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Istanbul : Effet de trois bombes

Nous ne nous joignons pas à la chaîne d’infos qui tourne en boucle sur l’attentat d’Istanbul. Juste aux questionnements.

Cet attentat, qui à Istanbul a fait 41 morts et plus de 230 blessés n’est pas encore revendiqué aujourd’hui « officiellement ».

Le sera-t-il ? Pas sûr. Daech en tous cas n’a revendiqué aucun de ceux qui lui ont été attribués sur le sol turc.

Les médias du monde entier tournent en boucle les images qui ont pu filtrer du dispositif de censure mis en place dès l’explosion, où inventent les leurs, en allant jusqu’à y mélanger des photos de Bruxelles dans certaines éditions papier… On fait ce qu’on peut non ?
Les vols ont repris depuis Istanbul, et, contrairement à ce qui s’était passé à Bruxelles, le gouvernement turc a jugé le dispositif de sécurité suffisant.
Bien sûr, de nombreux chefs d’états se sont fendus de leurs « abominable », « consternant »… Et Erdogan peut se féliciter qu’Obama ait repris le téléphone… Des minutes de silence convenues dans des assemblées se sont ajoutées au grand silence continu sur les exactions d’un membre apprécié de l’Otan sur son propre sol contre les civils kurdes.

Le président Erdogan a immédiatement appelé au « soutien contre le terrorisme », et a parlé de « coopération internationale nécessaire », dans la foulée de ses revirements diplomatiques de cette dernière semaine, « excuses à la Russie », et « accords avec Israël », sur des questions d’armement entre autres.

Il a bien aussi senti là, la « fenêtre » possible pour faire oublier les accusations de crimes de guerre qui s’accumulent, derrière l’étiquette de « l’anti terrorisme », grande cause commune internationale.

Voilà qui devrait lui restituer sa place vis à vis de la « coalition », et légitimer davantage sa guerre au Kurdistan turc.
D’autant que si cet attentat attire les yeux du monde entier sur la Turquie, ce n’est pas pour dénoncer ces guerres en cours, mais bien dans un parallèle constant entre les deux « terrorismes », où Daech et PKK se retrouvent placés sur un pied d’égalité par tous les commentaires. Bien sûr, pour cela, il faut bien à la fois surtout se taire sur les destructions, les massacres, les incendies à l’encontre des populations kurdes, et égratigner un peu Erdogan sur son « pouvoir autoritaire », pour faire bonne mesure. Certains vont même jusqu’à parler de « protection des populations kurdes » contre la guerre menée par les « rebelles kurdes »…

Rendez vous compte, juste au moment où Erdogan se montre bon élève vis à vis de la coalition, le terrorisme le frappe !

Et de laisser planer ailleurs la menace du PKK, même si le régime en interne lui, sans jusqu’ici avoir avancé de réelles preuves, pointe la piste de Daech tout en préparant des représailles contre les combattants kurdes. On en croirait presque que les médias internationaux et le régime turc se sont répartis les rôles…
Ce que l’on constate en tous cas, c’est que, « je suis Istanbul » ne se met pas en place, de crainte qu’il soit accolé à un « je suis Cizre ».

Faute de tour Eiffel ? Où bien l’abject Erdogan permet-il aussi de cacher une aversion xénophobe bien répandue ?

Visiblement personne n’éprouve le besoin d’aller jusqu’à s’associer plus loin au deuil officiel décrété par le gouvernement turc, et ressenti durement en Turquie pourtant. Et puis, l’Europe n’est-elle pas elle aussi en deuil de ses « quality street » ?

Erdogan est en voie de réussir à nouveau à retourner à son avantage un attentat qui questionne pourtant sur la situation en Turquie et sa politique. Sans aller jusqu’à une réhabilitation appuyée, il va écarter aussi pour un temps les « critiques » internationales trop insistantes, et faire oublier le pétrole de Daech et les petites « coopérations ». Celui de Suruç, souvenez vous, lui avait permis de redéclencher sa sale guerre… contre le mouvement kurde.

Voilà l’effet de trois bombes. |Kedistan|

 

 


 

Riot in a cell block

La journée de mardi 28 sera une épreuve décisive —non tant une épreuve de force, vu que celle-ci a commencé dès les premiers jours de l’agitation et ne fait que se poursuivre, mais au sens où elle va mettre à l’épreuve notre capacité d’innover, d’imaginer des modes d’action inattendus…

Après la manif du 14 juin, j’insinuais que bientôt nous devrions manifester à l’intérieur d’une fan-zone… Et quelques jours après, ce fut la lamentable promenade en cage Bastille-Bastille le long du canal de l’Arsenal…

Le principe de la clôture est de toutes façons constitutif de ce monde -le capitalisme prend son essor à partir de la procédure dite des enclosures, Marx et Luxemburg en ont suffisamment parlé. Et un monde fondé sur l’appropriation privative ne peut penser le social autrement qu’en terme de clôture. L’occupation de l’espace extérieur, dit public, ne peut se concevoir, dans cette perspective dominante, que sous la condition d’une clôture : ainsi les installations sportives sont pensées comme espace clos, qui sert aussi bien à contenir des foules de spectateurs que de prisonniers (du Vel d’Hiv aux stades chiliens). Et si le stade ne peut contenir tous les spectateurs, les autorités font installer des fan-zones comme à l’occasion de l’Euro de football…

