Allemands sous Vichy, on ne leur a pas encore pardonné  ! C’est un tabou  ! Les salariés ont tous les droits  ! » Le fait que des ouvriers jetables soient parvenus à conquérir des indemnités moins dérisoires – 30 000 euros au moins pour les licenciés de Pithiviers – que le pourboire initialement consenti fait pâlir d’envie les clones français de Ted Stanger. « Quand l’usine ferme, il semble que les acteurs engagés dans des conflits violents revendiquent beaucoup moins un reclassement que des indemnités conséquentes. […] Ils se sentent dos au mur et veulent de l’argent  : solde de tout compte  ! » persifle l’éditorialiste Jean-Louis Gombeaud dans Nice-Matin (1.4.09). Plus inquiétant encore, pour son collègue de L’Expansion : « Si l’on tient à nos valeurs libérales, il faut être vigilant, à l’heure où l’on peut lire, placardé sur nombre d’usines en grève, ce funeste slogan  : “Le capitalisme est malade, achevons-le  !” » (1.6.09). Et le PPA avec  !

Notes

[1] Le 6 mai, les salariés rejetaient par référendum une proposition patronale visant à « sauver » 133 postes en échange de l’introduction du travail de nuit. Le 18 mai, une nouvelle proposition, légèrement amendée, recevait l’approbation de l’intersyndicale FO-CFDT-CFTC. Seule la CGT s’est opposée à cet accord, qui doit être soumis par référendum aux ouvriers « avant octobre ».

[2] À l’heure où Le Plan B mettait sous presse, Bernard Thibault n’avait toujours pas mis un pied chez les « Cater ».

[3] Lire « Il faut brûler le Code du travail », Le Plan B n° 16, décembre 2008-janvier 2009.

Intersquat

intersquat.free.frintersquat

Ces collectifs, tous différents, sans attendre des solutions toutes faites, inventent leurs propres façons de fonctionner. Depuis parfois 17 ans, par la mise en commun de matériel, l’échange de savoirs, en autogestion totale et sans aucun subside, se sont développées des possibilités de travail et de diffusion des pratiques artistiques, l’échange, le débat et la diffusion d’idées.

Partout où ces lieux peuvent exister (ce qui n’est malheureusement pas toujours facile), les collectifs qui les occupent dynamisent le lien social, et rendent accessible la culture à un large public.

Au nom de la notion d’abus de propriété, ces collectifs revendiquent le droit à l’occupation de ces lieux laissés à l’abandon depuis plus de deux ans (cf. loi sur l’exclusion). Ils jugent que leur action est d’utilité publique, tout en étant conscients d’être contraints à l’illégalité. De ce fait, il s’agit de trouver un cadre juridique permettant la régularisation de cette démarche. De plus, ils demandent l’abrogation immédiate de lois les criminalisant, notamment d’amendes exorbitantes et injustifiées. Ainsi que la condamnation de toutes les mesures de répression et l’utilisation de milices privées à l’encontre des lieux et des personnes.

Danger travail – P. Carles

Une dizaine de chômeurs et chômeuses racontent pourquoi et comment ils ont décidé de ne plus aller travailler. Après avoir fréquenté plus ou moins longtemps le monde du travail, ces hommes et femmes ont fui l’usine, l’entrepôt ou le bureau, bien décidés à ne plus accepter les règles de la guerre économique contemporaine. Loin de l’image du chômeur accablé ou déprimé, ces « sans-emploi qui n’en demandent pas pour autant » expliquent ouvertement pourquoi ils cherchent à s’épanouir en dehors du monde du travail, avec peu de ressources mais en disposant de temps à profusion.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir le film :

videoplay?docid=3459918714670948456&ei=iVNcSrG5AYK9-AbA0L2pCw&q=danger+travail

Volem rien foutre al pais – P. Carles

Dans cette guerre économique, qu’on nous avait promise il y a bien des années et qui avance comme un rouleau compresseur, existe-t-il encore un sursaut d’imagination pour résister ?
Mis en demeure de choisir entre les miettes du salariat précaire et la maigre aumône que dispense encore le système, certains désertent la société de consommation pour se réapproprier leur vie. « Ni exploitation, ni assistanat ! » clament-ils pour la plupart. Ils ont choisi une autre voie, celle de l’autonomie, de l’activité choisie et des pratiques solidaires…