Le ministère de l’Intérieur (ainsi nommé historiquement pour le différencier de son homologue de la Défense nationale) est en fait en charge de l’extérieur, de tout l’espace qui ne relève pas stricto sensu de l’espace domestique. D’ailleurs, vu l’osmose grandissante entre les technique militaires et les techniques policières, l’État pourra bientôt fusionner les deux ministères en un seul, la nature même de la menace spectaculaire -le terrorisme- rendant caduque la perception de l’ennemi à partir d’une simple frontière territoriale. La clôture suprême, la frontière, ne cesse pas pour autant de remplir sa fonction contre des « populations à risque » (immigrés clandestins ou manifestants transfrontaliers). La nouveauté est dans l’extension du dispositif de clôture à toutes les formes de vie publique à l’intérieur de ces frontières.

L’enclosure et la frontière, donc… L’une instaure la propriété privée, au détriment des terres communes, l’autre constitue un marché intérieur, au détriment de la libre circulation des êtres humains. La multiplication des clôtures à notre époque ne fait que prolonger à l’extrême cette logique : elle peut s’opérer en tant que privatisation d’un espace public, ou bien comme clôture d’un espace public qui risque de se voir transformé en espace commun (par des manifestants, des zadistes, des immigrés clandestins etc.). Par exemple les marchés qui se tiennent depuis la nuit des temps sur des places publiques sont peu à peu supprimés, les clients étant appelés à fréquenter des centre commerciaux fermés, gardiennés et vidéosurveillés et où tout autre action que celle d’acheter est rendue, de fait, impossible.

Voilà que cette logique prétend s’appliquer à présent aux manifestations… il paraît qu’aux USA les manifs en cage comme celle de jeudi 23 à Paris sont monnaie courante depuis trente ans. Un tel acte d’enclosure est d’autant plus facile que la manifestation fonctionne déjà comme un dispositif disciplinaire. Elle se présente comme une protestation impérativement encadrée et clôturée : d’abord par des services d’ordre, désignés et constitués par les directions syndicales et politiques, et depuis les années 1980 par le camion sono qui débite tout à la fois de la musique et des discours, de sorte que l’action du manifestant se limite le plus souvent à suivre en silence le camion de son syndicat ou de son parti à l’intérieur de la clôture symbolique tracée par ces mêmes directions. Dans certaines manifs récemment, certains syndicalistes tiraient une corde qui limitait le cortège du syndicat, entourant les manifestant affiliés et excluant les autres : toute analogie avec du bétail en transhumance étant évidemment fortuite… La rigueur du contrôle (le s.o peut expulser à tout moment quiconque ne respecte pas l’ordonnance du défilé) combinée au côté fun (la musak diffusée par la sono, les ballons de couleur et pour finir le barbecue syndical) fait de la manif une métaphore de la société dans laquelle nous vivons. Dans son déroulement, elle doit habituer chaque participant à obéir aux consignes (comme il le fait déjà dans le cadre de son travail, en somme…), à se comporter comme un simple atome d’une masse coordonnée et disciplinée. Pas d’initiative ni d’actes intempestifs, donc, la crainte de la « provocation » étant chevillée à ce dispositif disciplinaire. Nous ne sommes convoqués que pour faire masse, et tout le monde sait que la masse est incapable de penser par elle-même, précisément puisqu’elle est à la masse !

 

 

Mais ce dispositif entre en crise en même temps qu’entrent en crise la représentation politique et syndicale. De plus en plus de gens déboulent dans les rues qui voient là l’occasion d’opérer une rupture avec l’ordre disciplinaire-fun, plutôt que d’en respecter les modalités. L’apparition des fameux « cortèges de tête » depuis le début de l’agitation contre la loi El K. en témoigne. Mais il était évident qu’après la manif’ du 14 juin, qui a vu ce cortège de tête atteindre les dix mille personnes, un retour de bâton allait arriver. Les vitres de l’hôpital Necker servirent à légitimer ce retour. La décision du ministère de l’Intérieur de substituer à la manif prévue le jeudi 23 juin un rassemblement statique place de la Nation fut refusée par les syndicats, qui, percevant les risques de débordement que cela ne manquerait pas d’entraîner, présentèrent des propositions de parcours alternatifs à celui qu’ils avaient initialement prévu. En retour, Valls fit annoncer le mardi 21 une interdiction pure et simple de la manif, les syndicats répondant qu’ils étaient prêts à braver une telle interdiction -jusqu’à la LDH qui fit un communiqué allant en ce sens ! Nul n’a pu évidemment prendre de telles rodomontades au sérieux : le légalisme obstiné des directions syndicales les aurait condamné de fait à se contenter d’une protestation platonique en cas d’interdiction… mais la tension simulée entre les deux protagonistes de ce show devait finalement se dénouer par une proposition inédite : tourner en rond à l’intérieur d’une nasse policière le long du canal de l’Arsenal (soit un trajet de 600 mètres aller).

La direction de la CGT et de FO furent enchantées de la contre-proposition gouvernementale présentée dans la matinée du 22, qui leur permettait de sauver la face tout en rejoignant le gouvernement sur une exigence commune : en finir avec ce cortège de tête et les actes de vandalisme politique qu’il autorisait. Ce défilé clôturé, sans enjeu, qui mettrait spectaculairement en avant la soumission des foules syndiquées aux impératifs du maintien de l’ordre, allait enfin mettre d’accord sur un point fondamental les centrales syndicales et le gouvernement. Lequel a joué habilement en cette affaire du scénario « mêchant flic / gentil flic », le premier rôle étant attribué à Valls qui voulait interdire et le second à Hollande dont l’intervention providentielle permettait de dénouer une crise qui n’avait en réalité jamais eu lieu tant est solide en France le consensus sur le respect de l’ordre bourgeois & républicain.

Le 23 juin apparaît comme un acte d’enclosure plus que symbolique —déposséder les manifestants de leur dignité élémentaire en les faisant tourner en rond comme des animaux dans un zoo, non sans les avoir fouillé au préalable et embarqué tous ceux et celles qui disposaient de matériel de protection —chacun sait comment commence une fouille de police, mais nul ne peut savoir où elle va finir, ainsi un postier du 92 s’est-il retrouvé en garde à vue pour avoir eu des lunettes de piscine sur lui et devra rendre compte de ce délit devant la justice… L’humiliation n’a cependant pas été complète, et nous pouvons remercier ceux et celles qui ont réussi, envers et contre tout, à mener quelques cortèges sauvages en dehors du dispositif : ce 23 juin un groupe important a réussi à forcer le dispositif devant la gare de Lyon, s’échappant vers Dausmenil, un autre a déboulé du côté de la place des Victoires et en soirée 500 personnes ont manifesté dans Belleville.

Il est probable que le dispositif de clôture expérimenté jeudi est appelé à se reproduire : les dirigeants en sont tous très satisfaits, puisqu’il ne s’est rien passé. Des manifs sauvages restent possibles en dehors, on l’a vu, mais le risque est alors de revenir à un entre-soi que le cortège de tête permettait justement de dépasser.

D’autre part, ce qui s’est passé le 23 nous amène aussi à nous poser des questions sur la pertinence des manifs. Celle du 14 juin, que nous considérons volontiers comme une réussite, visait, comme les précédentes, à exprimer une protestation, (pacifique pour certains, violente pour d’autres la question n’est pas là), mais elle ne débouchait pas sur des objectifs concrets, à travers une action qui puisse faire rebondir la mobilisation, par ex. occuper une gare SNCF, ou un bâtiment (comme l’ont fait les camarades de Rennes). Le fait que la manif se soit terminée sur l’esplanade des Invalides signifiait déjà une clôture des possibles, non seulement parce que ce lieu n’offre aucun enjeu tactique mais aussi parce qu’il se prête à une mise en cage (il eût suffi que les condés bloquent le seul pont laissé ouvert sur la Seine pour faire une nasse géante, peut-être ne l’ont-ils pas fait simplement parce qu’ils étaient à bout de forces après une telle journée…).

La journée de mardi 28 sera une épreuve décisive —non tant une épreuve de force, vu que celle-ci a commencé dès les premiers jours de l’agitation et ne fait que se poursuivre, mais au sens où elle va mettre à l’épreuve notre capacité d’innover, d’imaginer des modes d’action inattendus… |Alèssi Dell’Umbria|

 

 


 

Contre la mise en cage du droit de manifester

Pour ne pas réitérer ce qui s’est passé le 23 juin, un collectif de personnalités appelle à manifester le 28 juin et à se tenir en dehors ou a proximité de la «cage» prévue par la préfecture. Il dénonce ainsi l’instauration d’un régime de plus en plus autoritaire.

Ce qui s’est passé jeudi 23 juin à Paris, à l’occasion de ce qui aurait dû être une manifestation contre la loi travail, est d’une gravité exceptionnelle. Un quartier entier de Paris a été occupé militairement, avec présence de fourgons et de troupes très en avant du lieu prévu pour la manifestation, pour exercer une pression par leur seule présence et par des contrôles parfois suivis d’interpellations.

Ensuite, autour de la place Bastille et du bassin de l’Arsenal, avaient été installées des enceintes grillagées hermétiques et pour entrer dans le périmètre, il fallait franchir des check-points et laisser fouiller ses sacs. Des dizaines de personnes ont été interpellées pour la simple possession de lunettes de piscines ou de foulards, certaines ont été coincées trois heures sur un trottoir avant d’être embarqués pour deux nouvelles heures de «vérification d’identité», des professeurs des écoles qui protestaient ont été chargés et tabassés, etc.