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir le film :

videoplay?docid=-4155421612152274150&ei=6FFcSsmjIYPM-AbE3qXgCQ&q=volem+rien+foutre

ACRIMED

www.acrimed.org

Acrimed Action-CRItique-MEDias [Acrimed]. Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l’Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d’un observatoire des médias s’est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour. Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Communiqué suite à l’expulsion de la Clinique et à la soirée du 8 juillet

Depuis le 28 janvier, l’ancienne Clinique située à la Croix de Chavaux à Montreuil, vide depuis des années, était occupée. Durant plusieurs mois, ce lieu a permis à une vingtaine de personnes de se loger, et à bien plus de s’organiser, face aux problèmes de logements, aux institutions sociales ; et aussi de projeter des films, faire des cantines, des radios de rue face au marché, une kermesse…

Mercredi 8 juillet, à 6h du matin, un dispositif de plus de 200 flics accompagnés du RAID, d’un huissier, ont délogé les habitants de la Clinique occupée. Après un contrôle d’identité, ils ont commencé à murer les fenêtres et les portes et ont confié à trois vigiles et leurs chiens la surveillance du lieu. (voir http://laclinique.over-blog.net/categorie-11003725.html)

A 19h, nous nous sommes retrouvés à l’entrée de la rue piétonne pour une cantine de rue et après, une déambulation. Des banderoles ont été posées sur les façades : « Une expulsion de plus à Montreuil. Ripostons », « La Klinik fait bloc », « Les deux mi-lunes ne s’éclipseront pas », « Pour chaque expulsion. Réoccupons ». Nous voulions informer sur l’expulsion qui avait eu lieu le matin, rencontrer et recroiser les gens venus nous apporter du soutien ces dernières semaines, et affirmer qu’on ne partira pas d’ici, que cette expulsion musclée ne nous séparera pas et que nous continuerons à habiter la rue. Au moment où tous sont confrontés à des problèmes de logement, où le tribunal de Montreuil ordonne de plus en plus des expulsions sans délai et que très rapidement les gens se font jetés de leur logement, il est important de ne pas rester isolés, d’essayer d’être plus nombreux pour essayer d’empêcher les expulsions, et surtout de montrer à la police et aux propriétaires en tout genre, qu’une expulsion ne se fait pas sans bruits, et sans résistances.

Nous avons distribué des tracts et pris la parole pour expliquer notre présence. Plusieurs bagnoles de flics en uniforme et en civils nous surveillaient de la place. Vers la fin de la cantine, des feux d’artifices partis de devant la Clinique ont joyeusement embrasé le ciel. Nous sommes allés à l’entrée gueuler notre colère, notre rage de voir ce lieu que nous avons fait vivre repris en main par des flics et des vigiles, avec la destruction comme seul horizon.

Alors qu’il ne se passait rien de plus, les flics, après s’être équipés, ont violement chargé, et tiré dans le tas au flashball. Certaines personnes ont alors couru pour se protéger. Les flics étaient de tous les côtés de la place du marché. Cinq se sont fait shootés, tous au dessus du torse. Ils visaient la tête, avec l’intention claire de nous mater, au risque de tuer ou mutiler. L’une des personnes touchée est à encore l’hosto, gravement blessé. Les flics ont continué à poursuivre les gens jusqu’à la rue piétonne. Plusieurs personnes ont été arrêtées durant la charge et les flics ont continué à patrouiller dans la ville toute la nuit. Peu de temps après, ils ont arrêté une autre personne à quelques rues de là. Trois personnes sont encore en garde à vue.

Nous ne voulons pas nous faire tirer dessus en silence.

LaClinique – Montreuil

laclinique.over-blog.net

squat

[squat!net]

http://squat.net/fr/

[squat!net] est né de « Häusermob », un groupe de personnes créé en 1995 pour faire face à la répression féroce des squats à Berlin (expulsions, désinformation médiatique… conséquences de la fureur du sénateur berlinois des affaires intérieures). Le projet « Häusermob sur l’internet » a donc été lançé début 1997 pour empêcher la destruction des squats et de leur culture, par la mise en place d’une structure de communication alternative, destinée à visibiliser les squats et leurs pratiques, à élargir leur champ d’action ainsi qu’à leur permettre une meilleure coordination par le biais des technologies de l’information. Aujourd’hui, diverses personnes de part le monde contribuent à faire de [squat!net] un serveur de contre-information international.

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