C’est un événement sans précédent en France et, à notre connaissance, dans les démocraties occidentales, que plusieurs dizaines de milliers de personnes aient été ainsi encagées et que leur droit de manifester ait été ridiculisé, réduit à une pantomime par l’obligation de tourner en rond autour d’un bassin dans un périmètre réduit, sans aucun contact avec le reste de la ville.

L’exemple des lois sécuritaires, celui d’un état d’urgence censé être provisoire mais promis à l’éternité, sont là pour nous rappeler que chaque recul de liberté est ensuite considéré comme un acquis par l’Etat. Si un tel dispositif totalitaire devait être renouvelé, nous entrerions dans une nouvelle phase de l’instauration d’un régime autoritaire dont le caractère démocratique deviendrait franchement évanescent.

C’est pourquoi nous déclarons que nous continuerons à manifester mais que nous ne mettrons plus jamais les pieds dans de tels périmètres militarisés. Aux prochaines manifestations et en particulier à celle de mardi 28 juin, nous nous tiendrons en dehors, et nous appelons tous les manifestants à faire de même, à rester à la périphérie de la cage qu’on nous destine, à observer ce qui s’y passe, et à exercer quand c’est possible, chacun à sa manière, le libre droit de manifester.

|Signataires| Miguel Benasayag, philosophe, psychanalyste ; Gérard Mordillat, cinéaste ; Mateo Depie, architecte ; Frédéric Lordon, économiste ; La Parisienne Libérée, chanteuse ; Pierre Alféri, écrivain ; Serge Quadruppani, écrivain ; Yves Pages, éditeur ; Yannis Youlountas, écrivain, réalisateur ; Arno Bertina, éditeur ; Isabelle Saint-Saens, militante associative ; Noël Godin, entarteur ; Grégoire Chamayou, essayiste ; Thomas Coutrot, économiste, coprésident d’Attac ; Alessandro Di Giuseppe, comédien ; Stathis Kouvélakis, philosophe ; Jean-Pierre Levaray, écrivain ; Serge Pey, poète ; Denis Robert, journaliste ; Nathalie Quintane, écrivain ; Xavier Mathieu, syndicaliste comédien ; Jean-Jacques Redoux, écrivain ; Serge Urgé-Royo, chanteur.

 

 


 

Sur l’instrumentalisation des vitres de l’Hôpital Necker

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker. |Lundi Matin|

 

 


 

Le mouvement de lutte de Notre Dame des Landes face à la consultation

Peu après les mobilisations extrêmement fortes et croissantes de décembre, janvier et février 2016 contre les expulsions programmées, le gouvernement a tenté un stratagème : d’une voix il annonçait une étude sur les solutions alternatives à la construction de l’aéroport, d’une autre était présentée la tenue d’un référendum sur le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, bientôt renommé « consultation ».

Au même moment, les habitants de la zad sont devenus tous expulsables, et des entreprises ont pourvu l’appel d’offre du chantier. Le 27 février, nous avons démontré sur le terrain que cette fable n’entamait en rien notre détermination. Les actions à venir montreront toujours plus fortement que nos exigences sont intactes : non aux expulsions ! Non aux travaux ! Non à l’aéroport ! Sans rentrer dans les détails techniques de cette éventuelle consultation, posons quelques questions cruciales.

 

L’Etat à la fois juge et partie

Il est à la fois porteur du projet d’aéroport et organisateur de la consultation. Les mêmes qui mènent le projet de transfert depuis 15 ans détermineraient aujourd’hui la formulation de la question et le périmètre de la consultation, en fonction d’une étude déjà réalisée sur le sujet. D’un côté on nous parle de « projet d’Etat », de l’autre, une consultation locale est proposée. A Bure, c’est avec ce même argument que les opposant-e-s à la poubelle nucléaire de l’ANDRA se sont vus refuser un référendum local. Comment ne pas observer que la consultation et sa forme sont édictés selon les besoins des porteurs de projet ?

Les porteurs du projet disposent de l’argent et des institutions pour faire campagne. Comment pourrait-on leur faire confiance alors qu’hier à peine élu le conseil régional a déboursé 60 000 euros d’argent public pour une pétition falsifiée (1) demandant l’expulsion de la ZAD ?

Ils refusent depuis des années la communication de documents essentiels, dont ceux qui ont servi à asseoir la Déclaration d’Utilité Publique, et ils nous ont caché une étude qui démontait l’argumentaire pseudo-écologiste sur le lac de Grand-Lieu, pour ne citer que cela. Comment pourrait-on leur faire confiance alors qu’ils n’ont pas arrêté d’utiliser leur pouvoir pour cacher les informations qui n’allaient pas dans leur sens ?

Comment pourrait-on leur faire confiance alors que Valls lui même a annoncé que la consultation avait pour objectif de légitimer le début des travaux ?

Nous avons constaté en 2005 avec le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen que lorsque le peuple vote mal, on passe outre.

 

S’asseoir sur l’Etat de droit ou le brandir selon les opportunités

Quelle légitimité ont les procédures liées à la déclaration d’utilité publique (débat public, enquêtes etc,) dont nous avons par ailleurs longuement dénoncé les insuffisances, mais qui seraient confortées ou balayées d’un trait de plume par un scrutin purement consultatif, et sans aucune valeur juridique ? Un recours auprès de la Cour Administrative d’Appel concerne les mesures de compensation prévues incompatibles avec la loi sur l ’eau et celle sur les espèces protégées. Une procédure contentieuse initiée par la Commission Européenne est toujours en cours. Des procédures d’expulsions ont été menées à leur terme contre les habitants et paysans de la zad. Un appel d’offre a d’ors et déjà été pourvu pour faire avancer les travaux. Quelles collisions vont avoir lieu entre les décisions juridiques de ces instances et les résultats de l’éventuelle consultation ? Que devient donc ce fameux « état de droit » que les porteurs de projet nous renvoient en permanence ?

 

Notre légitimité n’est pas là

En cas de réalisation du projet, des terres nourricières seraient sacrifiées et des fonds publics gaspillés pour un projet public nuisible. Les lois protectrices de l’environnement seraient définitivement nulles et non-avenues, des zones humides et la bio-diversité massacrées. Toutes les expérimentations menées sur la zad, tout ce qui s’y est construit, serait écrasé au nom du profit et d’un modèle de développement que nous récusons. Un oui ou un non sur le seul aéroport ne saurait exprimer notre exigence d’autres choix de société !

L’annonce de la consultation ne change rien, ni à la légitimité de notre combat, ni à notre détermination à obtenir l’abandon définitif du projet de Notre Dame des Landes.

Pour que vive la zad, ses paysan-e-s, ses habitant-e-s et ses occupant-e-s. |ZAD|

 

 


 

Street Medics : Bilan provisoire du mardi 14 juin

Pour commencer, nous tenons à souligner que cette manifestation était d’une ampleur exceptionnelle, tant par le nombre de manifestant-es présent-es que par la violence de la répression. Elle a été éprouvante pour touT-es les manifestant-es, medics compris-es. Plus de 100 medics venu-es de partout étaient présent-es pour l’événement.

La gazeuse à main était de sortie ce jour, beaucoup de camarades peuvent en témoigner, nous avons pris en charge une cinquantaine de personnes brûlées au visage, parfois à bout portant. Elle a entraîné vomissements chez deux manifestants et des troubles de la conscience chez un autre.

Le trajet de la manifestation s’est fait dans un nuage plus ou moins épais mais toujours constant de gaz lacrymogènes. Les street medics ont pris en charge plus d’une centaine de crises de panique accompagnées de nombreuses détresses respiratoires réelles, des malaises dont certains avec perte de connaissance. Comme développé dans le communiqué du 10 mai, en plus des difficultés respiratoires et des pleurs/aveuglements, nous constatons que l’utilisation intempestive des gaz provoque beaucoup d’effets à moyen terme tels que des nausées, des difficultés respiratoires, des inflammations des voies respiratoires, des maux de têtes, des inflammations du larynx et des cordes vocales, des bronchites, de l’asthme, des troubles digestifs, etc.

Les palets de lacrymo ont également engendré de multiples blessures chez les manifestant-es, notamment au niveau des mains, de la tête et du visage. Au moins un manifestant a été évacué après avoir reçu un palet sur le front. Nous précisons que les palets lacrymogènes font des brûlures et qu’ils ont ciblé directement des gens (dont parfois des médics).

Les tirs de Lanceurs de balles de défense (remplaçant du flashball) ont également fait des dégâts, de nombreux hématomes et plaies aux membres inférieurs et supérieurs, au moins trois personnes ont reçu des balles défense 40mm dans l’abdomen et une dans la tempe.

Mais en ce 14 juin, ce sont les grenades de désencerclement (GD) explosant au sol ou des grenades lacrymogènes à tir tendu et les coups de tonfa des multiples charges essuyées par les manifestant-es qui ont causé le plus de dégâts parmi nous.

En effet, les grenades désencerclantes ont causé des hématomes, des plaies, des brûlures au niveau des pieds, mollets, tibias, cuisses, fesses, parties génitales, abdomen, bras et mains, visage et tête. En tout nous avons eu à soigner entre 90 et 100 blessures dues aux GD et au matraquage, dont une vingtaine ont dû être évacuées. Nombre d’entre nous, manifestant-es contre la loi « Travaille » et son monde, souffraient d’acouphènes ce soir-là. Une personne a eu un doigt luxé, 3 personnes se sont retrouvées avec des éclats enfoncés dans le thorax, une personne a perdu connaissance suite à un tir tendu occasionnant une plaie au front, il a été évacué.

Un manifestant a également reçu un tir tendu de grenade lacrymogène au niveau des cervicales, entrainant une plaie importante et, le lacrymogène s’étant activé, une brûlure sur l’ensemble de la plaie et du haut du dos. La personne a été évacuée d’urgence à l’hôpital.

Les charges et matraquages intempestifs tout au long du chemin ont nécessité des soins au niveau des membres mais surtout au niveau de la tête et du visage : arcades ouvertes, plaies et hématomes du cuir chevelu, pommettes, mâchoires, lèvres, suspicion de fracture du nez, plaie ouverte sous l’œil, plaie au niveau du crâne avec arrachement au niveau du cuir chevelu… une centaine de manifestant-es ont été pris-es en charge lors de ces charges.

Toutes ces charges ont provoqué moult mouvements de foule, nous, manifestant-es, avons été victimes de chute, piétiné-es par les forces de l’ordre (suspicion de côtes félées), nous sommes foulé des chevilles, le tout toujours au milieu des gaz…

En tout, nous avons pris en charge des centaines de manifestant-es ce mardi (pour information, la préfecture annonce un bilan de « 17 manifestants tous en urgence relative », à quelle manifestation étaient-ils ?) et soulignons, encore une fois, la fulgurante escalade de la répression au fil des manifestations. Cette journée a été éprouvante pour nous tou-tes, mais n’entame en rien notre détermination !

Nous ne sommes ni sauveteuses, ni sauveteurs, juste des manifestant-es qui se préfèrent debout plutôt qu’à genoux ! La solidarité est notre arme !

Des manifestant-es / street medics, présent-es à la manifestation du 14 juin 2016.  |Street Medics|

 

 


 

Hourra l’Euro nouveau est arrivé !

Grévistes, levez-vous, détachez-vous de vos piquets et venez tous au tripot qui vous accueille comme des enfants égarés.

Citoyens supporters regagnez les rangs !
La fête du travail est terminée !
Maintenant participez à la plus belle fête : la grande fête de l’Euro !
La foute balle où tous se retrouvent et se réunissent.
Le tournoiement où tous se footent sur la gueule et se footent de votre gueule.
Où, enfin, les hooligans chassent les casseurs.
Car, eux, ils ne font pas de politique, ne visent ni les partis faillis ni les banques voleuses.
HOURRA, vive la grande fête des morts vivants !
Qui reviennent nous narguer avec leurs masques et leurs tatouages nationaux.
Pour la plus haute grandeur de l’Europe Unie.
Vive le hooligan nouveau !
Vive les conformistes déjantés !
Partout, dans les bureaux et les alcôves, dans les bars et les chambrées, dans les squares et les ruelles borgnes, dans les zones des zombies où règne l’Écran Géant, dans les trains, les gares et les ports, dans les raffineries et les usines d’incinération, se lève le vent du grand frisson. Patriotique et Européen.
Le vent violent qui estourbit et permettra aux troïkas, directes ou déléguées, d’œuvrer dans le silence ménagé par le bruit infernal du barnum.
Maintenant les casseurs, délivrez votre violence enfouie sur la route de la réunion.
Maintenant les bloqueurs, laissez le fluide spectral du Grand Spectacle envahir l’espace du grand oubli.
Grévistes, levez-vous, détachez-vous de vos piquets et venez tous au tripot qui vous accueille comme des enfants égarés.
Plus de Nuits Debout, mais des journées trépignantes, plus de discours constituants, mais des braillements en bandes embierrées.
Plus de manifestations de colère, mais des défilés bien organisés pour scander les ordres de la remise au pas.
Gloire au foute.
La fête, la fête, la fête.
Marchez courez hurlez battez-vous.
Formez la grande écume mousseuse qui effacera toutes les avancées, toutes les perditions, tous les égarements.
Et cachera l’ouvrage au noir des « créanciers » supportés par les gouvernements et les commissions.

Venez participer à la fête, c’est un ordre.

Pourquoi le sport organisé, par l’État et ses politiques faillis, par l’Union et ses bureaucrates haineux, par les Fédérations corrompues, pourquoi ce sport embrigadé est-il la forme supérieure de l’asservissement ? De l’avilissement par la mobilisation scandée ?
La suite au prochain numéro de lundimatin : le grand bruitage n’est pas encore terminé !  |Lundi Matin|

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L’incarcération, nouvelle politique pénale anti-manifestants

À Rennes, le vice-président du tribunal Nicolas Léger fait tomber les peines de prison ferme sur les militants. Il vient d’en envoyer quatre en prison : des jeunes, sans casier, venus poser des autocollants sur les tables de la terrasse de la sandwicherie Bagelstein de Rennes.

La police n’est donc pas la seule à n’avoir reçu aucune consigne de retenue. Les juges non plus. À Rennes, le vice-président du tribunal Nicolas Léger, et président de la juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS), réputé pour être « le plus répressif » de « tout le grand Ouest », a condamné à des peines de prison ferme, fin mai, quatre étudiants sans casier venus poser des autocollants sur les tables de la terrasse de la sandwicherie Bagelstein de Rennes, en réaction à ses publicités sexistes et homophobes. L’initiative s’était terminée en bagarre entre le patron et l’un des militants, mais – en principe – pas de quoi faire partir les quatre jeunes à la maison d’arrêt. La stratégie de tension des autorités face aux opposants de la loi sur le travail se propage, comme une onde de choc, jusqu’aux palais de justice, où s’improvise apparemment une nouvelle politique pénale.

À Rennes, vingt jeunes militants mis en examen pour « association de malfaiteurs » à la suite d’une action dans le métro ont évité de peu la détention provisoire réclamée par le procureur de la République Nicolas Jacquet. Dix-huit d’entre eux ont l’interdiction de manifester. À Lille, un jeune militant de la CGT, Antoine C., interpellé lors d’une manifestation le 17 mai, est resté trois semaines en détention provisoire pour s’être seulement débattu lors de son interpellation. Jeudi, malgré les témoignages et les vidéos – lire ici –, il a été condamné à dix mois de prison avec sursis et deux ans d’interdiction de manifester ! Le parquet avait requis deux mois de prison ferme contre lui.  |Lire la suite|

 

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Appel à saborder l’Euro 2016

Clip d’appel à saborder l’euro 2016, pour les raisons que chacun connaît : sexisme et testostérone, violence sociale et chasse aux pauvres, contrôle des étrangers, hausse des prix, grands travaux, destruction des espaces publics, népotisme, nationalisme, destruction du football populaire, répression des supporters, machine à fric, mesures antiterroristes et état d’urgence…

Rappelons-nous des raisons qui ont amené des milliers de Brésiliens à perturber le déroulement du Mondial de foot en 2014.

Rappelons-nous de la chasse aux pauvres qui a précédé la construction du stade national de Varsovie (lutte contre le marché Europa à la station Narodowy) et mené au meurtre raciste de Maxwell Itoya par la police polonaise en 2010.

Rappelons-nous des chantiers monstrueux qui ont précédé les Jeux Olympiques de Pékin, Rio, Sotchi, Londres, qui ont conduit à des centaines d’expropriations et à l’exploitation de milliers de travailleurs migrants.

Rappelons-nous que chaque gros événement sportif de la sorte est le prétexte d’un contrôle total des personnes et d’une militarisation des espaces publics.

Rappelons-nous que ce n’est pas une histoire de sport, mais uniquement de pognon.

Et n’oublions pas de nous poser des questions sur les motivations et le contenu de la loi Larrivé votée en mars 2016 et qui criminalise sévérement les supporters de football sous prétexte de lutte contre le hooliganisme.

Pour que la pratique du sport redevienne populaire, accessible à tou-te-s et non marchande.  |Paris Luttes|

 

 


 

Contre la loi travail et son monde, mardi 14 juin, tous à Paris !

Le mardi 14 juin, une manifestation intersyndicale de grande ampleur se déroulera à Paris. Le Mouvement Inter Luttes Indépendant appelle tou-te-s les lycéen-ne-s et étudiant-e-s, salarié-e-s et chômeur-se-s, jeunes et moins jeunes à rejoindre le cortège de tête.

Celui-ci, croissant toujours plus en nombre et en intensité, voit cohabiter, dans une grisante combativité et une bienveillante solidarité, des personnes de tout horizon (des k-ways noirs aux chasubles rouges, et parfois même jusqu’aux combis blanches) et des pratiques de toutes sortes.

La loi Travail n’est pas la cause, mais le symptôme d’un capitalisme malade, et d’un néolibéralisme suicidaire, qui tend à individualiser toujours plus nos quotidiens et nos actes. Notre force, donc, c’est celle de ne rien leur quémander, de ne rien revendiquer, donc de ne rien négocier. Nous appelons au contraire à construire notre propre force révolutionnaire, dans l’ici et le maintenant. Tout d’abord, en se réappropriant l’espace et le temps qui nous sont confisqués par l’urgence du quotidien, à travers des blocages économiques, scolaires et universitaires. D’autre part, en continuant constamment à déborder les cadres qui nous sont dictés, qu’ils soient policiers, syndicaux ou partisans.

Nous rappelons notre soutien sans faille à toutes les victimes de la répression, policière ou judiciaire : mis en examen ou condamné-e-s, interdit-e-s de manifester ou intimidé-e-s, frappé-e-s ou gazé-e-s. Face à la violence d’État, à la loi travail comme à celle de l’argent, nous appelons toutes les franges de la jeunesse à converger sur Paris le mardi 14 juin pour une énorme manifestation déterminée. Départ 13h de la Place d’Italie en direction des Invalides (trajet exact à préciser).  |MILI|

 

 


 

La violence sans l’aimer

Tout a commencé par un dialogue, un soir. Ces fameuses conversations où on refait le monde, des étoiles pleins les yeux et du soleil dans le cœur. J’ai parlé de cette question, insoluble pour moi, qui me préoccupe toujours à chaque coup donné aux vitrines des banques, à chaque pierre lancée sur les CRS, à chaque fois que je noue un foulard noir autour de mon visage et que je rabats la capuche sur ma tête. Cette question que je me pose en boucle, malgré la rage qui monte chaque jour un peu plus devant la violence et l’impunité policière, devant l’iniquité de la justice qui condamne mes ami-e-s et laisse en liberté les vrai-e-s coupables.

Cette question, la voici : est-ce vraiment le monde que je veux créer ? Casser, brûler, tenter de blesser, faire peur, être en noir au milieu de gens en noir. Est-ce vraiment ce que je veux mettre en place ? J’ai toujours été persuadée que la fin ne justifie pas les moyens, mais qu’au contraire les moyens font parties de la fin : si les moyens sont corrompus, mauvais, alors l’accomplissement le sera aussi. Alors qu’est-ce que je fais ?

Pendant des années, j’ai été pacifiste, persuadée que l’utilisation de la violence est un aveu d’échec, d’incapacité à agir par le dialogue et les arguments logiques. L’incapacité de convaincre la population : si notre cause est juste et bonne, il n’est nul besoin de la lutte physique pour la mettre en place. Si on en est réduit à cette extrémité, c’est que nos idées sont corrompues et néfastes. Pendant des années, j’ai regardé avec mépris les « casseurs » qui décrédibilisent les mouvements et ne viennent que pour détruire. Je les ai conspués, avec ma morgue de petite-bourgeoise, ces provocateurs de flics, ces jeunes crétins probablement illettrés qui ne comprenaient strictement rien à la politique. Puis la COP 21 est arrivée. Je me suis faite arrêter, avec les 316 autres, alors que je n’avais strictement rien fait. Pour beaucoup déjà à l’époque c’était une évidence, qu’on pouvait se faire arrêter alors qu’on n’avait rien fait, mais pas pour moi. Je croyais encore qu’on atterrissait en GAV parce qu’on avait fait quelque chose de mal. Puis la Loi Travail est arrivée. Elle a généré de nouvelles rencontres, de nouveaux horizons, de nouvelles questions. Peu à peu, sans trop réaliser sur le coup, j’ai parcouru un chemin énorme en très peu de temps, chemin que je n’aurais probablement jamais parcouru sans cette chère loi. Je devrais presque la remercier.
Et un jour, pour la première fois, j’ai revêtu le costume. J’ai commencé à faire des réserve de sérum phy, de masque de chantiers et de foulard pour les étourdis, de lunettes de plongée. J’ai commencé à repérer les baqueux, à me mettre en binôme, à ressentir la force du cortège de tête. Je me sentais bizarre ce jour-là. Je n’arrivais pas très bien à savoir si j’avais franchi un cap important dans ma vie ou si, franchement, c’était ridicule d’avoir le cœur battant autant la chamade pour quelques fringues sombres.

Revenons à cette fameuse conversation. Oui, nous le savons toutes et tous et je ne vais pas m’étendre la-dessus, la violence du capitalisme, de la police et de l’état est éminemment supérieure à la nôtre. Oui, jamais la susdite Troïka ne partira de son plein gré du monde qu’elle domine et détruit. Oui, il faudra se battre pour se libérer. Pourtant, à chaque fois que nous entrons en action pour reprendre possession de la ville ou se défendre, je me demande si nous sommes ridicules ou glorieux, et surtout si voilà bien le monde que nous voulons. Parce qu’au fond, même si je me sens bien dans la forte solidarité et la puissance qui règne au sein du bloc, même si je sais à quel point il est jouissif d’exploser une vitrine, même si je sais que taguer les murs ne les rend que plus beaux, je n’aime pas faire ça. Je n’aime pas casser, je n’aime pas blesser, je n’aime pas faire peur. J’aime construire, j’aime vivre, j’aime rêver. J’aime construire un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus vivant, plus beau ; j’aime vivre dans la bienveillance et la paix ; j’aime rêver que tout ça se réalisera un jour.

Mon ami m’a alors coupé (étant donné ce qu’il m’a dit, je ne lui en veux pas) : « Oui, mais n’oublie pas qu’on pratique la violence sans l’aimer. Nous sommes des prisonniers ; nous ne pouvons agir qu’en prisonniers. Bien sûr que non, le monde dans lequel nous voulons vivre n’est pas un monde de destruction ou de violence. Mais pour l’instant, nous en sommes réduit à ça : à chaque fois que quelque chose est créé, c’est détruit juste après. Regarde les Châteaux communs. Regarde toutes les tentatives d’occupation, de Répu aux Beaux-arts. Regarde nos vies ! En fait, il ne faut vraiment pas oublier que nous sommes de celles et ceux qui utilisent la violence sans l’aimer. Contrairement aux flics, aux multinationales, au gouvernement pour qui la violence est le mode même de fonctionnement, et ce de façon permanente : c’est aussi pour ça que nous les combattons. Nous ne devons pas nous y vautrer comme eux mais savoir la maîtriser pour la faire disparaître aussitôt qu’elle n’est plus nécessaire. »

J’espère que nous saurons agir ainsi. Que nous ne nous laisserons pas emporter, que nous ne nous laisserons pas enchaîner, que nous resterons humains ; bref, que nous ne ressemblerons pas à celles et ceux que nous combattons. Que nous n’oublierons jamais qui nous sommes et ce pour quoi nous nous battons, que la lutte de devienne pas une fin en soi. De même qu’aucun de nous ne se réduit à ce qu’elle ou il est et fait dans le bloc, nous ne réduirons pas nos rêves et notre monde à la violence. En espérant qu’un jour, peut-être plus si lointain, ce que nous portons dans notre cœur sera le soleil des nuits du peuple.  |Paris Luttes|

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